Flint and Mirror, de John Crowley

XVIe siècle, Irlande. Hugh (Aodh) O’Neill revient à Dungannon, au château ancestral, après son fosterage dans la famille des O’Hagan, alliée à celle des O’Neill. Il revient ainsi parmi les siens, un garçon excité comme une puce, « un diablotin trop petit, roux de tête, ses jambes noueuses roses de froid et sa voix trop haut placée et trop bruyante ». Il retrouve ses oncles, qui le chérissent et lui racontent les anciennes histoires des O’Neill et de leurs hauts faits, du temps où ils étaient couronnés Ard Rí (« hauts rois ») d’Irlande. Il reçoit toutes les marques d’attention de celui qui, en tant que fils de Matthew (Feardorcha Ó Néill), premier baron de Dungannon et fils naturel de Conn O’Neill, premier earl de Tyrone et qui fut le O’Neill (an Ó Néill), chef de son clan et des septs qui lui étaient affiliés, est destiné à lui succéder un jour. Pour le moment cependant, Shane O’Neill, son oncle, qui a fait assassiner son père Matthew, règne toujours. Cependant, la Couronne anglaise attend la mort de Shane et, ne reconnaissant pas son successeur Turlough Luineach O’Neill comme son héritier légitime, mise sur le jeune Hugh. Sir Henry Sidney, Lord Deputy of Ireland, vient ainsi rendre visite à Dugannon, pour emmener le jeune Hugh en Angleterre, où il sera élevé avec son propre fils, Philip.

La veille de son départ, Hugh, pris de peur, court en aveugle dans la nuit jusqu’à un vieux chêne au pied d’une ancienne colline. Il y retrouve le vieux poète aveugle O’Mahon, accompagné d’un soldat (kern) endormi, qui lui révèle que la colline est un rath. Il lui demande de regarder alors qu’un prince en émerge. Hugh, effrayé, n’ose prononcer le mot sidhe. Lorsqu’il regarde derrière lui, il voit émerger de la terre un autre être, un « homme noir courtaud ». A son chapeau, une plume « aussi délicate que la neige ». Le Prince, brandissant une épée, oblige le petit homme noir à tendre du bout de son bras à Hugh un petit silex taillé grossièrement et une plume de chouette.

« Le silex est un commandement », lui dit O’Mahon, comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé, « et la plume est une promesse. »

« Que signifie le commandement ? »

« Je ne sais pas. »

They sat a time in silence. The Moon, amber as old whiskey, appeared between the white-fringed hem of the clouds and the gray heads of the eastern hills. « Will I ever return? » Hugh asked, though he could almost not speak for the painful stone in his throat.

« Yes, » O’Mahon said, and rose.

Hugh was shivering now. The O’Hagan kern awoke with a start, as from a dream, and sought for his charge, the poet; O’Mahon took Hugh’s hand and with his staff going before him by a step, he went down the way toward the castle. If Sir Henry had known how late into the night Hugh had sat out of doors, he would have been alarmed; the night air, especially in Ireland, was well known to be pernicious.

« Goodbye then, cousin, » Hugh said, at the castle gate.

« Goodbye, Hugh O’Neill. » O’Mahon smiled. « If they give you a velvet hat to wear in England, your white feather will look fine it it. »

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Irma Vep d’Olivier Assayas

Mira Harberg (Alicia Vikander), actrice américaine star de blockbusters, a décidé contre l’avis de son agent de tourner dans la dernière création de René Vidal (Vincent Macaigne), un réalisateur indépendant qu’elle admire beaucoup. Adepte des projets à part, René ne déroge pas à sa propre règle en proposant le remake d’un feuilleton muet des années 1910, Irma Vep, réalisé par Louis Feuillade. Un remake sous la forme, comme son original d’un feuilleton, en huit épisodes, et non d’une série. René y tient beaucoup : il fait un feuilleton et non une série. Ce tournage est l’occasion pour lui de clore un chapitre personnel de sa vie, puisqu’il a déjà par le passé adapté Irma Vep, en film cette fois, avec l’actrice Jade, l’amour de sa vie, depuis divorcée de lui.

Mira a donc la lourde tâche de remplacer Jade, de tenir à bras le corps ce feuilleton encombré par les problèmes psychologiques de son réalisateur, de résister aux doutes de son agent (qui a pour elle mille projets tout plus lucratifs les uns que les autres) et de supporter les élucubrations des autres acteurs davantage préoccupés par leur carrière que par l’aboutissement de ce projet, auquel ils ne croient guère. Non sans raison.

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Frère et sœur d’Arnaud Desplechin

Sur une banale route de campagne, un couple de personnes âgées est témoin d’un accident. Alors qu’ils portent secours à une jeune femme blessée au volant de sa voiture, un camion, surpris par l’accident, vient percuter à nouveau le véhicule. La jeune femme est tuée sur le coup, le couple lui s’en sort grièvement blessé. Ils sont alors transportés à l’hôpital, lui encore conscient mais sa femme déjà dans le coma et dans un état critique.

Alice (Marion Cotillard) apprend l’accident de ses parents au moment où elle doit entrer en scène. Elle décide de jouer malgré tout et livre une prestation éblouissante. La représentation terminée, elle se précipite à l’hôpital auprès de son père qui rapidement, parce qu’il craint le décès prochain de sa femme, lui demande de contacter Louis (Melvil Poupaud), son fils et le frère d’Alice. Cette dernière rechigne à appeler son frère mais le fait prévenir par d’autres.

Louis et Alice ne se parlent plus depuis plus de vingt ans. Pourtant, quand elle commençait sa carrière d’actrice et lui celle d’écrivain, ils étaient proches. Puis, ils se sont fâchés sans raison véritable et la mort prématuré du fils de Louis a définitivement annihilé toute tentative de réconciliation. A présent, ils sont deux ennemis qui vont devoir affronter en famille la disparition de leur mère.

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Ennio, de Guiseppe Tornatore

Ennio Morricone a bercé notre enfance à toutes et tous avec ses musiques de film qui en ont fait un compositeur digne des plus grands, un Mozart ou un Bach de notre temps. Sa mort, en 2020, a montré par l’absence à quel point il avait élevé la musique de film au rang de l’art de la composition.

C’est justement cet accomplissement incroyable que ce documentaire se propose de nous montrer : comment un trompettiste de Rome est devenu d’abord arrangeur pour le cinéma avant de composer des musiques de film d’une telle maestria qu’il a fait de cette musique populaire un véritable art.

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Sherwood (saison 1), de James Graham

Dans une petite ville, autrefois minière, du Nottinghamshire, Gary (Alun Armstrong), un membre respecté de la communauté, ex-mineur, syndicaliste de la National Union of Mineworkers (NUM), grande gueule (il n’est pas en reste pour traiter de « scab » (jaune, briseur de grève) ceux qui le furent en ’84), est froidement assassiné par une flèche dans le dos (forêt de Sherwood oblige).

Ce crime, aussi violent qu’impensable, est un choc dans la communauté et fait remonter le passé, celui que tous souhaitaient oublier, à la surface et qui gisait sous un mince vernis : les grandes grèves des mineurs de ’84, lorsque Thatcher voulut fermer les puits, et leur amère défaite, due à la fracture du mouvement ouvrier et à la division des syndicats.

Mais plus localement, ce meurtre fait remonter quelque chose de plus profond à la surface : la possibilité qu’en ’84 la communauté fut infiltrée par des membres de la Metropolitan Police (MET) sous couverture et que l’un de ces espions soit resté, vivant parmi les autres sous son identité d’emprunt…

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