Wall-E d’Andrew Stanton

https://i1.wp.com/images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/93/01/18948378.jpgParfois, les critiques m’étonnent. Par exemple avec Wall-E. Toutes les critiques ont mis quatre étoiles sur quatre au dernier Pixar et du coup sur Allociné c’est le film qui arrive en tête du top critique (avant Valse avec Bashir). Du coup, depuis un mois et demi pendant lequel j’entends dire que c’est un chef d’oeuvre, je m’attends vraiment à voir un film ahurissant.

Et, en fait, c’est pas mal. Et c’est tout. Du coup, les critiques me paraissent un peu trop énervées.
Le début du film est vraiment le plus intéressant: les paysages de la Terre souillée et abandonnée, les piles de déchets s’élevant plus haut que les grattes-ciels sont impressionnants et contrastent bien avec ce petit robot vieillot qui circule entre eux. D’ailleurs, le robot lui-même semble être un déchet, mais qui marche encore, presque comme un vieux jouet abandonné qu’on avait oublié là en partant. Le « on » étant l’humanité. De plus, la réalisation est vraiment soignée pour cette première partie: il y a un partie-pris esthétique formel très intéressant de filmer les déchets et la Terre morte d’une manière réaliste avec certains plans (vu du dessus notamment) vertigineux.
La deuxième partie du film, avec la rencontre entre Wall-E et Eve et leurs péripéties à bord du vaisseau, est beaucoup plus classique pour un dessin animé et, mise à part quelques moment de pur beauté (comme la danse dans l’espace à coup d’extincteur), m’a paru même un peu ennuyante car prévisible. Je regrette que les humains n’aient pas été encore plus présenté comme des amibes asexuées et incapable de rien faire.
Du coup, je me suis dit que le réalisateur et le studio Pixar/ Disney aurait pu faire de Wall-E un vrai chef d’oeuvre et ne pas se contenter d’une vague évocation écolo opportuniste avant de céder aux schémas narratifs classiques. Comment? Faire l’intégralité du film sur la première partie. Cela aurait donner un chef d’oeuvre de sf, proche d’Aasimov. Pour cela, il aurait fallu que les traits anthropomorphiques de Wall-E soient gommés. En effet, Wall-E, dès le début du film, nous est présenté comme « humain »: il sourit, il a peur, il est amoureux, romantique (il regarde deux scènes d’une comédie musicale en boucle), etc. Dommage: le vrai sujet du film aurait pu/ dû être l’humanisation de Wall-E et ne pas la présenter comme un présupposé.
En gros, moi ce qui m’intéresse ce n’est pas la rencontre avec Eve (ou alors tout à la fin du film éventuellement) mais les 700 ans qui précèdent. On aurait eu un film quasi entièrement muet (peut-être quelques paroles de Wall-E qui aurait chanté les paroles de sa comédie musicale) à observer un robot qui compacte des déchets et qui récupère des objets trouvés parmi eux pour les collectionner mais sans en connaître la destination originelle. Et, on aurait pu observer ainsi un mimétisme tout d’abord (mais décalé, forcément, n’ayant nul humain sur lequel prendre modèle) et donc une nouvelle humanisation. Une nouvelle évolution terrestre mais non plus du singe vers l’homme mais du robot vers l’homme.  Ainsi, le robot remplacerait l’humain sur Terre car les humains l’ont rendu inhabitable.
Le résultat aurait été plus proche de la réflexion finale de AI: un robot peut-il devenir humain? Et la réponse, inévitable: non. Car un robot, même s’il possède une IA très perfectionné ne peut qu’imiter un humain, ne peut qu’imiter la tristesse, l’amour, la solitude, car au fond de lui, il n’y a rien car il ne vit pas. Ou alors on fait intervenir un processus d’humanisation totale mais là, à part l’équation divine, je vois pas ce que je pourrais trouver crédible… D’autant que si Wall-E devient vraiment humain, après son éveil, il se rend compte qu’il est non pas nu mais seul. Et à moins là encore que Dieu ou un équivalent (la Terre? pour faire ainsi de ce Wall-E pour adultes un film à la gloire du panthéisme? hé, hé) lui crée une Eve, il se suicide. Mais pour les âmes sensibles et les indécrottable optimistes, le film aurait pu donc apporter une Eve à la fin, exactement comme dans le vrai Wall-E, arrivant en vaisseau (qui représente donc le Deus Ex Machina ultime) et la rencontre de se faire. Paf, fin, générique (et là on garde le même qui est l’une des meilleures idées du film — cf. les 2 min et 30 secondes du début).
Mais, évidemment, mon Wall-E, comme vous pouvez le voir, un film pour adultes, pas pour les enfants (« il fait quoi le robot là? » « Rien, il trie des déchets et il cherche l’explication des objets qu’il collectionne. » « Et là? » « Rien, rien, chéri, il se fabrique une Wall-ette. »). De Wall-E à Wall-Xen somme.
Conclusion: les critiques se sont un tantinet trop emballées que ce soit pour mettre ce film au-dessus de Valse avec Bashir ou contre (celle de Télérama ne critique pas le film mais la compagnie qui le produit: évidemment que c’est opportuniste, y’a pas de quoi s’en offusquer).

 

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