Valse avec Bachir d’Ari Folman

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQUFaqUms4EdIvzC1gz0fQRHUcrN1tB8cBWP3SYj_s_gUx-GhgI5qYbisfHbgCe film, et je n’emploie pas le mot vainement je vous assure, est un chef d’oeuvre. Tout d’abord il est complet, en ce sens où il se suffit à lui-même: la réflexion aboutit et la durée du film est sinon parfaite (car qu’est-ce qui l’est?) tout du moins totalement adéquate. C’est un film sur ce qu’est la guerre, une guerre sale, un massacre et sur le travail de mémoire et de souvenirs de ceux qui perpétuent des massacres. Lorsque ces bourreaux sont des Juifs, cela prend évidemment une tournure très particulière car la culpabilité d’endosser le rôle de nazis fait refouler, réécrire, oublier, masquer les souvenirs qui resurgissent pourtant sous la forme de rêves, d’hallucinations.

Il m’a fallu effectivement 10 à 15 minutes pour m’habituer à la rotoscopie, cette technique d’animation déjà vue dans A Scaner Darkly, et pour oublier parfois le côté mal fichu de certains mouvements, mais une fois cette gêne passée (pas tant pour la première séquence d’ouverture qui est onirique et immédiatement prenante), on entre de plain-pied dans le parcours d’un Israélien de la quarantaine qui s’apperçoit qu’il a refoulé tous ses souvenirs de la guerre du Liban. Il cherche alors à comprendre pourquoi et à s’en rappeler. La critique du Monde le dit bien: il y a un travail hyper-réaliste sur les scènes de guerre et en même temps on sait que ces scènes de guerre sont des souvenirs donc objectifs, donc réécrits. La scène sur le bateau avec Enola Gay à fond est exemplaire.

Quant à l’hallucination récurrente que vit le héros (qui est l’affiche du film et qu’on voit dans la bande annonce), elle est tout simplement bouleversante de beauté tragique.La musique, d’une beauté poignante, y joue un rôle prépondérant.
Ce film fait parfois penser à Apocalypse Now en ce sens où c’est une quête initiatique et intérieure face à la guerre mais là où Apocalypse Now est linéaire et au présent, Valse avec Bashir est une quête dans le passé et dans la mémoire et alors que la voix des témoins nous raconte leurs souvenirs de la guerre, le réalisateur nous offre ses images à lui, c’est-à-dire qu’il a trois niveaux de lecture: la guerre des témoins (réinventée car culpabilisante), la guerre du héros (réinventée aussi) et la guerre du réalisateur. Exemple: un témoin raconte que et lui et son régiment se préparaient un petit déj’ aux oeufs et au bacon (c’est pas du bacon mais bon…) sur la plage (vision du témoin), mais on voit aussi en même temps Ariel Sharon dans son ranch qui se fait le même petit déj’ et qui décroche son téléphone pour appeler l’armée sur la dite plage pour ordonner le début du siège de Beyrouth (vision et jugement du réalisateur).
Ce film est donc à voir absolument. Il m’a laissé pantelant, car il est particulièrement fort de voir quelqu’un qui se dit: je suis un bourreau, un criminel de masse et de voir comment il le dit sans donner d’explications historiques ou très peu (elles paraissent futiles) mais en livrant les clés sur comment l’homme peut-il se muer en bourreau. Il m’a fallu quelques minutes en sortant pour sortir du film justement.
PS: Papa, il faut que tu le voies!
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