Beasts de John Crowley

https://i2.wp.com/www.fantasticfiction.co.uk/images/c0/c3826.jpgDans un futur pas très lointain, la société s’est écroulée suite à des expériences génétiques qui ont permis de créer une espèce hybride humain-lion baptisée « léo. » Cette découverte a entrainé une remise en question fondamentale de la place, de la définition et du rôle de l’homme. Faute de réponse, la société s’est désagrégée, et d’abord sur le plan politique: les États se sont désunis et les cadres administratifs anciens n’existent plus.

Dans ce contexte, on suit une demi-douzaine de personnages aux destins apparemment sans lien les uns avec les autres: un scientifique qui observe les faucons au Canada, une serveuse dans un bar… vendue par le gérant du bar à un léo… lui-même poursuivi par des hommes du gouvernement de l’Etat qui couvre la Côté Nord-Est (l’ancienne Megalopolis)… envoyés eux-mêmes par le conseiller politique du président, Reynard, qui comme son nom l’indique est un hybride, unique lui, d’humain et de renard… Reynard qui est le précepteur des enfants du président, un garçon et une fille… qui rencontrent le scientifique qui leur apprend la fauconnerie… Enfants du président qui, suite à l’assassinat de leur père, s’enfuient pour aller sauver la dernière tribu de léos dont les membres meurent de faim quelque part dans une réserve perdue au milieu des grandes plaines… sort funeste des léos révélé par des images vidéos tournées par un résident d’une sorte de montagne-arcologie envoyé par les siens suite au passage des léos sur leurs terres… tandis que le léo du départ s’enfonce dans la mégalopole à la recherche des clés pour le survie des siens…

Comme on peut le voir avec le résumé ci-dessus, l’intrigue de Beasts est assez décousue et même si on se rend compte facilement que les fils qui unissent ses personnages en apparence éloignés les uns des autres vont s’entremêler, il reste qu’une impression de flottement persiste une fois achevée la lecture de ce roman .

Toutefois, la force de Beasts n’est pas dans son intrigue mais, comme souvent chez Crowley, dans la puissance de ces descriptions et dans son inimitable style où les mots soulignent la force des émotions, de la psychologie des personnages par l’absence. C’est entre chaque mot, entre chaque phrase qu’apparaissent les émotions les plus fortes. Cette évocation par l’absence me remplit d’admiration; cette épure de style est un vrai modèle, une merveille de littérature.

Sur beaucoup de points (notamment la thématique de l’identité humaine confrontée à une nouvelle espèce intelligente), Beasts m’a rappelé Oryx and Crake de Margaret Atwood que j’avais beaucoup aimé. Même si ce n’est pas à mes yeux le meilleur roman, il traite avec maestria la thématique abordée (qu’est-ce qu’être humain? qu’est-ce qu’un animal? quelle est la frontière entre les deux? existe-t-elle seulement?) et livre des scènes d’une beauté et d’une profondeur inouïes (la traversée d’un tunnel entre New York en déliquescence sous un fleuve pour quitter la ville par le léo et une meute de chiens sauvages à laquelle il s’est joint est un chef d’œuvre de descriptions de sensations, d’odeurs, de « sentiments animaliers »).

Pas le meilleur de Crowley mais cela reste très au-dessus de n’importe quel roman de SF, aussi bon que Atwood, par exemple.

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