Engine Summer de John Crowley

https://i2.wp.com/www.fantasticfiction.co.uk/images/c0/c3826.jpgTroisième roman de John Crowley, Engine Summer bénéficie, parmi les aficionados de Crowley, d’une très bonne réputation. Son premier chef d’œuvre avant Little, Big, en quelque sorte. Je l’ai donc lu avec beaucoup d’attente.
Dans une « colonie » en partie souterraine, la tribu, depuis la Grande Catastrophe, s’est organisée en « cordes » (les Chuchoteurs qui connaissent les secrets, les Gardiens, qui connaissent les histoires, etc.) fondés par les « saints. » Chaque corde est le dépositaire de connaissances ou d’artéfacts, hérités depuis des lustres, issus de l’ancienne société, des anciens hommes, que les hommes d’aujourd’hui appellent les « anges. »


Le narrateur, un jeune garçon, est initié aux mystères de sa « corde » et apprend les légendes sur les ancêtres. Il rencontre et tombe amoureux d’une jeune fille d’une autre corde. Ensemble, ils découvrent leur société en même temps que leurs premiers émois. Lorsqu’un jour viennent à la colonie les représentants d’une tribu étrange: sorte de marchands itinérants tout de noir vêtus (ils évoquent des mormons matinés de gitans dans mon esprit). Lors du troc habituel, ils racontent une étrange légende sur des sphères que les anges auraient laissé derrière eux. Ils racontent aussi que les anges vivraient dans une cité volante dans le ciel.

Après cette intrusion, les choses ne sont plus les mêmes: la jeune fille change et devient secrète. Un beau jour, elle est partie. En fait, elle a fugué pour suivre les commerçants. Le narrateur décide alors de partir à sa recherche et de devenir lui aussi un saint. Il rencontrera dans son périple un couple et leurs enfants vivant sur une péniche, un ermite considéré comme un saint vivant dans une forêt, rejoindra les marchands et retrouvera sa bien-aimée dans une ancienne cité des anges où il recevra une révélation qui l’obligera à repartir et à abandonner son amour, vivra avec les charognards (ceux qui fouillent les ruines des cités des anges) et alors qu’il reviendra, enfin, dans la colonie, apprendra d’une source inattendue la véritable nature de la révélation qu’il a eue et ce qu’est l’immortalité.

Car Engine Summer est un roman tout entier consacré à ce thème: qu’est-on? Et que signifie mourir? Qu’est-ce que l’identité? Comment la transmet-on? Si on a possède une identité propre individuelle (indivisible donc), alors mourir c’est perdre son identité. Donc, être immortel…

La lecture de ce roman m’a laissé perplexe pendant les trois quarts. J’en étais même venu à me dire que pour la première fois, je ne voyais pas l’intérêt d’un roman de Crowley. Et puis vinrent les 50 dernières pages et ce fut pour le narrateur comme pour moi une révélation d’une invraisemblable fulgurance. J’ai revécu le roman en quelques secondes, je l’ai vu et compris autrement et tout en interrogeant ce que je venais de lire, je me suis interrogé sur ce que j’étais, moi, lecteur lisant ce roman. Ce dénouement est d’une telle force qu’il laisse sans voix. Il va aux tréfonds de la métaphysique et de mes angoisses existentielles.

Et ça, il n’y a que l’excellente SF — non, pardon, l’excellente littérature qui peut le faire.
Je me dis que bientôt, je relirais ce roman tant j’ai l’impression d’être passé à côté de plein de choses, tant il est riche sans le montrer, en racontant en apparence une histoire très simple dont on ne voit pas au début où elle mène mais qui lorsqu’elle arrive à son terme laisse groggy, l’âme à vif punaisée au mur par des mots, rien que des mots.

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