Half Nelson de Ryan Fleck

https://i0.wp.com/faussesvaleurs.unblog.fr/files/2011/05/halfnelson.jpgDan Dunn (Ryan Gosling) est un prof d’histoire et entraîneur de l’équipe de filles de basket dans un lycée (junior high school) de Brooklyn qui porte son mal de vivre dans son regard endormi ou derrière ses lunettes noires style années 80. Ses élèves, comme il le dit lui-même, sont la seule chose qui lui permet de rester concentrer et de pas devenir fou. Pourtant, il n’y a rien qui ne va pas : il a un boulot qu’il aime, des élèves qu’il aime, des parents « libéraux » anciens protestataires contre la guerre au Vietnam. Mais Dan est seul et malheureux. Alors, il fume, du crack, notamment, dans son appart’ vieillot au milieu de ses bouquins… au lieu d’écrire le livre qu’il a commencé sur la dialectique pour apprendre l’histoire en classe. Il est incapable d’avoir une vraie relation : son ex a suivi, elle, une cure de désintox qui a marché (« it works for some people, but not for me ») et s’est fiancée. Dan, lui, s’applique méticuleusement, cruellement et même, un soir de cuite et de shoot, monstrueusement, à détruire toute ébauche de relation qu’il pourrait nouer.

Un soir d’après match de l’équipe de basket, une de ses élèves, Drey (Shareeka Epps), le trouve dans les toilettes, une pipe à crack encore en main, à moitié dans les vapes. Et au lieu de le dénoncer, elle va d’abord utiliser ce secret pour satisfaire sa curiosité et se rapprocher de lui. Alors qu’elle-même doit gérer une situation familiale complexe — avec une mère célibataire qui travaille trop, un père absent, un frère en prison, l’ancien boss de son frère, Frank, qui cherche à la recruter pour vendre de la drogue — Drey va être à même se saisir la réalité de la situation de son prof et une amitié totalement incongrue va se nouer entre eux.

L’interprétation des comédiens, Ryan Gosling et la jeune actrice Shareeka Epps, sont d’une subtilité et d’une grâce qui, couplée à la réalisation sans prétention et au plus prêt des personnages, permet à ce film de délivrer un message politique et social d’une acuité et d’une finesse rare, le tout servi par une bande-son super chouette (Broken Social Scene).

Certaines scènes, dans lesquelles Dan enseigne, alignent des platitudes, mais elles sont compensées par la force d’un aspect réel à ce qui est montré : j’entends par là que, pour une fois, la réalisation n’exagère ni n’assombrit, ne traite pas de manière cinématique, l’école américaine, la drogue, les vendeurs de drogue. Quand Dan demande à Frank le dealer d’arrêter de voir Drey, on s’attendrait à ce que le dealer sorte un flingue, mais non : il n’en a pas besoin et le film en ressort plus vrai.

Le message politique est le cri de détresse d’une certaine gauche américaine qui est morte. Dan passe à ses élèves des films d’archive des années 60 dont une de Mario Savio, datée de 1964 (hé, j’ai fait mes recherches), dans laquelle il déclame face à la caméra, la voix tremblante de colère:

“There is a time when the operation of the machine becomes so odious, makes you so sick at heart, that you can’t take part; you can’t even passively take part, and you’ve got to put your bodies upon the gears and upon the wheels, upon the levers, upon all the apparatus, and you’ve got to make it stop. And you’ve got to indicate to the people who run it, to the people who own it, that unless you’re free, the machine will be prevented from working at all!”

Dan de demander alors à ses élèves: « de quelle machine parle-t-il? Qu’est-ce qui nous empêche d’être libres? » Et finalement, les élèves, avec leurs réponses d’élèves — prison (venant de Drey, qui a son frère en prison, donc), école, homme blanc (tous ses élèves sont noirs), éducation — définissent le système. Et lui alors de dire: « oui, je suis le système, je suis un homme blanc, je travaille pour le gouvernement, mais je ne suis pas d’accord avec sa politique, et vous vous faites aussi partie du système. La preuve vous venez à l’école. »

On comprend lors d’une scène d’un diner avec ses parents que, finalement, le crack est à Dan ce que l’alcool est pour eux : le moyen de noyer la conscience que leurs idéaux sont morts avec les années 60, mais que peut-être, si on cherche à se bouger un peu, on peut réussir à changer le monde pour le mieux même si un homme seul ne représente rien. Pour Dan, c’est Drey qui va représenter le facteur déclencheur : on ne peut pas changer le monde, mais on peut faire le bien, une personne à la fois.

 

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