Non ma fille tu n’iras pas danser de Christophe Honoré

Du même réalisateur, Christophe Honoré, j’avais préféré La Belle personne qui était marqué par une grâce intemporelle tellement lycéenne que j’avais immédiatement été séduit. Par contre, ce dernier film est pour moi supérieur aux Chansons d’amour de par l’absence de Ludivine Sagnier, entre autres.

C’est un film sur la famille et sur l’incapacité pour notre génération de 30-40 ans d’en bâtir une sur le modèle de celui de nos parents. C’est un film sur deux soeurs et un frère, leurs relations de couple, leur vie entre la Bretagne de la maison familiale des parents et leurs appartements parisiens: Chiara Mastroianni a récemment quitté son mari américain (Jean-Marc Barr barbu) en douce et a plaqué son métier d’anesthésiste pour se consacrer à ses deux enfants, Anton, 12 ans environ, et sa petite fille de 7-8 ans dont je ne me souviens plus du prénom. A l’occasion d’une visite dans la maison de ses parents en Bretagne, elle s’aperçoit que sa mère lui a tendu un piège en invitant son mari et en demandant à sa soeur de lui trouver un entretien pour un boulot…

C’est le prototype de film petit-bourgeois parisiens qui sont malheureux alors qu’ils ont tout pour être heureux. C’est le genre de film qui me gonflerait (le dernier en date tenté par H. Les Actrices ou un truc du genre de et avec Bruni-Tedeschi était insupportable) sauf que, dans le cas présent, Christophe Honoré arrive à rendre son film intéressant et ce de trois manières:

1) Les personnages et les acteurs qui les incarnent: ce sont des personnages authentiques, souvent vrais, bien interprétés. Point très, très positif pour le film: les enfants de Chiara Mastroianni, sont bien, c’est-à-dire intéressants, avec cette arrogance des adolescents qui pensent avoir tout compris surtout dans les milieux friqués pour le garçon mais sans être insupportable, et avec ce côté spontané et super bien vu de la fille (« les cathares, ils étaient purs et innocents et c’est pour ça que tout le monde voulait les tuer parce qu’ils mettaient la honte à tout le monde » dont on sent bien que c’est issu du grand frère qui lit tout le temps et qui fait référence à l’Histoire). Le personnage de Mastroianni est effectivement le pivot du film: cette divorcée a quitté son mari mais on se demande vraiment comment, tant elle est incapable de décider quoi que ce soit.

2) Les histoires de famille sont prenantes. Leurs rapports sont passionnants à suivre tant ils sont marqués par une violence qu’ils semblent accepter. Par contre, cet aspect, tout en étant une force, représente pour moi une difficulté à adhérer totalement au film: je ne vois pas comment Marina Foïs, qui joue la soeur cadette, peut dire à son aînée, Chiara Mastroianni, qu’elle se fait tyranniser par ses enfants au petit déj’, voir la seconde lui rétorquer qu’elle est mal placée pour la juger et qu’elle se croit toujours si supérieure et qu’ensuite on continue sans problème. D’après moi et mon humble expérience limitée, on ne peut sortir aux gens leurs quatre vérités, quand bien même et surtout s’ils sont de votre famille, lorsque ces dernières sont blessantes, et que tout roule, pas de problème, on ne s’en veut pas. D’accord avec H.: le personnage de Garrel est là pour montrer que Chiari Mastroianni, divorcée, deux enfants à charge, ne sait pas ce qu’elle veut et n’est pas capable de se décider à entamer une nouvelle relation (d’où les deux échecs, voire trois si on compte celle hors-cadre temporel du film, de Garrel pour coucher avec).

3) Le conte: clé de lecture du film, joliment filmé, le conte breton, raconté par le fils à sa mère au milieu du film nous permet de tout comprendre, ainsi que le personnage de Garrel lorsqu’il dit « vivre, c’est savoir à quoi on est prêt à renoncer. » Or, Chiara Mastroianni ne veut renoncer à rien et donc ne veut rien ou tout et son contraire: elle veut coucher avec Garrel puis finalement veut retourner avec Barr; elle veut la garde de ses enfants, mais ses enfants la gonflent; elle veut être leur mère, mais en fait ce sont ses enfants (notamment le fils) qui lui disent ce qu’elle doit faire; elle ne parle plus à sa soeur, sa soeur est sa meilleure amie. Le conte breton nous fait comprendre que cette fille qui refusait de se marier tant qu’elle n’aurait pas rencontrer quelqu’un qui pourrait la faire danser toute la nuit est évidemment Chiara Mastronianni. D’autant que tous les autres personnages autour d’elle n’arrêtent pas de proclamer haut et fort par leurs paroles, leurs actions, leur manière d’être qu’eux ont fait des choix, qu’ils ne les regrettent pas, que c’étaient les bons choix alors qu’évidemment ces choix n’étaient ni bons ni mauvais, n’étaient même pas de vrais choix, mais qu’ils s’en persuadent sans quoi ils déprimeraient aussi. La comparaison entre les deux soeurs est édifiante: Mastronianni pourrait passer pour la meilleure mère car plus attentive tandis que Foïs fume comme un sapeur alors qu’elle est enceinte, ne s’occupe pas de ses enfants ou en tout cas ne s’inquiète pas pour eux… et c’est Mastroianni qui pète un plomb, qui se trouve incapable de s’en occuper sans son mari et qui finalement par refus de renoncer à quoi que ce soit renonce à ses enfants.

Bilan: un film intéressant malgré de lourds handicaps, ce qui montre que Honoré sait y faire.

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