La Petite Fille Bois-Caïman, tome 1 (Les Passagers du vent) de François Bourgeon

Ah, « Les Passagers du vent »! J’ai grandi avec cette série de BD qui m’a fait découvrir, je crois, la traite des Noirs, la marine au XVIIIe s. et qui m’a provoqué quelques émois adolescents, car elle était parfois sensuelle…

C’est donc avec curiosité et quelque appréhension que j’ai appris que Bourgeon sortait un nouveau cycle. Quand on sait ce qu’ont donné les 2e et 3e cycles de « Ballade au bout du monde »… H. & moi sommes allés à l’abbaye de l’Epau au Mans pour une rencontre-présentation de ce dernier opus qui fut intéressante et me donna bigrement envie de lire « La Petite Fille Bois-Caïman. » C’est chose faite.

Louisiane, 1862-1863: Les troupes des armées Yankees envahissent la Louisiane. D’abord ils détruisent la plantation des Murray puis réquisitionnent leur maison de la Nouvelle-Orléans. Zabo, la demoiselle de la maison, décide de partir, en compagnie d’un esclave, Cornélius, pour rejoindre une maison en bordure d’un bayou où vit une grande tante et les derniers membres de sa famille. En chemin, elle rencontre un journaliste yankee qui se propose de l’escorter jusqu’à sa destination…

Leurs points de vue radicalement différents — elle, la planteur sudiste esclavagiste, lui le yankee idéaliste — s’opposent mais ils s’entraident, les civils étant les cibles des deux armées, de pillards et des bandits. En chemin, ils laissent Cornélius, blessé par des soldats yankees, rencontrent un prêtre, se font attaquer par des bandits, se perdent dans le bayou… C’est l’occasion d’une sorte de road-movie (ou plutôt de BD de grands chemins) dans le Sud en pleine guerre civile américaine.

Arrivés à destination, Zabo rencontrera son aïeule dont elle porte le nom: en effet, cette grande tante de 98 ans n’est autre qu’Isa, l’héroïne du premier cycle. Isa va alors raconter à Zabo son histoire à Saint-Domingue entre 1782 et 1791… Et nous voilà plongés dans l’univers des planteurs français de Saint-Domingue à la veille et au début de la Révolution: vaudou, plantations et révoltes d’esclaves sont donc au rendez-vous et drame personnel pour Isa.

C’est avec plaisir qu’on lit cette BD. On y retrouve ce qui avait fait la force des « Passagers du vent »: le dessin de Bourgeon est toujours aussi appréciable, même si je trouve que le trait est légèrement plus grossier sur certains dessins, mais surtout on retrouve ce mélange d’Histoire, de destins individuels tourmentés, de bons mots, de dialogues qui sont autant de passes d’armes, la langue étant le seul moyen de défense des femmes du XVIIIe s. pour Bourgeon qui l’avait déjà démontré avec son Isa rebelle et grande gueule qui payait souvent chèrement son esprit d’indépendance.

D’ailleurs, on trouve dans cet opus un mélange de langues particulièrement réjouissant: français, créole de Louisiane, créole haïtien, anglais, espagnol… Toutes ces langues se mélangent en même temps que les intrigues, les histoires familiales qui rendent parfois la lecture quelque peu ardue (ainsi les histoires de famille racontées par les protagonistes me sont largement passées au-dessus de la tête), mais offrent une véritable réflexion sur ce qu’est l’identité et sur les engagements politiques. Sont-ils des choix ou les conséquences de notre histoire, de notre famille? Ainsi Zabo est-elle esclavagiste mais pour elle c’est le meilleur moyen d’obtenir un bon traitement pour les Noirs et elle reproche au journaliste yankee son idéalisme qui ne conduit qu’à l’exploitation plus odieuse encore des Noirs mais sous d’autres formes…

Il est encore un peu tôt pour dire si la BD est réussie, cependant, car on sent qu’elle est conçue comme la 1ère partie d’un ensemble. Le 2e tome devrait sortir sous peu. J’aurai l’occasion de faire une critique d’ensemble d’ici là. Néanmoins, c’est prometteur.

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