Netherland de Joseph O’Neill

Hans van den Brock s’est installé avec sa femme, Jennifer, et son fils à New York. Lui est analyste et elle travaille comme avocat. Après les évènements du 11 septembre, qui contraignent le couple à vivre provisoirement au Chelsea Hotel, Jennifer souhaite rentrer avec son fils à Londres. Elle ne se sent plus en sécurité à New York et ne veut pas que son fils vive dans un état de perpétuelle d’anxiété (elle projette sur son fils beaucoup de ses peurs à elle). Hans prévoit de rentrer lui aussi mais il comprend assez vite que sa femme ne veut pas de lui. Le couple se sépare donc, Hans reste à New York, vient voir son fils de temps en temps à Londres en espérant à chaque fois renouer avec sa femme. Seul à New York, Hans rencontre Chuck Ramkisson, un immigré de Trinidad, fan de cricket.  Ensemble ils vont jouer au cricket, Hans va alors se rappeler à quel point il aimait ce jeu quand il était petit. Grâce au cricket, Hans découvre une population marginalisée aux États-Unis, celle des joueurs et des admirateurs de cricket. Quant à Chuck, il ambitionne de créer le premier vrai terrain de cricket en Amérique. Jusqu’à présent les joueurs de cricket utilisent par défaut les terrains de base-ball. Hans n’y croit pas.

Le livre est divisé en trois parties, non numérotées. La première partie se termine par la description du projet de Chuck (créer un terrain et un club de cricket à New York) et la moue dubitative de Hans.  La deuxième partie se termine sur la « naturalisation » illusoire de Hans qui frappe pour la première fois de sa vie la balle de cricket à l’américaine (c’est-à-dire en l’air).

Deux thématiques se développent dans ce livre : la première celle de New York après les attentats du 11 septembre, et la seconde (qui y est liée) celle de l’identité américaine après ces mêmes attentats.

New York est présentée comme une ville fantôme.  Les personnes qui sont le plus proche de Hans lorsqu’il est à New York sont sa femme et son fils (absents puisqu’ils sont à Londres) et sa mère (morte depuis quelques années). Quant aux personnes qui sont physiquement présentes auprès de Hans, elles ne sont que de vagues connaissances, qui apparaissent et disparaissent au fil du temps. Chuck, qui sera ce qui se rapproche le plus d’un ami pour Hans, est une figure illusoire, mi-présente mi-absente qui ne laisse au final derrière lui qu’une apparence (Hans ne connaît de Chuck que des anecdotes dont il ne sait pas vraiment si elles sont inventées ou réelles). Hans explique à la fin du roman, alors qu’il a quitté New York, que quand il était à New York il ne se sentait pas présent dans la ville mais que maintenant qu’il l’a quitté elle est présente en lui et il va même jusqu’à dire que sa présence le hante malgré lui.

Le livre pose également la question de l’identité américaine : « The american identity involves a sense of unique possibility : firstly spiritual and secondly economic ». Si « économiquement » la réussite est parfaite pour Hans et Chuck, spirituellement ils n’ont pas réussi à s’implanter aux États-Unis. L’impression d’une naturalisation par le cricket reste inachevée comme le sera le projet de Chuck. Hans est d’origine hollandaise, il a vécut plusieurs années à Londres avant de partir pour New York. s’il aime New York et présente souvent Londres comme une ville exiguë, à la fin du roman il se présente comme londonien et admet n’avoir jamais compris ce qu’est être américain.

L’un des personnages explique que si le projet de Chuck a échoué c’est parce qu’il a cru que l’avenir du cricket passait par la reconnaissance aux Etats-Unis, or « you don’t need America. Why would you? You have the TV, internet markets in India, in England. These days that’s plenty. America? Not relevant. “. Le livre est présenté comme “a post-American novel”. Il est écrit par quelqu’un qui a quitté l’Amérique. D’après l’auteur, la vision d’une Amérique comme terre d’opportunité et de liberté est maintenant anachronique. L’expérience américaine n’est plus la seule expérience possible.

Un livre enrichissant, pas toujours facile à lire parce qu’à certains moments j’ai eu du mal à suivre la chronologie des évènements.

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Une réflexion sur “Netherland de Joseph O’Neill

  1. « Hans explique à la fin du roman, alors qu’il a quitté New York, que quand il était à New York il ne se sentait pas présent dans la ville mais que maintenant qu’il l’a quitté elle est présente en lui et il va même jusqu’à dire que sa présence le hante malgré lui. » Meilleure définition que j’ai eu l’occasion de lire sur ce qu’est New York.

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