Survivre, les enfants dans la Shoah

Exposition gratuite et libre qui a lieu en ce moment au Mémorial de Caen. Présentation ici.

L’exposition s’ouvre sur une galerie qui présente d’un côté une citation d’Hannah Arrendt et de l’autre une vidéo du commissaire de l’exposition.

La citation d’Hannah Arrendt est celle-ci: « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers de la même médaille ».

Suivent, comme exemples illustrant cette citation, des panneaux présentant les aspects positifs du progrès et ceux négatifs. On trouve donc des panneaux de couleur jaune présentant les libertés publiques (de l’habeas corpus à la loi de 1901 sur les associations en passant par la Déclaration d’Indépendance des États-Unis et celle des Droits de l’Homme), l’instruction publique (les lois Ferry notamment), la santé publique (l’hygiène, et l’invention des vaccins), l’émancipation des juifs dans les pays d’Europe (naturalisation en France, etc.).

Associés à ces panneaux, d’autres panneaux, de couleur marron (le procédé est assez simpliste et très manichéen), présentant le racisme (depuis l’invention du mot), l’antisémitisme, l’heugènisme, les pogromes, la brutalisation et la chosification de la société.

De l’autre côté de ce mur, une vidéo nous présente le commissaire de l’exposition qui revient sur quelques définitions fondamentales pour aborder cette exposition: la Shoah, le génocide, les justes, etc. Le monsieur, Gérard Rabinovitch, est philosophe et sociologue, chercheur au CNRS (Centre de Recherches : Sens, Éthique, Société). D’autres citations accompagnent cette vidéo:

« C’est arrivé, cela peut arriver de nouveau: tel est le noyau de ce que nous avons à dire. Cela peut arriver et partout » Primo Levi

« Si les hommes ne deviennent pas meilleurs avec l’accroissement des facultés apporté par le Savoir, signifie alors qu’ils deviennent pires » Max Horkheimer

Cette introduction se clôt sur une télévision où tournent en boucle des témoignage (survivants, président d’association de déportés, etc… ) et le livre du procès de Nurmeberg.

A l’étage, une première salle présente des objets de déportés, une étoile jaune et une robe portée par une petite fille tuée à Auschwitz.

La salle 2 est consacrée aux étapes qui ont conduit à l’extermination finale: le marquage (l’étoile jaune), l’exclusion (les lois antijuives), l’enfermement (les ghettos), la déportation et l’extermination. Des objets illustrent ces différentes étapes: un banc marqué « interdit aux juifs », des photos de classe ou des juifs sont humiliés devant leurs camarades, des vêtements (brassard, chemise) portant l’étoile jaune.

En parallèle, un panneau parle des Kindertransport, organisés en Grande-Bretagne entre 1938 et 1939 et qui ont permis le sauvetage de milliers d’enfants juifs. D’autres panneaux évoquent le sort des enfants pendant la guerre: la difficulté d’aller à l’école, l’envie de jouer et d’être aimé (?), les difficultés pour manger.

Dans un coin de cette même salle, des inscriptions (on peut difficilement parler de panneaux) évoquent le Père Dubois (uniquement à travers les témoignages qu’il a recueillis) et les Einsatzgruppens.

La salle 3 s’ouvre sur une double chronologie, celle de la Shoah et celle des enfants dans la Shoah (elle ne fait que montrer la non spécificité des enfants dans la Shoah, leur traitement par les nazis ayant été relativement le même que pour les adultes). Suivent des grands panneaux consacrés à des déportés qui ont témoigné par leurs dessins ou par leurs journaux intimes de l’horreur des camps.

Fait remarquable, les dessins de Thomas Geve, un adolescent déporté à 15 ans au camp d’Auschwitz. Après guerre, il a réalisé 80 dessins sur ce qu’il a vécu dans les camps. Les dessins sont frappants, il faut imaginer des dessins faits par un enfant (donc assez naïfs) sur la vie dans les camps (la sélection, le travail, la faim, etc.).

A la fin du parcours, dans cette même salle, des panneaux présentent les tentatives de sauvetage des enfants (tentatives individuelles ou collectives). Est évoqué notamment le sort des enfants d’Izieu.

Enfin la dernière salle pose la question de la survie. Le monde prend conscience qu’une partie de sa jeunesse a été décimée dans les camps (véritable traumatisme pour le peuple juif) et que les enfants survivants vont avoir besoin d’aide pour réintégrer une vie « normale ». Des associations juives ont donc été créées après-guerre pour leur venir en aide. Des objets sont présentés ici ou là: des bagues ayant appartenu à des enfants déportés, des jouets, et les fameuses chaussures d’une fillette, chaussures présentées au procès d’Eichmann. Des adultes témoignent de leur difficile insertion après ce qu’ils ont vécu, enfants, dans les camps.

L’exposition se clôt sur cette citation de Simone Veil:

« L’holocauste est notre mémoire, elle est votre héritage ».

Je n’ai pas beaucoup aimé cette exposition: il  y a beaucoup de témoignages et d’objets et finalement très peu de perspective historique. Je ne vois pas l’intérêt de mettre dans une vitrine le vêtement d’une fillette déportée. C’est émouvant (encore que un vêtement reste un vêtement) mais cela n’explique rien.

Je n’ai pas trop compris le rapport entre l’ouverture et le sujet de l’exposition d’autant que la citation de Hannah Arendt ne me parait pas avoir été bien comprise. Elle suppose un rapport de balancier entre progrès et catastrophe, un même évènement ayant une face positive et une face négative. Or je ne vois pas le rapport entre l’instruction publique et l’antisémitisme, par exemple. Et, de toute manière, je ne vois pas de face négative au fait que l’école soit devenue laïque, obligatoire et gratuite.

Enfin, il apparait que la spécificité des enfants dans la Shoah tient surtout au fait que le sauvetage des juifs a été le plus souvent un sauvetage des enfants. Or ce fait n’est pas bien mis en valeur. Et la question quant à savoir pourquoi a-t-on plus facilement sauver les enfants plutôt que les parents n’est pas du tout évoquée (de même que ceux qui ont organisé le sauvetage).

Bref, je trouve que le Mémorial de Caen se « peopolise »: ils font du grand public, du sensationnel et peu de réflexion finalement.

Deux exemples pour illustrer: « Top Gun » dans le rayon vidéo historique de la librairie du Mémorial (c’est vrai que comme document d’histoire sur le guerre froide y’a pas mieux) et l’auteur de BD Tarek présenté comme un auteur historique alors que ce dernier (plutôt prétentieux au demeurant) se paie le luxe de citer dans la bibliographie de « Sir Arthur Benton » comme sources historiques  « Il faut sauver le soldat Ryan » et « La liste de Schinldler ».

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