Jan Karski de Yannick Haenel

http://mabooklist.files.wordpress.com/2010/02/jan-karski_haenel.jpgL’histoire de Jan Karski, résistant polonais qui fut envoyé en Europe et aux États-Unis pour témoigner de ce qui se passait en Pologne. Son message contenait deux informations principales: l’existence d’un État polonais clandestin qui résistait aussi bien à l’occupation nazie qu’à l’occupation soviétique. Le sort des juifs dans le ghetto de Varsovie et leur extermination. Les deux messages que Karski portera aux alliés [ainsi qu’aux leaders de la communauté juive en Angleterre et aux États-Unis, fait un peu occulté dans le livre] ne seront jamais entendus.

Le roman comporte trois chapitres:

Chapitre un: il s’agit d’un compte rendu de la séquence dans Shoah où Claude Lanzmann interroge Jan Karski. Ce dernier évoque sa visite de quelques heures dans le ghetto de Varsovie en octobre 1942 pour qu’il voit de ses propres yeux le sort réservé aux juifs du ghetto. Cette séquence est à l’origine du roman. C’est en voyant Jan Karski dans le film de Lanzmann que l’auteur aurait eu envie de se renseigner sur lui et d’écrire sur ce messager.

Chapitre deux: il s’agit là encore d’un compte rendu du livre de Karski « Story of a Secret State, écrit en 1944 et dans lequel il raconte son entrée dans la résistance, ses premières missions pour l’Etat polonais clandestin et sa dernière mission en tant que messager. Visiblement l’auteur après avoir vu Karski dans le film de Lanzmann, a décidé de lire son livre et nous livre ici un résumé de sa lecture.

Chapitre trois: Fiction dans laquelle l’auteur imagine les réflexions de Karski au crépuscule de sa vie. Ce dernier expose sa rancoeur contre les alliés qu’il accuse d’avoir sciemment oublié la Pologne et les juifs. L’auteur évoque brièvement un tableau que Karski aimait énormément: le « Cavalier polonais » présenté à New York dans la Fritz Collection. Karski s’identifie à ce cavalier et aux moments importants de sa vie retourne voir le tableau. Le reste est une litanie de réflexions plus ou moins attribuées à Karski (Il aurait pu penser cela, semble être le leitmotiv de cette dernière partie). Le livre enchaîne des formules rhétoriques creuses (« Qui témoigne pour le témoin »), des jeux de mots relativement mal venus (le crime contre l’humanité devient crime commis par l’humanité). L’auteur va même jusqu’à prêter à Karski des idées plus polémiques: Karski ne parle pas de la passivité des alliés mais de leur complicité dans l’extermination des juifs.

S’il s’agissait d’un document de travail, ce livre pourrait être intéressant. On voit le cheminement de l’écriture de la première prise de conscience à la recherche historique. Le troisième chapitre apparaît alors comme un brouillon, un premier jet d’écriture, peu satisfaisant mais nécessaire au processus d’écriture.

Comme objet littéraire (le livre a été publié tel quel), le résultat final est très insuffisant. Il n’y a pas de perspective littéraire, pas d’écriture littéraire mais une suite de compte rendus et d’idées mal fagotées. Quant au Cavalier Polonais, élément qui m’avait amener à m’intéresser à ce livre, c’est fade et sans réelle profondeur.

Bref, une déception et encore ce constat, les écrivains français n’écrivent pas, en tout cas pas au sens littéraire. Ils font des comptes rendus de ce qu’ils voient ou de ce qui les intéressent mais c’est tout.

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6 réflexions sur “Jan Karski de Yannick Haenel

  1. Dites, on ne va pas y passer le mois n’est-ce pas ? Le lien se trouve sur/dans la signature de mon premier commentaire : le mot Stalker donc, selon la configuration de votre interface de commentaires.

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  2. Maintenant que j’ai l’explication, j’ai bien trouvé votre lien (et votre article sur Jan Karski). Je me permets d’ajouter ce lien à mon message pour le rendre plus visible. En effet, le nom des commentateurs fait souvent l’objet d’un lien vers leur email personnel, ce qui explique que je n’ai pas fait attention.  http://stalker.hautetfort.com/archive/2009/10/05/jan-karski-de-yannick-haenel-ou-le-faux-temoignage.html

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  3. Votre commentaire a-t-il un rapport avec l’article de l’historienne Annette Wierwocka dans la revue « L’Histoire ». Sinon ce livre est une construction littéraire à partir du témoignage de Jan Karski. Peut-être un faux témoignage donc.

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