Avatar de James Cameron

https://i2.wp.com/www.cinemaretro.com/uploads/avatarcameron.jpgJ’allais voir Avatar parce que le produit était vendu comme une révolution technologique. Je n’attendais rien d’autre, je n’ai eu rien d’autre et même pas ce qu’on m’avait promis. Nulle révolution en vue. Si la 3D c’est ça, alors à quoi bon faire du cinéma? Mieux vaut avoir un jeu vidéo tant c’est semblable (et d’ailleurs je note au passage qu’il existe et que le film est donc une opération marketing pour le vendre). Là, j’étais frustré de ne pas avoir mon joystick pour pouvoir diriger les personnages tant ils étaient cons.

La réalisation, une révolution? Non, un film 3D qui n’en est pas un mais un jeu vidéo!

Je ne nie pas la beauté des décors, notamment lors des scènes de nuit avec la végétation phosphorescente. Mais je me souviens avoir été plus impressionné par les images du jeu vidéo Dark Earth (décliné en JDR) dont Avatar reprend parfois à l’identique l’esthétique et pourtant on était dans les années 90 et au balbutiement des CGI.

D’ailleurs, c’est bien là le problème: je vais au cinéma pour voir un spectacle, certes, avec une histoire intéressante, c’est mieux, et des images filmées, pas que des CGI. D’autant que je ne vois pas la plus-value de la 3D.

Je ne prends qu’un exemple: la forêt. Le monde que nous donne à voir (intéressant, d’ailleurs, de mettre cette phrase dans la bouche des natifs « je te vois » pour exprimer le fait de voir physiquement mais, évidemment, prévisiblement, surtout mentalement, spirituellement) Cameron est un monde-forêt (ou tout du moins le croit-on pendant une bonne partie du film) avec des arbres gigantesques, des plantes gigantesques, une faune gigantesque du fait d’une gravité plus faible. Bien. Le propos du film est de nous dire que le peuple indigène (le « Peuple ») est en harmonie avec cette forêt de manière biologique (ils se connectent aux animaux et aux plantes directement par leur tresse qu’il porte derrière leur crâne et qui comporte des filaments que les autres formes de vie possèdent également). Ainsi, l’ensemble des formes de vie sur ce monde peut communiquer, échanger, se connecter — c’est une symbiose (je reviens après sur la cohérence de l’ensemble).

Or, c’est là où on pouvait s’attendre à ce que la forme (la 3D et la réal) parviennent à apporter quelque chose de plus que les autres films étaient parvenus à faire auparavant. Nous montrer, nous incarner cette symbiose. Et que fait Cameron? Il nous montre qu’au moment où les Na’vi (les natifs, donc) se connectent, ils écarquillent les yeux, poussent un petit gémissement et on entend des murmures. Je pense que l’on aurait imaginer mieux avec la 3D: l’apparition de visions plus ou moins abstraites ou figuratives surgies de la salle et se rapprochant en tournoyant des personnages (je dis ça comme ça, sans y réfléchir plus que ça). Mais non. Du coup, apport de la 3D? Aucun.

J’avance même l’idée que ce n’est pas un film 3D. C’est un film de synthèse mais la 3D est sous-utilisée. Preuve en est: beaucoup d’entre nous ont regardé des scènes entières sans les lunettes. Cela montre qu’il ne l’utilise que peu (notamment au début). Et de manière peu pertinente. Et parfois il l’oublie même: ainsi lors d’une scène où le marine fait son journal de bord, la webcam en face de lui (et entre nous et lui) est floue! alors qu’elle est au premier plan. Bravo la 3D!

La 3D dessert même le propos du film: la planète Pandora est tellement déroulée sous nos yeux pour nous en jeter plein la vue (« je te vois ») lors de scènes d’exposition (surexposition) qui n’ont d’autre finalité que de nous montrer la prouesse technique. Pire: je pense que ces scènes ont été pensées pour pouvoir utiliser la technique. Pire encore: j’ai eu l’impression de revoir des scènes déjà vues dans des jeux vidéos (deux personnages qui courent sur les branches d’un arbre géant vus de haut, c’est du déjà vu). Pire, pire encore: la multiplicité des plans sur la planète vue de haut fait penser à du Yann Artus-Bertrand en CGI.Quant à la bataille finale, c’est tiré de Star Wars. On croirait le combat des jar-jar bins contre les armées de droïdes ou encore les scènes de la guerre des clones dans l’épisode 3.

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Le scénario du film? Un ramassis de clichés!

Méchant arrive sur monde nouveau pas aux humains, méchant s’infiltre chez les gentils, méchant devient gentil, gentils découvrent que nouveau gentil était méchant, gentils exilent nouveau gentil, méchants exilent ancien méchant, nouveau gentil sauve gentils contre méchants et redevient accepté par gentils. C’est le prototype du scénario « going native. » « Danse avec les loups » l’avait déjà fait et en cent fois mieux avec énormément plus de subtilité, de profondeur et de tragique. Là, je me cogne de ces personnages qui sont des stéréotypes ambulants mais c’en est impressionnant.

Les dialogues? Hum, le côté scientifique se résume à « il faut faire des prélèvements » ou « c’est biologique. » Mais le clou ce sont les militaires: « Le Nicaragua, c’était pas un pique-nique! » nous assène le colonel en évoquant sa campagne passée. Cameron, tu as déjà ait ça il y a 20 ans. Ca nous a fait rire à l’époque, maintenant c’est du réchauffé (idem pour le « viens voir papa » qui ne m’a même pas arraché un sourire).

Le propos: un western (cowboys vs Indiens) sur une exo-planète sauf que cette fois les Indiens gagnent. Et puis on dénonce l’impérialisme capitaliste (les références aux actionnaires qui dirigent la corporation exploitant la planète et le méchant chef des opérations), la recherche du pétrole en Irak euh… du minerais sur Pandora, la guerre préventive bushiste et sa propagande (pour lutter contre la terreur des méchants natifs afghans/ irakiens on lance une opération de guerre préventive), on surfe sur la vague écolo allégrement, l’ensemble de ces thématiques étant autant de prétextes et non de véritables sujets, je trouve que le terme d’Aurélien Firrenzi de « goulbigoulba infâme » est plutôt pertinent même si j’avais pensé dès hier soir à une macédoine de légume dont le liant serait une mayonnaise fadasse, un peu dégeu qui fait vomir une ou deux heures après.

A force, on en rit

Ce qui m’a fait beaucoup rire (car je n’étais pas grincheux en sortant mais bel et bien hilare) ce sont les invraissemblances du scénario dont on sent bien que ce n’était pas la préoccupation primordiale de Cameron. 1) Quand est-ce qu’il dort ce type? Quand son corps humain dort il est éveillé dans son avatar; quand son corps d’avatar dort, il est éveillé dans son corps humain. Au bout de 5 jours, normalement, il devient complètement névrotique et voit des hallucinations partout avant d’avoir une rupture d’anévrisme. 2) Lorsque les gentils humains s’échappent de la base en hélico, pourquoi les méchants humains ne les poursuivent-ils pas? Ils ont largement le temps avant que les premiers n’arrivent dans le vortex où les radars ne fonctionnent plus. Bon ce sont des détails.

Mais mon plus grand rire narquois vient de la philosophie sous-tendue par le film: à savoir, que si tu es intelligent/ cultivé/ éduqué tu ne peux comprendre les cultures des autres alors que si tu es ignorant et crétin tu es plus ouvert d’esprit pour pouvoir assimiler et accepter l’Autre. En effet, le marine qui est le héros apprend la culture des Na’vi alors que ceux-ci avaient déjà tenté avec d’autres mais ils estiment que ce furent des échecs, les autres ayant essayé étant des scientifiques. Car, comme le dit un proverbe na’vi: « On ne peut remplir une coupe qui est déjà pleine. » Bravo! Donc, pour comprendre les Indiens, les musulmans, il aurait mieux valu que les pionniers/ GIs américains soient ignorants et d’esprit militaire. Euh… y’a que moi qui voit le problème? C’est bien connu: pour comprendre l’Autre et l’accepter, seuls les crétins sous-éduqués le peuvent! (Ce qui m’a été confirmé encore hier soir lors de la réunion parents-profs pendant laquelle un père m’a demandé si on allait faire autre chose que l’islam en Histoire (occultant le fait qu’on avait les Empires byzantin et carolingien avant et après) parce que « l’islam, l’islam, l’islam, je me suis demandé dans quel pays on était. »)

Enfin, l’esprit « Gaia » de Pandora. Etant MJ à un JDR qui s’appelle Fading Suns et qui explore les thématiques de la destruction des exo-planètes, l’extermination des races xénomorphes par la race humaine et qui a crée une race exprès pour aborder le thème de l’écologie (les Symbiotes, tiens, tiens), je peux dire que le traitement de Cameron de ces thèmes est bien inférieur à un JDR! Pourquoi fallait-il que les natifs soient des bons sauvages? Pourquoi faut-il que la conscience Gaia de Pandora intervienne? Les choix opérés par Cameron procèdent d’une opposition simpliste. Or, à notre époque, ces oppositions ne fonctionnent plus, on le sait. Quel gâchis que de dire: la conscience de la symbiose avec l’environnement ne peut se faire que dans une société primitive composée de bons sauvages. D’ailleurs l’esprit-Pandora elle-même récompense les crétins: Sigourney Weaver peut bien mourir, c’était une sale scientifique alors que le con de Marine (qui pour moi n’a jamais assimilé ni intégré la culture des Na’vi autrement qu’en se la ramenant en permanence: ouais je suis bon guerrier, ouais je me tape la fille du chef, ouais je me dompte le grand dragon que personne n’avait dompté sauf le type légendaire, c’ad en affichant l’arrogance de se savoir élu puisqu’il l’est) lui est digne d’être sauvé par Pandora et d’être transféré définitivement dans son corps de Na’vi.

Du coup, je fais le rapprochement entre ce personnage de militaire crétin et Perceval dont il serait un héritier. En effet, il apparaît comme le chevalier ignorant, non-éduqué, qui peut trouver le Graal, comprendre le mystère de la religion (des Na’vi) car il est ignorant des choses du monde, car il possède ainsi une sorte de pureté dans l’ignorance, thème chrétien (n’oublions pas que nous avons péché pour accéder à la connaissance). Alors James Cameron nous livrerait-il, derrière sa fable écolo cul-cul, une fable chrétienne anti-culture?

Des idées non-exploitées: un beau gâchis

Et pourtant, il y avait du potentiel et quelques bonnes idées comme celle de choisir un handicapé pour piloter l’avatar « élu » (on comprend qu’il préfère ce corps agile et fort)… mais sa psychologie est résumé à une scène de course durant laquelle il est jouasse. La symbiose aurait pu être explorée de bien meilleure manière, les rapports humains/ Na’vi beaucoup mieux développés que de simples évocations au moyen de photos collées sur une porte de frigo… Après il aurait fallu pour cela que Cameron renonce à nous en mettre plein la vue gratuitement pour essayer de raconter une véritable histoire.

La symbiose est évoquée par le fait que les Na’vi peuvent monter des chevaux sans mord ni rènes (trop cool), dompter des ptérodactyles voire des dragons (re-trop cool) et même se télécharger de leur corps vers un autre corps (ouah, trop méga-cool!) mais que si on est un crétin parce que si on est un scientifique ça marche pas… et puis comme il y a symbiose les Na’vi prient et remercient les animaux qu’ils tuent et puis voilà (ah si on a un plan sur une tombe mais qui ne dit rien).

Or ce thème de la symbiose est passionnant et aurait mérité une exploration beaucoup plus poussée. Que signifie être un prédateur, une proie dans un tel système? Qu’est-ce que mourir? naître? aimer? L’idée même d’individualité, de conscience doit être revue. Ce thème est passionnant et il n’est — comme tous les autres dans le film — qu’effleuré. Il ne sert que de prétexte, pire de gage à la mode pour faire passer le film.

Et pourtant, quelques plans m’ont séduit: la première méduse volante qui vient se poser sur la pointe de la flèche, dissuadant la guerrière de tuer l’élu. Très bien. On comprend tout de suite que c’est un élu. Mais que c’est mal exploité ensuite! Autre plan que j’ai aimé: les grands ptérodactyles chevauchés par les guerriers tous accrochés à une falaise qui se décrochent et se laissent tomber avant de survoler la mer déchainée. Tiens, un plan que j’ai regardé sans lunettes et avec lunettes: pas de 3D! Enfin, un plan vers la fin avec la Na’vi qui prend le Marines dans ses bras; la disproportion des deux corps apparaît de manière émouvante… là encore sans 3D.

Bilan: Avatar est un spectacle qui se veut révolutionnaire mais qui se résume à une débauche visuelle creuse pendant laquelle j’ai senti mon menton s’incliner dans la dernière demi-heure (que c’était long!) faute d’un propos intelligent, d’un scénario consistant. Un concept de départ intéressant gâché faute d’une véritable réflexion sur le projet au-delà de l’aspect technologique… qui du coup n’apporte rien à cause d’un manque de réflexion… Bon vous voyez où je veux en venir: le cercle vicieux typique de ce genre de film.

Cela ne m’étonne pas que ce soit prévu pour être une trilogie. On a déjà imaginé le 2. le retour des humains et le 3. comment finir la guerre en Afghanistan… euh sur Pandora? avec un président noir élu sur Terre.

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