Up in the Air de Jason Reitman

Ryan Bingham (Georges Clooney) passe la majorité de son temps dans les avions et les hôtels. Une année, il a passé 43 jours dans son appartement à Omaha, 43 jours qui lui ont paru longs tant il s’ennuie quand il est chez lui. Son but ultime: parcourir 10 millions de miles en avion et devenir ainsi le membre du prestigieux club d’American Airlines. Ryan voyage parce qu’il est LE spécialiste des licenciements. En ce temps de crise beaucoup de DRH ne supportent plus de devoir licencier des salariés (les pauvres DRH) et c’est à ce moment précis qu’intervient Ryan, il licencie à toute vitesse, son discours est rôdé depuis des années.

Deux événements vont venir perturber la douce vie de Ryan: une jeune recrue va proposer à l’entreprise de Ryan de licencier les salariés par Internet (afin d’économiser les frais de déplacement) et Ryan va rencontrer une femme. Ryan va donc devoir se poser à Omaha. De quoi l’obliger à réfléchir sur ses choix dans la vie. Car jusqu’alors, Ryan est un défenseur du célibat, il professe une vie sans attache, sans famille, la seule façon pour lui d’être libre.

La première partie du film est intéressante. Le générique par ailleurs est grandiose avec ses vues aériennes sur différents paysages américains. Georges Clooney fait très bien le quinqua sûr de lui, de son célibat. Le reste est plus conventionnel et la moralité du film est – je m’excuse – à vomir. En gros pour être un homme (ou une femme) normal, il fait être marié et avoir des enfants. Pauvre Ryan qui s’aperçoit trop tard de son erreur et qui voit le train partir sans lui. Car c’est en voyant sa soeur se marier qu’il réalise que son but (10 millions de miles) est vain et qu’il va mourir tout seul à moins de se marier au plus vite et de faire des enfants. Malheureusement pour lui, la femme qu’il a rencontré est déjà mariée (elle), il apprend de sa bouche qu’il n’est qu’une parenthèse, rien qu’une parenthèse et qu’il ne peut pas avoir une vie normale à présent. Ryan finit donc ce film seul devant le tableau des affichages de l’aéroport, ne sachant plus où aller.

Et le réalisateur en rajoute sur l’importance de la famille. Le film s’ouvrait sur les visages de salariés apprenant qu’ils viennent de se faire virer (visages en colère, suppliants). Il se clôt sur les images de ces mêmes salariés expliquant que grâce à leur famille, ils ont pu supporter leur licenciement. C’est beau. Alors allez-y les gars, continuez à virer des salariés (même par internet), tant que bobonne est à la maison pour les réconforter tout va bien.

— LN
Sans titre 1

Mêmes impressions que LN, alors je ne vais pas m’appesantir. Une fois le rejet quasi viscéral de la morale pudibonde et conservatrice propre et chère à Jason Reitman (c’est quand même lui qui avait commis « Juno, » cette infâme propagande anti-avortement sous des dehors hype et petite musique cool), je peux dire que le film est vraiment coupé en deux.

Dans la première partie inventive, tant au niveau de la réalisation que de l’écriture, on découvre ce personnage de quinqua, charmeur, cynique mais qui met une sorte d’essence noble dans ce qu’il fait (de virer correctement quelqu’un à savoir faire une valise avec art, éviter les queues aux aéroports…), le tout étant très antipolitiquement correct et donc très réjouissant. Puis vient la seconde partie et alors on a droit au couplet de la réforme du personnage qui se rend compte que le mariage c’est chouette en allant  à celui de sa soeur. C’est totalement improbable: Reitman sacrifie son personnage sur l’autel de sa morale, car on ne croit pas une seule seconde que ce type, qui est malheureux lorsqu’il ne voyage pas, qui aime les halls d’aéroport et les hôtels Hilton, puisse d’un seul coup d’un seul voir ce mariage à moitié plouc comme une panacée. Mais tant pis: le film continue en nous montrant Ryan abandonner sa philosophie anti-attaches émotionnelles littéralement au milieu d’une conférence pour aller la retrouver. Pas de chance, elle est mariée. Alors oui, il n’y a pas vraiment de happy end (ils ne se marient pas et n’ont pas plein d’enfants) mais on voit ensuite Ryan, seul, ne rien éprouver lorsqu’il atteint son rêve de franchir les 10 millions de miles et on le voit toujours seul à la fin du film, seul et triste. La réalisation, au cours de cette seconde partie, est devenue plan-plan et le propos cul-cul. Cul-cul plan-plan: Jason Reitman dans ses grandes œuvres.

Donc ce film est une double supercherie: on nous vend, au début, un film caustique, une satire de l’économie et de la société américaine pour se retrouver avec un propos moralisateur en fin de compte.

Deuxième supercherie: Reitman a filmé de « vrais gens » qui s’étaient faits virer pour ajouter du réalisme à son film. Il n’y a rien de plus faux! En quoi le fait qu’ils soient vraiment virés les rend plus crédibles au cinéma? Qu’est-ce que c’est que cette espèce de posture hypocrite de dire oui, mais mon propos est vrai, car j’ai filmé des « vrais gens. » Au-delà du mauvais goût, il va de soi qu’il a fait un casting, une sélection, un montage.

Bref, ce film me confirme une chose: Jason Reitman, conservateur moraliste qui se présente sous le déguisement du hype et du sarcastique, n’est vraiment pas quelqu’un que j’apprécie. Du coup, mais qu’allait donc faire George Clonney dans cette galère aérienne?

— Mathieu

 

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