Greenzone de Paul Greengrass

https://i2.wp.com/www.serieslive.com/img/films/green_zone.jpgDans ce film, Greengrass envoie Jason Bourne… euh le Chief Miller (Matt Damon) en Irak entre le début de l’opération « Awe and Terror » le 20 mars 2003 et le discours de Bush annonçant la fin des combats et la victoire militaire des Etats-Unis à bord du porte-avions USS Lincoln le 2 mai 2003.

C’est dans cette période trouble et passionnante que Miller cherche les fameuses Armes de destruction massives qui ont servi de prétexte à cette guerre et, évidemment, il ne trouve rien. Greengrass offre alors un film d’action doublé d’un film d’espionnage. Tout le monde est convoqué: militaires, Pentagone, CIA, journalistes et cadres de l’armée irakienne et du parti baasiste.Il en profite pour délivrer un message politique: si les USA ont gagné la guerre, ils ont perdu la paix pour deux raisons: 1) ils ont menti sur les vraies raisons de leur invasion de l’Irak à leurs citoyens et même à leurs soldats qui, du coup, ont été confrontés à une crise morale et 2) du fait de leur mensonge, ils ont été obligés de liquider les anciennes élites du pays, se privant par là-même des moyens de rétablir un contrôle sur ce territoire livré à toutes les ambitions.

L’ensemble se tient et le film est à la fois divertissant et assez intelligent. Les scènes d’actions sont lisibles, car si elles sont toujours du Greengrass typique (caméra tremblante), elles bénéficient d’un montage bien fait et d’un enjeu narratif à chaque fois: aucune scène d’action n’est gratuite, elle a toujours un but pour le personnage et donc pour le spectateur (éliminer le snipper, récupérer la mitraillette, capturer le général irakien…).

Néanmoins, le propos laisse quelque peu de marbre: le film daterait de 2005, on applaudirait à la leçon politique, mais en 2010, seul Karl Rove continue de maintenir que l’invasion de l’Irak était une bonne idée. De plus, le propos politique — s’il montre bien que les Américains eux-mêmes n’allaient pas tous en Irak pour les mêmes raisons et se sont donc opposés entre eux une fois sur place — ne tient pas toutes les promesses du titre: avec un nom évocateur comme « Green Zone » (inspiré du livre « Life in the Emerald City ») je m’attendais à quelque chose de plus percutant, avec une implication plus grande des élites irakiennes, de la politique, de la société locale. Là, à part quelques plans dans un hôtel bombardé et une scène au bord de la piscine, on reste sur sa faim.

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Enfin, la dénonciation des journalistes et de la manière dont ils ont absorbé les informations du Pentagone pour ensuite les recracher telles quelles sans les vérifier n’est pas non plus très nouvelle, même si elle est pertinente: le personnage de la journaliste du Wall Street Journal est directement inspirée d’une journaliste du New York Times qui s’était fourvoyée par idéologie, Judith Miller. (C’est elle, soit dit en passant, qui est responsable de la « fuite » sur l’identité d’une agent de la CIA…)

Un film divertissant donc, mais pas autant que les Bourne, plus efficaces, et pas aussi politiquement profond que « Bloody Sunday. » Manque de recul? A l’instar d’un journaliste qui voudrait tellement faire un scoop qui correspond à ses idées qu’il en oublie d’avoir un regard critique?

— Mathieu

 Si vous n’êtes pas sujet au mal de mer, alors ce film est pour vous. Sinon vous aurez tendance à vous sentir un peu mal devant ses scènes peu lisibles où la caméra bouge tout le temps et dans tous les sens. Cela m’a fait penser au dernier James Bond.

Après pour un film produit en 2004, c’est audacieux… sauf qu’on est en 2010. Maintenant même les Américains moyens ont compris qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive. Du coup, lorsqu’à la fin Matt Damon envoie à tous les journaux US un email dans lequel il fait éclater la vérité, ça fait un peu tâche. On sait qu’il ne s’est rien passé depuis. Tout le monde le sait et cela n’a rien changé à l’histoire.

Quant à théorie selon laquelle si les Américains s’étaient appuyés sur l’armée irakienne, l’invasion américaine n’aurait pas sombré dans un tel chaos, je ne suis pas sûre. Facile de dire cela maintenant encore une fois.

— LN

 

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