The Ghost Writer de Roman Polanski

https://i0.wp.com/www.cinecritic.biz/fra/images/stories/afiches-estrenos/afiches-marzo-2010/the-ghost-writer.jpgLondres, aujourd’hui. Ewan McGregor est un nègre (un « ghost writer ») reconnu dans son domaine. Lorsque le corps d’un collègue engagé par Adam Lang (Pierce Brosnan), l’ancien Premier ministre britannique, est retrouvé sans vie sur la plage d’une île au large du Cape Cod aux Etats-Unis, il est engagé par la maison d’édition pour le remplacer et écrire les mémoires de son nouveau patron. Commencent alors les ennuis pour lui.

 Polanski propose un film claustrophobique centré autour de la résidence au design ultra-moderne où réside l’ex Premier ministre et son épouse, entouré de leur servide de sécurité, du personnel et de leurs assistants. McGregor semble être un petit enfant perdu dans cet univers hitchockien, rôle qui lui sied à merveille. L’intérêt principal de ce film réside justement dans le regard que porte cet écrivain, sorte d’ingénu en politique (il répète à l’envi qu’il trouve la politique ennuyeuse) mais au regard aiguisé pour tout ce qui concerne les relations personnelles, les mensonges, les non-dits, bref tout ce qui fait ou pourrait faire une intrigue aux mémoires qu’il est censé écrire. De plus, Polanski — sans doute grâce à la collaboration de Thomas Harris, auteur du roman dont le film est une adaptation — distille quelques perles d’humour britannique pleines de cynisme qui donnent du piquant à son oeuvre. Evidemment, les références à Blair sont nombreuses et le parallèle avec le propre enfermement de Polanski dans sa résidence à Gstaad d’une ironie troublante.

  Pourtant, le film n’est pas complètement réussi. En effet, passé la moitié du film, celui-ci bascule dans un thriller politique beaucoup plus classique qui lui fait perdre l’originalité dans laquelle il puisait jusqu’alors sa force et son intérêt. C’est d’autant plus dommage qu’à plusieurs reprises l’intrigue du thriller avance à coups d’invraissemblances et d’approximations qui la rendent difficilement crédible (ainsi l’utilisation du gimmick avec le GPS ou encore la présence du ministre des Affaires étrangères au Cape Cod). Heureusement, Polanski fait réagir son personnage de manière banale et normale, à la monsieur tout le monde: il déballe tout dès qu’il en l’occasion, mettant fin à un pseudo-suspens policier qui faisait concurrence au suspens psychologique et politique beaucoup plus passionnant.

  La réalisation est classique, vieillotte même par certains aspects mais j’ai trouvé que cela servait le film, attirant l’attention sur les personnages, sur les situations et non sur les aspects plus anecdotiques (ce qui est contredit, cependant, par les gimmicks cités plus haut). Néanmoins, le twist final apparaît d’autant plus inutile qu’il est totalement prévisible et ne sert ni l’intrigue ni le propos du film mais semble être plus un passage obligé et donc lourdeau.

  Un film agréable à regarder donc, de bonne facture, mais qui ne réussit pas totalement à se hisser au niveau de ses ambitions: nous livrer un portrait de l’après-Blair à la manière d’un Napoléon à Sainte-Hélène. Dommage, Polanski aurait pu signer un chef d’oeuvre; il se contente de nous livrer un divertissement honnête.

— Mathieu

 Ma critique va quelque peu contredire les propos de Mathieu. Film agréable à regarder? Pour ma part je me suis ennuyée et j’ai trouvé ce film long, très, trop long. Le premier mot que m’est venue à l’esprit à la fin de la projection est lamentable. Et dire qu’il s’agit d’un film de Polanski. C’est vieux, mal filmé, mal écrit.

Imaginez un écrivain apprenant que le soir de la mort de son prédécesseur, une vieille femme a vu des lumières inquiétantes sur la plage, là où on a retrouvé le corps de la victime. Imaginez que cette femme est maintenant dans le coma suite à une malencontreuse chute. Vous en déduisez alors que les agents de sécurité ont bien fait leur travail de nettoyage. On sait parce que c’est dit dans le film que la victime s’était rendue à un endroit secret où elle avait rencontré une personne mystérieuse. Suite à cette rencontre on a retrouvé la voiture dans le ferry et la victime dans l’eau, morte noyée. Visiblement après sa rencontre la victime rentrait tranquillement sur l’île et elle aurait été tuée sur le ferry. Imaginez maintenant que notre fantôme actuel reprend la voiture et constate que le GPS a gardé en mémoire le dernier trajet de la victime. Ce qui le conduit sans encombre à la mystérieuse personne. C’est balaud. Les agents de sécurité ont pensé à eliminer un témoin génant mais pas à rebooter le GPS de la voiture. On dirait du Lost.

Que dire également de l’esprit malin du précédent ghost writer. Se sentant menacé, il aurait décidé de laisser derrière lui des preuves accablantes sur Adam Lang. Preuves qu’il dissimule dans le manuscrit qu’il est en train d’écrire. Manuscrit qui est scrupuleusement enfermé à double tour dans le bureau du PM?? On a vu mieux comme stratégie.

Quant à la réalisation, cela faisait longtemps que je n’avais pas vu des plans de personne en voitures aussi rétro: voir la tête des acteurs plus grande que le paysage qui défile derrière est un pur ravissement.

Je connaissais Polanski pour ces films décalés, provoquants. Là, le film est plat et je vous conseille franchement d’éviter.

— LN

 

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