Les Oubliées d’Hervé Hadmar

Bienvenue à Boulogne-sur-mer, sa plage, son stade de foot … et ses disparitions. Christian Janvier enquête depuis 15 ans sur la disparition de six jeunes filles dans la région de Boulogne. A chaque fois, le rituel est le même: les jeunes filles sont enlevées puis quelques jours plus tard on retrouve sur un banc public de la ville leurs vêtements nettoyés, repassés et une figurine de vierge glissée à l’intérieur des vêtements. Depuis quinze ans, aucun corps n’a été retrouvé, l’enquête serait déjà classée si Janvier n’était pas obsédé par cette affaire. Très proche des familles, il continue malgré le manque de moyens à enquêter. Une septième jeune fille disparaît, ses vêtements sont bien retrouvés sur un banc public mais cette fois un message est présent.

L’enquête est relancée, Janvier reçoit l’aide d’un jeune gendarme. Cette fois le meurtrier a laissé des indices qui permettent de remonter sa piste. Mais Janvier est dubitatif: la fille ne correspond pas au profil des autres victimes (toutes vierges alors qu’elle est call-girl), le meurtrier n’a jamais laissé de message ni d’empreinte. L’enquête est bouclée rapidement. Trop rapidement. Le meurtrier avoue le dernier crime et les six autres. Mais Janvier reste persuadé que s’il est bien le meurtrier de la dernière victime, il n’a rien à voir avec les autres meurtres. Par contre, Janvier est persuadé que ce meurtrier connaît l’identité de celui qui a tué les six oubliées.

Jacques Gamblin est impeccable (comme d’habitude d’ailleurs) dans ce rôle de flic pugnace, qui ne veut rien lâcher mais qui s’aperçoit peu à peu qu’il perd pied. Il est humain, à la fois très proche de sa propre fille mais distant vis-à-vis de sa femme, capable d’être calme puis de sombrer dans une frénésie de violence. Il incarne parfaitement ce rôle de flic qui n’arrive pas à tourner la page, qui est persuadé de toucher au but et qui pourtant n’arrive pas à embarquer les autres avec lui. De plus en plus seul, il est au bord de la folie. Uniques points de repère dans son monde, son père (qui, atteint d’alzheimer, ne le reconnaît plus) et les fantômes des six victimes, c’est dire sa détresse. Les autres personnages de cette mini-série (sa femme, sa fille, son collègue) sont autant de personnages intéressants, capables du meilleur comme du pire, tour à tour sûrs d’eux et fragiles. Car finalement ce qu’ils ont tous à cacher, c’est leur fragilité.

Le scénario parait très proche des livres de David Peace, par son milieu ouvrier dans le Nord, avec sa passion pour le football et la tentation pour ce flic de soupçonner le notable du coin. On retrouve le milieu de la nuit, ses collusions avec le monde financier et bourgeois de cette ville. De quoi persuader ce flic qu’il tient là les coupables.
Pour une fois, on a un générique qui ressemble vraiment à un générique de série TV, et non pas un générique de téléfilm. Par contre, il faut bien avouer que la réalisation est pourrie. Le réalisateur multiplie les plans rapides: on voit parfois trois plans successifs de maison dans la même seconde sans qu’on comprenne bien l’intérêt. C’est pas tout le temps heureusement, mais ils nous arrivaient souvent de dire « mais pose donc ta caméra » en plein milieu d’un épisode. Dommage, quelques scènes auraient pu être plus percutantes (notamment la scène de l’arrestation du premier meurtrier).Toutes les scènes où Janvier voit les six disparues sont excellentes, très effrayantes et en même temps elles posent le personnage, lui donnent un moment de calme et de réflexion.
La série vous vraiment le détour, grâce aux personnages (et notamment à celui de Jacques Gamblin) et grâce au scénario, classique mais hyper efficace.
— LN
J’avais entendu parler de cette série lorsqu’elle était passée sur France 3 pour la qualité de son écriture et j’ai eu enfin l’occasion de la voir. Je dois dire que l’attente valait le coup.
Effectivement, cette série est formidablement écrite: les auteurs ont une véritable ambition, celle d’écrire une série policière, sociale et psychologique. Pendant le temps de six épisodes, à travers l’enquête de Christian Janvier, capitaine de police à Boulogne-sur-Mer obsédé par ces jeunes filles qui ont disparu, c’est tout une région que l’on voit se déployer, c’est le malheur des familles, c’est la manière dont cette histoire hante tous ceux qui y sont mêlés et les rongent petit à petit.
Les multiples (fausses) pistes et impasses suivies par Janvier nous font découvrir la misère sordide et glauque, qu’elle soit économique, sociale ou tout simplement qu’elle règne dans le désarroi de ceux qui ont besoin de retrouver une call-girl, le soir, pour pouvoir assouvir quelque besoin ou tenter, un instant, de briser leur solitude.
Le générique, il faut le souligner, est un vrai, bon générique de série: il est simple mais très efficace avec ces points de vue en trompe-l’oeil sur des bâtiments, des champs de blé (ah les champs de blé et ce qu’ils nous disent…), un bâteau amarré au quai d’un port… alors que des volutes d’une fumée noire et malsaine sont la cause des déformations du paysage, le tout bercé par un choeur de voix féminines.
La réalisation gâche un peu tout cela avec des effets de camera qui bougent pour le moins pénible alors que l’histoire aurait appelé une caméra bien plus posée, bien plus pudique aussi, nous laissant nous imprégner des silences, des souffrances, des joies. Néanmoins, le (les?) réalisateur(s) arrive(nt) à offrir quelques plans tout à fait réussis: l’un d’entre eux est dans la bande-annonce (et c’est d’ailleurs bien dommage car il vient dans le dernier épisode). D’ailleurs, le deuxième auquel je pense se trouve également dans le dernier épisode donc chut…
Ce qui me fait revenir à la qualité d’écriture: le dernier épisode, après que la série ait joué avec nous d’une manière tout à fait intelligente, livre une fin extrêmement équilibrée et réussie tant sur le plan scénaristique que sur le plan visuel.
Une réussite. Du coup, maintenant je veux voir « Pigalle, la nuit » des mêmes auteurs.
— Mathieu
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