Inception de Christopher Nolan

Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) est le meilleur dans son art inhabituel et dangereux de l’extraction des idées dans les rêves, au moment où l’esprit humain est le plus vulnérable, car uniquement guidé par son inconscient. Nul secret n’existe plus alors et les pensées les plus intimes sont exposées au grand jour. Pour cela, Cobb façonne des rêves comme autant de pièges destinés à déclencher des réponses émotives et instinctives de la part de sa victime qui révèle alors le secret qu’elle souhaitait garder.

  Principalement employé par des multinationales pour mener de l’espionnage industriel, Cobb est devenu un fugitif et a dû quitter ses propres enfants. Lorsque Saito (Ken Watanabe) PDG d’une multinationale japonaise le contacte pour effectuer un travail en lui promettant d’effacer son casier aux Etats-Unis comme paiement, Cobb accepte évidemment de mener à bout le travail le plus délicat dans son domaine: non pas voler une idée mais en implanter une dans l’esprit de quelqu’un, ce qui s’appelle « l’inception. » Il s’agit pour Cobb d’implanter l’idée à Robert Fisher (Cillian Murphy), héritier d’une multinationale concurrente de celle de Saito, de démanteler son empire et de le vendre. Pour cela, Cobb doit pénétrer plus profond dans l’inconscient de sa victime: aller dans le rêve d’un rêve d’un rêve, trois couches dans l’esprit de Fisher, sans quoi son esprit identifierait l’idée qu’on lui implante comme n’étant pas la sienne. Personne n’a réussi un tel exploit… sauf lui.

  Pourtant, malgré une planification sans faille de son intervention et une équipe composée des meilleurs éléments, l’opération semble se heurter à un ennemi invisible et mystérieux capable de prévoir les moindres mouvements de Cobb et des siens. Cet ennemi est la menace ultime pour Cobb, car directement issu de son passé et donc de son propre inconscient…

Ce film a été présenté comme « très compliqué » et « difficile à suivre. » Or il n’en est rien, car Nolan sait diablement y faire: il nous livre un film certes ambitieux sur l’inconscient et les rêves mais il ne nous perd jamais dans les méandres de l’inconscient et des rêves dans les rêves dans les rêves. Il utilise pour cela une astuce scénaristique classique mais efficace – le personnage ingénu mais doué. En l’occurence il s’agit d’Ariadne (clin d’oeil), interprétée par Ellen Page qui accomplit l’exploit de ne pas être insupportable. Celle-ci est repérée comme une architecte (c’est-à-dire quelqu’un qui construit les rêves qui serviront de pièges pour les victimes) douée et donc indispensable à Cobb même si ce dernier doit lui expliquer les ficelles de son art (et à nous par la même occasion).

  L’autre force et la plus grande à mon avis du film réside dans les multiples petites trouvailles dont Nolan ponctue son intrigue. Certaines m’ont vraiment enthousiasmé dont, par exemple, l’idée d’un « totem » qui permet de garder le contact avec l’idée que les protagonistes sont dans un rêve et notamment la toupie ou encore les « décharges » (être arrosé, perdre l’équilibre) qui sont les seules manières de faire sortir du rêve quelqu’un qui y est plongé par l’étrange machine dont se sert Cobb.

  D’ailleurs, et c’est la seule réserve qui ternit un peu l’ensemble, il faut réussir à passer outre les objections ou, à tout le moins, les questions légitimes que l’on est en droit de poser: d’où vient cette technologie qui permet à Cobb de plonger quelqu’un d’autre dans un rêve qu’il aura conçu à l’avance? Comment ça marche exactement? Et puis, une petite chose m’a chiffoné tout au long du film: les rêves, l’inconscient, sont infiniment personnels (cette remarque vient de quelqu’un qui tente tant bien que mal de tenir un journal de ses rêves) et j’ai du mal à croire que plusieurs esprits peuvent partager les mêmes symboles. Comment Cobb peut-il savoir quelle image, quel symbole va déclencher une réaction émotive de la part de sa victime? Cela revient à valider plus ou moins les théories de Jung tout cela, non? Je n’ai rien contre, mais cela aurait été bien de montrer tout cela.

  Il n’empêche: l’intrigue est suffisamment mordante, le rythme toujours haletant, les prestations de Cillian Murphy (qui dépeint un héritier bien plus subtil que le stéréotype auquel il aurait pu se tenir), de DiCaprio et également de Marion Cotillard en femme fatale au destin tragique revenue hanter l’esprit de Cobb nous permettent de suspendre allègrement notre incrédulité.

  En conclusion, un film efficace, bien ficelé, bien conçu, bien écrit, bien monté, bien interprété qui traite des rêves et de leur potentiel? C’est « Inception, » et c’est le meilleur film de l’été confirmant que Nolan est un cinéaste à suivre. Pourvu qu’il nous tue Batman…

— Mathieu

Je suis en tout point d’accord avec Mathieu (pour une fois). Je n’ai pas ses réserves sur les explications concernant cette technologie. Certes, rien n’est expliqué, mais comme le film est très prenant, on ne ressent à aucun moment le besoin d’une explication. Effectivement, ce film n’est pas compliqué à suivre, le scénario restant au contraire très linéaire, malgré les sauts dans les différentes strates du rêve et l’utilisation de flashback (à noter que presque l’intégralité du film est un flachback, entouré de deux scènes clefs).

J’ai adoré comme Mathieu l’idée des totems et notamment celui de la toupie qui est très très bien utilisée à la fin du film. L’idée des décharges est plus conventionnelle par contre elle est tellement bien intégrée dans le déroulement du scénario qu’elle en devient beaucoup plus originale.

Ce qui m’amène à parler de la grande réussite de ce film: le scénario. Toutes les idées de Nolan sont intéressantes individuellement, une fois assemblées dans son scénario, elles deviennent renversantes. Tout donne l’impression d’avoir été calculé, raisonné, et cela fait vraiment plaisir à voir. J’ai cherché (un peu) dans le film, une erreur de scénario, un faux pas, il n’en est rien. L’ensemble est cohérent, maîtrisé. Viennent s’ajouter à cette construction parfaite, des personnages ni trop caricaturaux ni trop excentriques et une histoire d’amour plus qu’étonnante.

Un film qui allie donc de la mise en scène, de action, de l’émotion et d’une certaine manière de la réflexion.

— LN

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10 réflexions sur “Inception de Christopher Nolan

  1. ben parce qu’il veut que le père de ses petits enfants reviennent, parce qu’il est proche de lui, non ?   Sinon, c’est une incpetion tentée par Mel (sa femme). En fait quand elle se suicie, elle rejoint la réalité et Cobb continue d edormir, et c’est pour le réveiller qu’elle tente l’inception. Du coup, comme on peut prendre l’apparence de quelqu’und ‘uatre dnas les rêves, elle prend l’apparence de Saito (d’ou le dialogue « et nous pourrons être de nuveau jeune côte à côte ».   :)))))))

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  2. A’y’est, je tiens une explication satisfaisante. Le but du film n’est pas l’inception de l’équipe de Cobb sur Fisher, mais une inception de MIles (le grand-père) sur Cobb dans le but de lui implanter l’idée d’oublier / faire le deuil de sa femme…bon après j’arrête :))))

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  3. Une interogation sur le film : la toupie est le totem de la femme de Cobb, non ? du coup, le fait qu’elle continue de tourner ne voudrait-il pas dire qu’on est dans son rêve à elle ? (mais du coup ça veut plus rien dire… ou alors faut que je revois tout le film…wwwwèèèè ça me fait une excuse). Je ne me souviens plus si Cobb fait de la toupie son propre totem (en tout cas il a bien été celui de sa femme à un moment donné) ou s’il a un totem qui lui est propre (il a forcément dû en avoir un). Bon faut que j’arrête de me prendre la tête et en même temps j’aime bien.

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  4. « Une interrogation sur le film : la toupie est le totem de la femme de Cobb, non ? du coup, le fait qu’elle continue de tourner ne voudrait-il pas dire qu’on est dans son rêve à elle ? (mais du coup ça veut plus rien dire… ou alors faut que je revois tout le film…wwwwèèèè ça me fait une excuse). Je ne me souviens plus si Cobb fait de la toupie son propre totem (en tout cas il a bien été celui de sa femme à un moment donné) ou s’il a un totem qui lui est propre (il a forcément dû en avoir un). Bon faut que j’arrête de me prendre la tête et en même temps j’aime bien. » Oui la toupie était le totem de la femme de Cobb mais on comprend dans le film qu’il est devenu celui de Cobb (par contre aucune mention n’est faite de l’ancien totem de Cobb). Qu’on soit dans son rêve depuis le début du film, pourquoi pas? Mais dans ce cas à quoi sert le film? Et surtout à quoi sert le suspens final (avec la toupie qui tombe ou pas)? Petit scarabée, toi dois apprendre la page à tourner… 🙂

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  5. Il y avait les projections du rêveur qui peuvent se retourner contre celui qui envahit, et il y a une espèce de garde rapproché quand le rêveur a été entrainé à résister aux attaques par le rêve (c’est le cas dans le rêve de l’héritier qui a tout une garde rapprochée et qui oblige l’équipe a accélérer le timing). Et la manière dont cette garde rapprochée agit n’est pas sans rappeler la façon dont est poursuivi Cobb alors qu’il commence à recruter son équipe. Après coup, et comme j’aime beaucoup ce film et que j’aime me / le triturer un peu plus, je me demande si, dans cette scène, Cobb a affaire à des tueurs d’une entreprise privé ou s’il est dans le rêve de quelqu’un (mais de qui ?). SI c’est le cas, on aura jamais été dans la réalité (mais j’ai beau me triturer, le film perdrait aussi en cohérence)

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  6. Effectivement le film perdrait en cohérence (même si l’idée est intéressante). Par contre, je n’avais pas compris que l’héritier s’était entrainé à résister aux rêves (d’où l’incursion de l’équipe sur-armée lors de son kidnapping dans le rêve). Il me semble que Cobb associe cela à un reflexe du rêveur s’étant lui-même dans la vie réelle entrainé à se protéger contre des kidnappings. Mais là je ne me souviens plus très bien de la scène, cela fait quand même plus d’une semaine.

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  7. Une des possibilités du film – spoiler – est que tout cela ,e soit qu’un rêve. Quand Di caprio est poursuivi dans la « réalité », on peutpenser, parès coup que ses poursuivants sont des protecteurs d rêve (je ne me souviens plusdu termes exacts). Problème : si cette séquance se situe dans un rêve et non dans la réalité, nous sommes dans la tête de qui ? Pour le reste je rejoins la critique du blog.

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  8. « Une des possibilités du film – spoiler – est que tout cela ne soit qu’un rêve. Quand DiCaprio est poursuivi dans la « réalité », on peut penser, après coup, que ses poursuivants sont des protecteurs de rêve (je ne me souviens plus du terme exact). Problème : si cette séquence se situe dans un rêve et non dans la réalité, nous sommes dans la tête de qui? Pour le reste, je rejoins la critique du blog. » Si le film est un rêve, on est dans le rêve de Cobb (DiCaprio). Quant aux poursuivants qui protègent le rêve, je ne vois pas bien. Cobb parle à un moment des projections du rêveur qui pourraient se retourner contre celui qui envahit le rêve (et veut le contrôler). Il ne parle pas de « protection ». A mon avis, cette spéculation te fait sortir du film.

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