L’Illusionniste de Sylvain Chomet

https://i2.wp.com/nicolinux.fr/wp-content/2010/06/illusionniste-chomet-tati.jpgUn illusionniste survit tant bien que mal dans l’univers du music-hall. Nous sommes dans les années 50 et seuls les groupes de rock attirent désormais les foules. Notre illusionniste continue cependant d’arpenter les villes à la recherche d’un spectacle voulant bien de lui. Il quitte d’ailleurs Paris pour Londres, espérant trouver dans la capitale anglaise de la place pour ses numéros de prestidigitation. Accompagné de son fidèle lapin (au sale caractère), l’illusionniste est embauché par un Lord écossais qui le fait spécialement venir sur ses terres pour une représentation privée. Là, l’illusionniste va rencontrer une jeune fille, Alice, avec qui il va rapidement sympathiser. Impressionnée par ses talents de magicien, la jeune fille décide de le suivre à Edimbourg. Pour subvenir à ses besoins, l’illusionniste va être contraint de changer sa façon de vivre… 

Ce film d’animation est adapté d’un scénario de Jacques Tati, et on en reconnaît rapidement tous les aspects: la figure de l’illusionniste ressemble à celle de Tati, le rythme du film est lent et sa mise en scène un peu désuète. Je dirai que l’atmosphère du film est douce-amère: le caractère très amical de l’illusionniste est atténué par la dureté du milieu dans lequel il évolue. De même l’ingéniosité de cette Alice tranche avec l’influence presque néfaste qu’elle aura sur la carrière de l’illusionniste.

Le dessin est très beau, les vues sur Edimbourg sont absolument sublimes. L’animation des personnages est assez gauche, mais cela pour mieux coller à l’imaginaire de Tati.

Maintenant pour être très honnête, si j’ai beaucoup aimé le film, j’avoue avoir quelque peu peinée devant la lenteur de l’animation (en plus, on a été le voir après manger, ce qui m’a été fatal pendant quelques minutes). Pour ceux qui aime Tati, courrez le voir, par contre si vous détestez Tati, ce film n’est pas pour vous.

— LN

  Cet « Illusionniste » est l’un des plus beaux films de l’été. Il se dégage de ce film, des dessins de Sylvain Chomet, une émotion des plus fines que j’ai rarement l’occasion de ressentir au cinéma. Sans doute est-ce dû à la quasi-absence de dialogues: Chomet cherche à montrer plutôt qu’à disserter et c’est là ce qui fait la quintessence même du cinéma, non?

Quoiqu’il en soit, au-delà de la beauté formelle des dessins dont certains sont de véritables aquarelles, l’histoire de ce grand escogriffe solitaire qui se prend d’affection pour cette jeune fille écosaisse est à la fois très belle et quelque peu dérangeante. En effet, cette jeune fille, fausse ingénue, profite de la protection de ce père d’adoption pour mener une vie sophistiquée. Fabrice Colin, sur son blog, avait mentionné le sens caché du scénario de Jacques Tati. Est-ce que parce que j’avais lu ce billet, j’ai détecté le message? Toujours est-il que j’y ai vu effectivement et clairement un message sur un père qui cherche à se faire pardonner de sa fille. Cette photographie que la jeune fille voit dans la chambre de l’illusionniste et que ce dernier contemple quelques plans avant la fin ne cesse de m’interroger. Je n’arrive pas à y apporter une réponse, mais je pense que ce film est une manière de dire que non, décidemment, les rêveurs ne sont ni faits pour être dans notre monde, ni pour être pères. Ou ai-je tout faux?

Car, en filigrane, derrière cette histoire sentimentale, c’est la fin d’un monde que nous montre Chomet. Quelques clins d’oeil apparaissent: une « une » de journal sur Khrouchtchev et Nixon, par exemple… Le générique du début, musique jazzy, plans sur les grands lieux du music-hall parisien, semble être une élégie à un temps qui s’évanouit… le monde de l’illusion, de la magie, des sentiments, le monde de l’illusionniste disparaît pour laisser la place à un monde matériel, du tape-à-l’oeil, du frivole, de la superficialité. C’est sans doute faux ou pas tout à fait vrai, mais la manière dont Chomet met en scène cette décripitude, notamment à travers les personnages du marionnetiste ventriloque et du clown dépressif (mais c’est un pléonasme), est tellement poignante qu’il est difficile d’y résister. Et du coup, je me suis laissé emporté dans cette histoire.

Les Triplettes… étaient plus punchy; L’Illusionniste est la chronique dépressive d’un monde qui ne veut plus rêver. Les deux sont des vrais bijoux d’animation et de cinéma.

— Mathieu

 

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