Treme (Saison 1) de David Simon

Du nom d’un des quartiers célèbres de la Nouvelle Orléans, Treme raconte, trois mois après Katrina, le destin de cette ville à travers une série de personnages emblématiques.

  • Albert Lambreaux, alias Big Chief, leader des Guardians of the Flame, l’un des clans indiens du carnaval.
  • Son fils, Delmond, trompettiste, parti à New York pour y faire carrière. Il commence d’ailleurs à être reconnu dans le milieu et se détache de plus en plus de la Nouvelle Orléans pour tenter d’autres « sons ».
  • Ladonna, gérante d’un bar. Divorcée d’Antoine Batiste. Elle vit à présent à Bâton Rouge mais a gardé son bar dans le quartier de Treme. Depuis l’ouragan, elle cherche désespéremment son frère, disparu alors qu’il était sous la garde de la police. J’aime beaucoup ce personnage, elle est d’une dignité absolue quelque que soient les merdes qui lui tombent sur la tête. Une vraie battante.
  • Toni Bernette, avocat, employée par Ladonna pour retrouver son frère. Mon personnage préféré, elle fait désespéremment ce qu’elle peut et toujours avec le sourire.
  • Antoine Batiste, musicien (trombone), galère pour trouver des « gigs » et se faire un peu de pognon. Va même jusqu’à jouer à Bourbon Street (dans le quartier français). Bouh.
  • Creighton Bernette, professeur à l’université de Tulane (littérature locale notamment) et mari de Toni. Ecrivain mais n’a rien publié depuis six ans et galère pour finir son livre sur un précédent ouragan ayant frappé la Nouvelle Orléans en 1927. N’en finit plus d’être en colère depuis Katrina. Avec Toni, ils ont une fille Sofia.
  • Janette Desautet, chef et gérante d’un restaurant. Elle tente de maintenir son affaire depuis Katrina malgré ses importantes difficultés financières.
  • Davis McAlary, D.J et animateur radio. Accessoirement le « friend with benefits » de Janette. Passionné de jazz, il écrit des chansons et chante parfois.
  • Annie: violoncelliste venu de New York à la Nouvelle Orléans, un an avant Katrina. Elle joue dans la rue (notamment dans le quartier français) avec son compagnon.
  • Sonny: pianiste, compagnon d’Annie. Originaire d’Amsterdam, venu à la Nouvelle Orléans pour faire de la musique. A un « léger » problème avec les drogues.

Tous essaient de faire comme si la vie reprenait malgré l’absence de beaucoup de proches, les difficultés pour se loger, pour avoir de l’eau potable et de l’électricité, ainsi que l’absence de travail. On sent que tous craignent que la Nouvelle Orléans ne soient plus jamais comme avant et ils voient les étrangers comme des sources potentielles de « dénaturation » de ce qu’est cette ville.

J’ai aimé cette saison 1 même si je dois admettre que plusieurs éléments me gênent. D’abord il y a des personnages que je n’aime pas comme Big Chief (antipathique) et Annie (trop maniérée). Et puis j’ai du mal avec cette insistance des personnages à nous dire sans arrêt que la Nouvelle Orléans est « The place to be », la meilleure, la seule, l’unique ville agréable des USA. Ce qui les conduit parfois à un certain sectarisme: les étrangers sont vu comme des nuisances qui vont dénaturer la ville, tout ce qui est étranger à la ville (sushi, arrangements musicaux façon New York, etc.) est rejetté parce que n’ayant pas la qualité originelle de la Nouvelle Orléans. Le côté « c’était mieux avant  » et « on veut pas changer, il faut pas changer » me gêne au bout d’un moment. Autant je peux croire à l’importance de leur message, autant je n’aimerai pas être à leur place. A la place de celui qui dit sans arrêt qu’il ne faut pas changer malgré l’évidence, les choses changent qu’on le veuille ou non. Et il faut ajouter à cela le côté les habitants de la Nouvelle Orléans sont mieux que ceux de New York (Davis va même jusqu’à dire que New York n’a pas de culture), et les habitants de la Nouvelle Orléans sont mieux que ceux de Bâton Rouge, et ceux de Treme sont encore mieux (plus authentiques) que ceux qui vivent dans le quartier français et les créoles sont mieux que les noirs, etc., etc. Je trouve ces habitants finalement très renfermés sur eux-mêmes (enfin tels qu’ils sont présentés dans la série).

Et globalement la série est beaucoup moins politisée que The Wire. Alors certes il ne faut pas comparer mais bon on peut pas s’empêcher de le faire et je trouve qu’on sent moins la connaissance du terrain.

Maintenant ce que j’aime beaucoup ce sont les femmes comme Janette, Ladonna et Toni. Elle ne lâchent rien, et continuent à y croire malgré tout. Avec peu de moyen, finalement elles avançent. Et je les trouve moins sectaires que les hommes. La musique est bien évidemment géniale même si parfois elle sert un peu à remplir du vide.

J’attends donc la suite mais pour l’instant pour moi je reste sur un moyen plus.

— LN

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Treme (que les personnages de la série prononcent « Tree-may ») est un exploit. David Simon relève de défi de raconter la vie des gens ordinaires. Effectivement, la série est moins immédiatement séduisante que The Wire car elle met en scène des gens qui sont banals: chef de restaurant, musicien, prof, zoneurs… contrairement à The Wire où les protagonistes étaient des flics, des truands et des politiciens (au moins pour la première saison). Ici, le fait que ces gens habitent la Nouvelle-Orléans les rend intéressants, car ce sont des gens ordinaires qui ont vécu et qui vivent encore quelque chose d’extraordinaire.

Or, je trouve que la série nous embarque dans le quotidien bouleversé de ces gens. On souffre, peine, rit, galère avec eux. Et on découvre leur manière de vivre si particulière et leur amour pour leur ville et pour la musique. Et quelle musique! Cette série nous livre un feu d’artifice de jazz. La bande originale à elle seule est une pépite.

Je comprends les réserves que LN émet, mais j’ai pris ce discours comme un cri de colère adressé par quelqu’un qui aime sincèrement cette ville et qui défend en même temps la communauté pauvre et noire de la Nouvelle-Orléans, communauté qui a donné à la ville son identité et qui gêne les pouvoirs publics qui ont cherché à profiter de Katrina pour « réhabiliter » le centre-ville, pour le muséifier et en faire une belle attraction touristique, belle mais factice. Or, tout l’attrait de la Nouvelle-Orléans semble résider dans le fait que son authenticité vient de ce bordel ambiant qui y règne. On a l’impression, à regarder la série, que les « Powers That Be » en veulent aux habitants de la Nouvelle-Orléans en général et de Treme en particulier: ils leur en veulent d’être différents, d’être pauvres et d’oser revendiquer une identité et une fierté qui va avec. Et, effectivement, comme tout élément constitutif d’identité, la musique et la culture au sens large revêtent alors un aspect exclusif vis-à-vis des autres. Et effectivement, cela peut paraître sectaire et donc pénible à force.

Mais rien que pour cela, pour se faire sa propre idée, pour voir évoluer des personnages extrêmement bien écrits (sauf peut-être, Creighton, le personnage joué par John Goodman, qui frôle parfois la caricature et dont le départ à la fin de la série semble être aussi peu prévu que son arrivée, si l’on en croit Wikipedia, mais qui est racheté par le personnage de sa fille qui est très chouette), Treme vaut le coup.

— Mathieu

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