Possession de Neil LaBute

Adaptation d’un livre de A.S. Byatt qui – entre autre – suit deux histoires d’amour à deux époques différentes: la première à l’époque victorienne entre le poète Ash et la poétesse lamotte. La seconde à notre époque entre deux universitaires qui tentent de mettre à jour la relation amoureuse entre les deux poètes au moment où l’on célèbre l’anniversaire de Ash. Le film se concentre sur ces deux histoires d’mour en réduisant l’atmosphère victorienne et la question de la poésie à un vague background. Le livre était beaucoup plus riche comme l’a décrit Mathieu dans sa critique.

Cette adaptation est plaisante même si elle penche énormément vers le sentimentalisme et parfois la mièvrerie. La fin est d’ailleurs présentée dans le film sous un regard positif, ce qui n’est pas le cas dans le livre. La réalisation est scolaire, tout comme le jeu des acteurs. Deux choses m’ont amusée: les relations conflictuelles entre les Américains et les Anglais qui transparaissent dans quelques répliques plutôt piquantes. Enfin les scènes à Caen m’ont beaucoup amusée. Oui, oui, il y a des scènes tournées à Caen.

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On voit Gwyneth Paltrow et Aaron Eckhart dans l’université de Caen, près d’Aula Magna (deux plans) et ensuite il  y a un plan de la ville de Caen. Un petit film sympa très loin du roman originel.

— LN

 Le roman était un chef d’oeuvre d’horlogerie littéraire écrit dans un style froid sur ce qui fait de nous des humains, à savoir la romance (ou amour littéraire) car seuls nous, humains, en tant qu’utilisateurs d’un langage aussi évolué, pouvons aimer (une hypothèse que j’ai retrouvé dans un film comme Bright Star). Et ce n’est pas un hasard que Possession comme Bright Star ont lieu (en totalité ou en partie) au XIXe siècle, siècle qui a inventé l’amour romantique. Car c’est le siècle qui a aussi tué Dieu avec, parmi d’autres Darwin. Le roman propose en effet de voir dans l’amour littéraire, dans la romance, un moyen de redéfinir l’humain autrement que par ses origines biologiques, ce à quoi Darwin l’avait réduit ou à ses pulsions primaires et inconscientes, ce à quoi Freud l’a réduit. En proposant un roman post-post-moderne qui déconstruit l’idée d’intrigue en nous montrant clairement qu’elle est une fabrication, puis en la reconstruisant sous nos yeux en affirmant que c’est justement cette faculté des hommes à s’inventer des histoires (d’amour) en les bâtissant avec des mots, Byatt nous disait qu’être humain c’était aimer ou plutôt dire qu’on aimait. La double histoire d’amour était donc une mise en abîme totalement maîtrisée entre l’époque victorienne et la nôtre pour mieux affirmer le lien entre les mots, la poésie, la littérature et l’homme.

Evidemment, rien de tout cela dans le film qui est réduit à une double histoire sentimentale et vaguement dramatique et du coup qui ne décolle pas et ne réussit qu’à montrer une chose: à quel point les Anglais méprisent les Américains et à quel point les Anglais sont un peuple supposé coincé. Bof. Cela dit, ça se regarde sans déplaisir (en partie grâce à la beauté fragile et diaphane de Gwynneth Paltrow et grâce à Caen!), mais bon, c’est quand même dommage d’adapter un tel roman pour en faire un tel film.

— Mathieu

 

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