Homicide de Paul Attanasio (saisons 1, 2 & 3)

Clairement, cette série policière fait à présent partie de mon top 5 des séries, tous genres confondus. La force de Homicide est de nous faire vivre de l’intérieur la vie de cette unité de la police de la ville de Baltimore. Adaptée d’un livre documentaire de David Simon, journaliste qui a passé un an avec la police de Baltimore pour faire son livre (et futur créateur de The Wire), cette série nous propose une riche galerie de personnages:

– Gee, le Black sicilien! Chef de l’unité. Veuf, il a appris à prendre les choses avec une certaine dose de recul, mais n’y parvient pas toujours lorsqu’il doit jongler entre les décisions des dirigeants de la police et son unité;
– Munch, à l’humour juif cynique, qui parle, parle, parle;
– Kay, la seule femme de l’unité qui veut donc être la meilleure;
– Beau, le bon père et mauvais flic;
– Stanley, le vieux flic dont la femme est partie en Californie et qui se retrouve confronté à la solitude;
– Crossetti, l’Italo-Américain lui aussi qui se retrouve seul après son divorce, qui cherche à prouver que l’assassinat de Lincoln était un complot;
– Meldrick, qui se présente comme cool, partenaire de Crossetti (un des personnages les moins fouillés pour le moment);
– Frank, le solitaire qui ne veut pas de partenaire et qui est brillant… mais qui se retrouve avec…
– Tim, le p’tit nouveau, qui a demandé à travailler dans cette unité et qui va être hanté par sa première affaire.

  Autre force (la plus grande sans doute): chacun de ces personnages est totalement vrai. Ils sont tous pétris de contradictions, de défauts mais aussi de qualités; un ensemble qui fait qu’on s’y attache énormément, même si certains sont plus antipathiques ou difficiles à apprécier. Dernier atout: la continuité. Episode après épisode, mois après mois, on retrouve ces personnages et on les voit dans leur tracas quotidien. On voit les affaires se suivre les unes après les autres, s’accumuler pour certains et c’est ça qui est très bien vu: on voit des fonctionnaires qui font leur boulot. Certes ce sont des meurtres qu’ils doivent résoudre, mais c’est aussi leur quotidien. Ils négligent parfois une affaire pour aller casser une graine ou vider une chope ou parce qu’ils ont des problèmes de couple ou qu’ils sont amoureux. Et parfois, une affaire plus difficile vient les hanter, vient leur poser la question de ce que signifie être flic dans notre société qui semble foutre le camp, se dissoudre de tous les côtés.

A l’instar de Six Feet Under, la série est d’ailleurs de plus en plus difficile à regarder car malgré l’humour on voit que leur vie sont réelles: à savoir qu’elle se résume à faire de son mieux face à toutes les merdes qui tombent les unes après les autres, sans répit. Et cela ne s’améliore pas, cela ne peut pas s’améliorer. Un personnage se suicide dans la troisième saison (je ne dirais pas lequel pour ceux qui voudraient regarder): ça secoue toute l’unité. Certains se demandent même s’ils ne suivent pas la même pente. Un autre personnage voit sa femme le quitter avec ses enfants et se rend compte qu’il n’y avait qu’eux qui donnaient du sens à sa vie. Un autre personnage se rend compte que même dans son petit village natal la spirale du crime et de la violence a gagné. Les détectives sont tous confrontés à la gratuité de la mort et de la violence. Ils arrêtent des ados qui ne se rendent même pas compte de ce qu’ils font. Ils voient des familles brisées, des quartiers abandonnés économiquement, socialement, politiquement. Mais ce n’est pas la ville dont il est question (contrairement à The Wire), uniquement les personnages: comment tout cela, comment leur métier, à la fois banal et extraordinaire, les affecte au quotidien. Il y a une véracité dans cette série que j’ai rarement vu; elle me paraît plus vraie que The Wire et me fait beaucoup penser à une approche quasi sociologique ou psychologique des personnages (d’où le rapprochement avec Six Feet Under). Il y a également un petit côté rétro (la série a lieu en 1993-1994) qui n’est pas sans charme; c’est presque une série historique ou en tout cas à valeur documentaire. Le tout est souligné par le grain de l’image, rugueux, notamment dans le générique qui accentue l’aspect morne et triste de la réalité.

Et que c’est bien écrit! Les dialogues, les personnages les situations — tout est crédible, tout le temps. Jamais je ne me suis dit, « ah tiens, là, ils font dans le spectaculaire. » Un indice: aucun personnage, en trois saisons, n’a utilisé son arme à feu. Ils l’ont dégainé, mais ils ne tirent jamais. Comme le dit l’un d’entre eux: « Notre travail c’est de résoudre des affaires de meurtre, pas d’en commettre. » Et au passage, mine de rien, cette série nous pose des questions d’éthique (le pouvoir des flics en garde à vue), de morale (et la religion dans tout ça?), de société (les relations pauvres-riches, Noirs-Blancs)… Et en plus parfois, nous fait rire.

Que demander de plus?

Il nous reste 4 saisons à voir! Formidable!

— Mathieu

Je ne reviendrai pas sur la présentation de la série (et des personnages), même s’il y aurait beaucoup plus à dire sur ces personnages qu’une simple ligne de description. Sur ces trois saisons, trois épisodes m’ont particulièrement marquée:

– dans la saison 1 quand Bayliss et Pembleton essaient de faire craquer en vain un suspect dans une affaire de meurtre (et de viol) sur une gamin de onze ans. Malgré la pression qu’ils lui font subir (et qui est parfois à la limite du légal), l’homme ne craque pas. Pourtant ils sont presque sûrs qu’il est coupable, mais ils n’ont pas assez de preuve. Seule option, le faire craquer, mais ils échouent. L’affaire n’est donc pas classée (et reste en rouge sur le tableau de Bayliss).

– dans la saison 2, Pembleton fait craquer un suspect, lui faisant avouer un crime qu’il n’a pas commis, dans le seul but de faire plaisir à Gee, son supérieur. Pembleton sait qu’il s’agit d’une bavure policière, alors que Gee lui suggère d’envisager d’autres pistes…

Dans les deux cas, l’interrogatoire est mené de façon hyper agressive. On voit l’intérêt et le danger de ce face à face. La comparaison entre les deux épisodes, voulue par les scénaristes, est éloquente sur le sentiment de puissance (et d’impunité) qui peut menacer les détectives.

– en fin dans la saison 1, un épisode entier où il ne se passe rien. La clim est en panne, il fait trop chaud dans la brigade. On est un soir de décembre et aucun enquêteur n’est appelé sur un meurtre. Les détectives discutent donc de tout et surtout de rien sous une chaleur accablante.L’histoire de la bougie est tout simplement brillante.

Cette série est donc excellente car elle nous fait découvrir le quotidien de cette brigade sans effet tape-à-l’oeil sans surenchère sentimentaliste. Gee explique à un moment qu’il se souvient très bien de son premier meurtre mais que le 40ème ou le 50ème ne l’ont absolument pas marqué. On est loin du sentimentalisme affichée par des enquêteurs dans certaines séries policières, là les détectives sont blasés, ils plaisantent souvent sur le lieux d’un crime et ont un regard presque neutre sur leurs affaires. L’ensemble est donc très réaliste. On voit des flics qui doivent gérer plusieurs enquêtes en même temps et leurs problèmes familiaux. Ils sont en plus surveillés par leur hiérarchie (sur un tableau qui trône dans les bureaux est inscrit leur nom ainsi que tous leurs affaires, en rouge celle non résolues, en noir celles résolues). Peu ou pas de coup de feu, comme le dit Bayliss « ici tout se passe dans la tête ». Et surtout l’aveu ultime, le facteur chance omniprésent dans leurs enquêtes. Car même le meilleur détective a du rouge sur son tableau…

— LN

 

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