L’Affaire Farewell de Christian Carion

Une histoire vraie (mais méconnue) de la guerre froide. Une bonne distribution (Canet en type normal qui devient un espion malgré lui, Kusturica en colonel du KGB patriote et idéaliste mais avec ses faiblesses). Un sujet excellent qui permettait d’évoquer les relations complexes entre la France de Mitterrand nouvellement élu et les Etats-Unis de Reagan. Un lien entre l’histoire d’espionnage et la poésie. Une ode au français et à sa poésie. Autant d’éléments qui auraient pu et dû donner un grand film passionnant.

  Et pourtant, le film est bien terne. Rien ne cloche vraiment, mais, pour paraphraser notre ancien président, ça m’a touché une sans soulever l’autre. Pendant toute la durée du film, je suis resté en retrait, sans jamais ressentir la moindre empathie pour ces personnages plus naïfs les uns que les autres (ce qui me paraît tout de même peu crédible) et sans jamais me sentir concerné par ce qui leur arrivait.

  En fait, ce film, comme bon nombres de productions françaises qui ont trait à l’Histoire ces dernières années, souffre d’un défaut majeur: une réalisation ultra plate dans laquelle ne transparaît aucun pointde vue. Peut-être est-ce parce que les réalisateurs se sentent écrasés par leur sujet lorsqu’ils s’attaquent à l’Histoire (mais dans ce cas, qu’ils ne le fassent pas), peut-être est-ce parce qu’ils veulent pouvoir vendre leur film aux chaînes de télévision pour y être diffusés en prime time devant le public le plus large possible et du coup ils versent dans le simpliste, dans le polissé, dans le « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et le « je ne cherche pas la polémique, je veux juste raconter une histoire » (et dans ce cas, pourquoi choisir ces sujets?), mais toujours est-il que les réalisateurs nous livrent tous des films plats, creux, dans lesquels la rugosité et la boue de l’Histoire ont été soigneusement lissés et nettoyés. Ainsi en fut-il du précédent opus de Carion, « Joyeux Noël » ou des « Indigènes » de Bouchareb.Ici, même constat. On a le droit à une sorte de docu-fiction aussi lénifiant qu’ennuyant.

  Ce n’est qu’à la toute fin, lorsque l’histoire s’accélère, que Carion transforme son conte d’espionnage en un thriller (mais du coup, ça fait artificiel) et surtout lorsqu’il nous livre, au moyen d’un montage un peu plus recherché une interprétation de l’un des personnages (le colonel du KGB) à l’aide de la métaphore du loup développée dans un poème, que le film se charge de sens. Mais ce n’est que trop peu (un seul personnage, tout le reste de l’histoire garde la même neutralité atone) et trop tard (les dix-quinze dernières minutes).

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