Trois femmes puissantes de Marie NDiaye

Roman construit autour de trois récits de femmes fortes (?) : Norah, avocate à Paris, qui est appelée à l’aide par son père à Dakar. Elle s’apercevra qu’en fait il l’a fait venir pour utiliser ses compétences d’avocate afin de défendre le fils cadet de la famille compromis dans une affaire de meurtre. Fils adoré par son père, au détriment des filles de la famille toujours ignorées, rabaissées par ce même père. Fanta qui a quitté Dakar pour suivre son mari en France. En fait on ne sait rien d’elle, on suit uniquement son mari qui se rend au travail après une querelle avec elle. Il s’en veut de lui avoir dit certaines choses, et il s’en veut également de l’avoir fait venir en France en lui promettant une belle vie. Depuis qu’ils sont en France, ils vivent mal, elle n’a pas retrouvé du travail (elle, qui était une brillante professeur de français et lui, vend des cuisines, vend mal et va se faire virer prochainement de son travail). Khadi vient de perdre son mari à Dakar, elle est détestée par sa belle-famille, notamment parce que malgré ses nombreux efforts, elle n’a pas réussi à avoir un enfant. Sa belle-famille décide de l’envoyer en France. Tout d’abord effrayée par ce voyage, Khadi s’accroche finalement à cet espoir, en vain.

Les trois récits sont liés d’après l’auteur par différents thèmes : ce sont tous des récits qui parlent de femmes fortes (dommage qu’on ne voit pas bien Fanta), ce sont tous des récits de « voyages » entre Dakar et Paris (dommage que ces deux villes ne servent que de prétexte et qu’à aucun moment elles ne fassent partie intégrante du récit, à tel point qu’il pourrait s’agir de deux autres villes Alger/Berlin par exemple sans que cela ne change quoi que ce soit à l’histoire), les trois récits seraient organisés comme trois moments musicaux liant à la fois le réel et l’imaginaire (Je ne vois même pas à quoi elle fait référence en parlant de moments musicaux, à une intention non aboutie peut-être, quant à l’imaginaire il se borgne à l’évocation d’oiseaux et de flamboyant pas de quoi en faire une note d’intention). A chaque histoire, l’auteur ajoute un contrepoint (petit texte de quelques lignes ajoutés à la fin du récit) pour ouvrir le lecteur à d’autres point de vue sur ces femmes. Intention louable mais trop étriquée dans un texte de quelques lignes qui accumule phrases implicites et descriptions invraisemblables.

Le livre m’a déplue et, en écoutant l’auteur, j’ai l’impression que tout ceci est une vaste supercherie tant ses intentions sont très en-deçà du produit fini. Publicité mensongère?Tout d’abord parce que sa construction parait très superficielle: l’auteur explique dans un entretien qu’elle a commencé à écrire l’histoire de Fanta en envisageant d’en faire un roman unique, entrecoupé de scènes avec Norah (l’actuelle première partie). Puis cela n’allait pas, du coup elle a divisé son récit en trois parties distinctes, et elle a placé l’histoire de Fanta au milieu parce que c’était la plus longue (de fait) et parce qu’elle souhaitait placer l’histoire de l’homme (le mari de Fanta) entre les deux histoires de femmes (Norah et Khadi). La construction du roman est donc une construction par défaut parce que l’auteur n’a pas été au bout de son premier projet. De fait quelques éléments semblent rajoutés pour tenter malgré tout de lier les récits entre eux (Fanta serait la cousine par alliance de Khadi, le mari de Fanta et le père de Norah aurait vécu dans le même lieu Dora Salam).

Enfin je déteste cette idée de femme forte, tout comme j’abhorre l’idée de héros (dans son acceptation contemporaine). Qu’est-ce qu’une femme forte? Fanta, qui quitte son travail pour suivre son mari en France (et devenir une femme au foyer)? Khadi, qui se fait jetée par sa belle-famille et qui finie prostituée à Dakar pour payer un voyage qu’elle ne fera pas? Norah, avocate à Paris, qui court au secours de son frère? En quoi sont-elles fortes? Est-ce qu’on parle d’hommes forts? N’est-ce pas finalement un concept masculin imposé aux femmes? Dans tous les cas, l’auteur affiche une préoccupation qu’elle ne fait pas suivre par la réflexion. Elle veut parler des femmes fortes, mais ne fait qu’aligner des clichés sur les femmes, sans réellement réfléchir ou amorcer une réflexion sur ce concept.

 

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