Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul

Film thaïlandais qui raconte les derniers jours de la vie de Boonmee qui, atteint d’une insuffisance rénale, sait que sa fin est proche. Les apparitions de sa femme défunte (en fantôme) et de son fils disparu depuis des années (en homme-singe) le confirment comme si ses deux êtres venaient accompagner Boonmee vers la mort. Dans son domaine agricole, entouré de sa belle-soeur et de son neveu, il se souvient alors de ses vies antérieures et fait le bilan de sa vie. Une fois prêt, il est emmené par sa femme à travers la jungle jusqu’à une grotte au sommet d’une colline, lieu de naissance de sa première vie. Sa famille l’accompagne et c’est tous ensemble (vivants et morts) qu’ils vont accompagner Boonmee vers sa mort avec apaisement.

Un film très étrange. J’ai bien aimé même si beaucoup de scènes sont restées très obscures pour moi: celle où une princesse s’accouple avec un poisson-chat (elle pense qu’il pourra la rendre belle); celle où un buffle se libère de sa corde et va se perdre dans la jungle avant d’être ramené par son propriétaire, celle où deux personnages se dédoublent, et pendant qu’ils regardent la télé, leur double vont manger dans un restaurant, celle enfin où Boonmee rêve d’un futur dans lequel des hommes armés arrêtent des hommes-singes (appelés les hommes du passé, comme lui?) et qu’il découvre qu’après avoir vu son reflet sur une toile blanche, il disparaît du futur comme dans le passé. Vraisemblablement, ces histoires font référence à un folklore thaïlandais qui nous est étranger. Un peu comme lorsqu’on regarde certains films de Miyazaki sans bien comprendre toutes les références. Du coup, notre compréhension du film ne repose que sur des suppositions: Boonmee est -il réincarné dans le buffle (cela a été avancé par certains critiques), dans le poisson-chat? J’avoue ne pas avoir clairement compris qu’elles sont les vies antérieures de Boonmee.

Cela dit, le film est très beau, très étrange dans sa relation entre merveilleux et naturalisme. Les êtres fantomatiques interviennent en pleine jungle, dans un cadre qu’on dirait proche du documentaire. La juxtaposition des deux est saisissante, elle apparaît comme naturelle. La comparaison avec Big Fish est pertinente, il s’agit bien d’un film similaire mais avec des codes « asiatiques ». Et cela fait du bien de voir des films non prévus pour un public occidental, on est alors confrontés à des grilles de lecture différentes, et on voit alors mieux nos propres codes, pour ne pas dire nos propres travers.

— LN

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H. a bien expliqué le désarroi que l’on ressent face à ce film et en même temps, grâce à la fluidité et à l’habileté de la réalisation, l’étrange bonheur de ne rien comprendre mais d’être bercé dans un film qui prend parfois des traits de réalisme fantastique.

A ce sujet, la scène entre la vieille princesse et le poisson-chat m’a fortement rappelé une scène très similaire « Suppose One Were a Fish » dans Little, Big et rien que pour cela, c’est le signe du ravissement que j’ai éprouvé à regarder ce film qui baigne dans cette ambiance de merveilleux réaliste.

Je n’aurais donc qu’un commentaire: comment cet imbécile opportuniste sacrilège de Tim Burton que je voue aux gémonies depuis sa bouse intersidérale débile et débilisante du nom de « Alice in Wonderland »* et qui va faire découvrir le chef d’oeuvre de Lewis Carroll à toute une génération qui n’aura donc pas la chance de le découvrir par le chef d’oeuvre de Disney… Enfin, bref, comment ce Tim Burton — disais-je avant de m’emporter — comment, donc, ce faux rêveur mû par l’appart du gain et marionnette des grands studios hollywoodiens qui nous font payer pour accepter leur mauvais goût qu’ils érigent en modèle culturel, comment Burton peut-il décemment donner la palme d’or à ce film sans en même temps condamner, justement, sa propre oeuvre?

— Mathieu

* En même temps, ses films précédents n’étaient guère dignes de louanges: La décébrée « Planète des singes, » le hideux, dégoulinant et baveux « Barbier de Fleet Street »…

 

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Une réflexion sur “Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul

  1. Stop! On se calme, on respire et on repense à The Nightmare Before Christmas, par exemple, et du coup on se prend à espérer que T.B. saura retrouver l’inspiration pour son prochain film (mais bon, c’est probablement un voeu pieux… et moi je n’ai même pas voulu regarder Alice… bref). Ou alors il nous sort Beetlejuice en 3D?  😉

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