The Pacific, minisérie de HBO

Sur le modèle de « Band of Brothers » (que je n’ai pas vu), HBO, avec Steven Spielberg, a produit une minisérie sur les opérations américaines pendant la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique. Le principe des épisodes est souvent le même: les premières minutes sont consacrées au récit des témoins et à quelques considérations historiques lues par Tom Hanks, puis vient le résumé des épisodes précédents, le générique et enfin le début de l’épisode. On suit dans ces dix épisodes des marines engagés sur différentes îles du Pacifique et qui vont connaître des destins bien différents: beaucoup meurent, d’autres rentreront finalement pour se réinsérer avec difficultés dans la vie civile (propos du dernier épisode de la série).

Le générique (et sa musique larmoyante) en dit long sur l’esprit de cette série: morale chrétienne à fond, notion de sacrifice et d’héroisation à outrance, bref des propos sur la guerre comme on en fait plus deuis les deux films de Clint Eastwood et le film de Malick sur la même période. Générique de Hans Zimmer, intitulé « Honor. » Beurk.

Peut-on parler de nanar? Ce n’est pas aussi affligeant que « True Blood, » mais la série est ratée en tous points. Pas de conceptualisation historique, les batailles s’enchaînent sans qu’on comprenne leur intérêt stratégique (toujours le même visiblement) et leur place dans l’Histoire. Et pourtant les propos tenus par les soldats sont presque anachroniques, tant ils ont déjà conscience d’entrer dans l’Histoire alors qu’ils se traînent sur les plages du Pacifique. Les affrontements avec les Japonais sont toujours les mêmes: les Américains tirent à vue dans un capharnaüm illisible à l’écran. Les scènes en dehors des batailles sont creuses, mièvres,matinées de propos bienveillants sur les soldats, leur héroïsme et teintées de propos chrétiens à la gomme. Du mauvais Spielberg donc. Alors les soldats américains sont gentils avec les civils (ce sont les Japonais qui tirent sur leurs propres civils), ils respectent les conventions sur les prisonniers (tout au plus vont-ils leur cracher dessus), ce sont tous des héros, finalement la bombe se justifie par la fatigue chronique des soldats (et, comme les soldats, elle n’a fait que tuer des Japs; la série évite de préciser qu’il s’agit en l’occurrence de civils tout de même) la nation leur en est éternellement reconnaissante et d’ailleurs leur retour au USA se passe plutôt bien. Bla bla bla. La série est historiquement affligeante et moralement dégoulinante de bons sentiments. Du coup, j’hésite à regarder « Band of Brothers », si cette série est du même genre.

— LN

Même constat affligé que H.: cette série est un ratage en tous points. Le plus regrettable, sans doute, est la débauche de moyens visible à l’écran et le vide inversément proportionnel du propos si ce n’est: « regardez, ce sont des héros. »

Ah bah oui, hein, merci Spielby pour cette grande découverte, c’est vrai que sans toi on ne comprendrait rien à la guerre. Ce qui me met le plus en colère face à cette miévrerie c’est tout le sous-texte idéologique: la justification de la guerre (contre un ennemi toujours fantasmé, sans aucune once de pensée critique, 70 ans après!), la glorification de l’Amérique protectrice des libertés et des combattants engagés volontaires (limite: si à cette époque tu ne t’engageais pas, tu étais un lâche, non pas dans un propos sur « voilà ce qu’on pensait à l’époque » mais bien encore valable aujourd’hui). Il y a un regard sur la mort qui est à proprement parlé révoltant: les cadavres outragés sont toujours ceux des Japonais tandis que ceux des GIs sont forcément sublimés. Et la mort reste une sorte de jeu de l’esprit, d’idée abstraite, bref rien dont il faut avoir peur et donc la série nous présente des « sacrifices héroïques » et non une boucherie.

Quant à l’argument de la série (on voit la guerre dans le Pacifique par le regard des soldats qui y sont engagés) qui dédouanerait les producteurs Spielberg/ Hanks face à leurs choix réducteurs et simplistes, il est effectivement intenable aujourd »hui après un dyptique de films comme « Flag Of Our Fathers » et « Letters from Iwo Jima » qui interrogent l’idée même de sacrifce, de héros et même celle de l’ennemi.

Et le pire c’est que tout cela est archi souligné par la musique ronflante, insupportable, faite de violons pleurnichards et de cuivres patauds de Hans « Mr. Subtility » Zimmer.

Bref, un pur produit hollywoodien qui montre à quel point, s’il y en avait encore besoin, que parmi la génération des Spielberg, Lucas, Coppola… tous se sont totalement fourvoyés et sont les Powers That Be de Hollywood, en sont totalement partie prenante, à l’exception de Coppola qui, certes ne fait pas de grands films ni de grands succès, mais explore encore ce que cinéma veut dire et ne nous abrutit pas de sa pensée McDo: idéologiquement facile à ingérer mais moralement indigeste.

— Mathieu

 

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5 réflexions sur “The Pacific, minisérie de HBO

  1. (maladresse pour le « c », j’ai l’habitude de taper mes commentaires à part et de les coller dans le formulaire à la fin pour éviter de perdre un pavé bêtement à cause d’un bug, au temps pour moi) J’ai beaucoup aimé le diptyque de Clint Eastwood, beaucoup moins La Ligne Rouge, mais je vois ce que vous voulez dire en parlant d’intelligibilité de la confusion ; il est fort possible de les sentiments que j’ai ressenti en lisant le livre de Sledge prennent le dessus sur ceux ressentis devant les épisodes… Il y a certains passages qui marquent réellement, qui dans la série n’ont juste aucun intérêt ou presque alors que j’aurai aimé les voir montrés de manière plus subtile et intéressante. Pour prendre un peut-être meilleur exemple, si vous vous remémorez la scène du débarquement de Sledge sur Peleliu, il s’étale lamentablement sur la plage à la descente. Dans la série il se vautre, et on ne comprend pas trop pourquoi, la peur, le sable, une explosion, le poids des munitions ? Aucune idée. Dans le livre on apprend qu’une rafale de mitrailleuse lui est passé à quelques centimètres sous le nez alors qu’il s’apprêtait à avancer, suffisamment près pour qu’il sente presque la brûlure. Un peu plus loin, alors qu’il court pour se mettre à couvert, on ne comprend pas grand chose à ce qu’il se passe, alors qu’en réalité il réalise à un moment que son pied s’est posé à 5cm d’un obus non éclaté. Ce genre de petits détails donne vraiment l’idée d’à quel point les chances de survie sont maigres, mais sont à mon avis impossible à retranscrire à l’écran, on tombe directement dans le cliché. Il semblerait que les réalisateurs aient préféré transpercer d’une balle le soldat qui précède Sledge à la descente de l’Amtrac, et celui qui tente de le relever plus loin sur la plage, plutôt que lui faire passer trois balles sous le nez. C’est cela plus révélateur, je crois : pour Spielberg et Hanks, il vaut mieux montrer un type se prendre une balle et montrer que la guerre, c’est violent, on voit du sang et des morts, plutôt que montrer la chance incroyable du type qui évite la rafale qui lui mouche le nez. Il trébuchait sur un coquillage, adieu Sledge, il ne l’a pas fait, il vit. On privilégie la violence pure à l’aléa du terrain, c’est dommage… Mais après tout, ça fait vendre. La guerre, on sait que c’est une histoire de chance, on sait que c’est sanglant ; mais on préfère montrer du sang qu’une balle qui ne tue pas mais détruit le moral. Il y a aussi le fait que montrer visuellement la chance (ou malchance) est presque tout le temps ridicule, cf. la scène avec Basilone et son ami, après la mort du troisième : « il fait un pas à droite, ou à gauche… Il court un peu moins vite, il se baisse… J’essaye de ne pas y penser… blabla ». Mais bon, je vous rejoins totalement sur le parti-pris évident de Spielberg et surtout Tom Hanks, de toute manière depuis Saving Private Ryan je ne le tiens plus en très grande estime sur le thème de la Seconde Guerre. Je lui reconnais le mérite d’avoir réalisé un film réaliste même si son côté ultra-romantique le rend trop fatiguant, et également deux séries TV qui ont au moins l’intérêt de montrer des facettes moins connues de la guerre, les parachutistes qui ont fait le gros du boulot du débarquement en Normandie et qui ont tenu des positions intenables par la suite pour Band of Brothers, et dans le cas présent les Marines dans le Pacifique qu’on oublie trop souvent en faveur de l’US Army et des Rangers de Normandie. Il manque maintenant un diptyque sur la guerre du Désert, vu par les Anglais et les Allemands, et ça sera parfait :). Mais au delà du mérite d’avoir réalisé ces œuvres, la façon dont il l’a fait est vraiment critiquable ; il est dommage de devoir s’intéresser presque uniquement au visuel, parce que les scènes de bataille et d’amour cucul, c’est réaliste, mais à la longue…

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  2. Tout-à-fait d’accord avec vous sur la plupart des points soulevés. Pourtant, finalement, j’ai plutôt bien aimé cette série… Principalement pour l’aspect visuel, je pense. J’avais très mal supporté Saving Private Ryan justement à cause du côté ultra-héroïque donné aux soldats ayant débarqué sur les plages, et dans ce film le pire est que le réalisme des scènes de guerre ne fait qu’aggraver ce sentiment de gros cliché larmoyant… « Les Américains sont des héros, ils ont vécu l’horreur, vomissez et pleurez avec nous » semblait être le sous-titre du film. Le plus gros problème de The Pacific, à mon sens, est qu’on ne peut pas vraiment s’identifier aux personnages ou sympathiser avec eux, ils sont beaucoup trop différents, mal présentés et mal développés. Mais je ne suis pas tout-à-fait d’accord sur le côté trop héroïque : seuls les épisodes sur John Basilone me font vraiment penser à Saving Private Ryan, avec des scènes vraiment ridicules ; mais Peleliu ou Okinawa n’ont pas vraiment grand chose d’héroïque… Après, plusieurs défauts que vous pointez me font plus penser à du réalisme, finalement, comme par exemple le fait qu’on ne comprenne rien aux batailles : qui fait quoi, où, quand, pourquoi ? Les soldats sur place n’avait guère plus d’informations que nous en regardant cette série, souvent ils n’avaient même qu’une très vague idée de leur position sur une île et de la position du reste de la division. C’est réaliste, mais ce n’est pas adapté à une série TV ; si on ne connait pas l’histoire avant, on ne comprend pas ce qu’il se passe. À mon avis, comme souvent, il faut lire le livre en complément, il apporte réellement énormément de choses que la série ne montre/explique pas. Le livre, j’entends pas là With The Old Breed d’Eugene B. Sledge, sur lequel la série s’est grandement basée. Pour citer un exemple simple, vous parlez des cadavres ; Sledge explique que les Marines ont une espèce de vision sacrée hallucinante des corps, ils sont prêts à risquer la vie de soldats pour récupérer un cadavre et s’arrangent autant que possible pour ne pas laisser le corps d’un camarade sur le terrain. Le même traitement n’était pas apporté aux corps des soldats japonais qui étaient juste laissés là à se décomposer… On apprend aussi pas mal de détails sur le quotidien du front, qui expliquent beaucoup le contraste qui met mal à l’aise dans la série, gentils et beaux américains faces à méchants et moches japonais. Les soldats sur le terrain ne s’attendaient pas à la combativité de l’ennemi, on dirait. Se battre de jour, tuer, ok. Mais blesser un soldat pour ensuite tirer au mortier sur le médecin et les brancardiers, se jeter au milieu de l’ennemi et se faire sauter à la grenade ou infiltrer les lignes de nuit pour égorger les sentinelles… Il y a un décalage complet de mentalité que les américains n’ont apparemment jamais totalement digéré dans leur vision de la guerre ; sur le moment c’était compréhensible, c’est juste dommage que cela passe au premier degré dans la série, mais je doute qu’on puisse faire ressentir clairement cette différence de mentalité à l’écran. Apparemment Spielberg a choisi de montrer uniquement des charges « banzaï », ce qui n’a aucun intérêt… Le meilleur point du livre est qu’on passe de la vision héroïque des personnages à la vision culs bordés de nouilles… Sledge ne fait aucun mystère du fait qu’il a eut une chance insolente, et tous ses camarades en sont parfaitement conscient. Seulement, on ne peut pas faire ressortir ça dans une série tv… Bref, la série se laisse regarder pour le côté visuel, mais c’est au détriment du reste et il ne faut pas chercher loin. Pour avoir vraiment un récit intéressant et captivant, lire le livre d’Eugene Slege m’apparait être la seule solution 🙂 D’ailleurs il faut que je commande celui de Robert Leckie, Helmet For My Pillow, en espérant qu’il soit d’aussi bonne qualité…

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  3. Merci « c » pour ce commentaire très constructif et intéressant. Je reviens sur ce que vous dites à propos de l’incapacité de Spielberg & consorts à adapter de manière visuelle les mentalités ou la chance, ou le fait que la confusion des batailles est réaliste. Je crois que je ne suis pas d’accord. En effet, si l’on compare cette série avec des films comme La Ligne rouge ou le dyptique d’Eastwood, on s’aperçoit qu’il est possible de rendre la confusion visible à l’écran tout en la rendant intelligible pour le spectateur. De même, Malick parvient à nous plonger dans les mentalités de ses protagonistes. Et c’est justement cette incapacité (qui, à mon avis, procède également d’une vision idéologique de la part des deux producteurs) qui empêche The Pacific de nous livrer une véritable vision intéressante de ce vous dites sur les cadavres, par exemple. Je ne crois pas que le cinéma soit impuissant à montrer, à donner à voir quoi que ce soit. Tout dépend du talent mais aussi des choix des faiseurs d’image. Ici, on s’aperçoit que le bât blesse dès le début. D’où l’impression générale de gâchis total. Quant à la surprise des soldats américains face à la combativité des Japonais, je veux bien croire qu’elle a été réelle. D’ailleurs, là encore, les trois films que j’ai cité plus haut montrent très bien cet aspect. D’où encore une fois ma question: que pensaient apporter Spielberg et Hanks en passant après ces films? La réponse est, je pense, justement: rien ou plutôt re-héroïser les GIs. Et c’est cet angle d’approche totalement en décalage avec notre époque qui ne va pas. Car pourquoi produire une fiction si c’est pour prendre un point de vue d’époque mais sans prendre de distance? On comprend du coup qu’idéologiquement c’est très contestable.

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  4. POur avoir vu et aimer band of brothers, au point d’avoir le coffretc collector, je peux dire que cette première série est nettement plus aboutie que « Pacifique ». On y gagne en cohérence et en thématiques… sans jamais égaler cependant le chef d’oeuvre de Malick. NB : c’est pourtant Zimmer qui signe aussi la BO de « La ligne rouge », comme quoi il est capable du pire et du meilleur ce compositeur

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  5. Ca me la coupe que ce soit Zimmer qui signe la BO de « La Ligne rouge. » Effectivement, du pire comme du meilleur. Donc, Zimmer n’a fait que suivre la commande de Spielberg pour « The Pacific » donc Spielberg est encore plus responsable de son navet dégoulinant.

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