La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier

France. 1562, en pleine guerre de religion. Marie de Mézières aime depuis son plus jeune âge le duc de Guise. Elle est pourtant promise à son frère Mayenne, mais les deux amoureux n’y voient pas là raison à s’alarmer. Tout se complique quand le père de Marie décide de rompre l’engagement oral pris avec les Guise pour la marier au fils du Prince de Montpensier. Elle se soumet non sans peine à la volonté de son père, désireuse d’accomplir son devoir de femme auprès de son nouveau mari. Le couple part vivre dans leur résidence, mais le Prince est rapidement appelé par le roi Charles IX pour faire la guerre. Marie est donc laissée seule, sous la surveillance/compagnie du duc de Chabanne, proche ami de son époux. A son contact, elle décide d’apprendre à lire et à écrire, toujours aussi désireuse de s’accomplir en tant que parfaite épouse. Le retour en grâce du duc de Guise vient mettre à mal les résolutions de Marie. Elle qui se croyait débarrasser de son amour de jeunesse, n’admet pas sa faiblesse et croit la dominer.

Une biche au milieu d’une meute de loup, telle est l’explication donnée par Guise pour qualifier cette émulation que les quatre hommes ont eu pour Marie. Une fois conquise, elle ne les intéresse plus. Cette Princesse de Montpensier pensait pourtant réussir à tenir son rang et il est vrai que les premiers mois de son mariage sont pour ainsi dire parfait: femme mariée, elle décide de parfaire son éducation (apprentissage de la lecture et de l’écriture) pour mieux accompagner son mari à la cour si toutefois il décidait de l’y emmener. De nubile, elle est en passe de devenir une épouse mature, attendant son heure pour assumer pleinement son rôle de femme (souvent les femmes deviennent puissantes une fois veuves). La voie est toute tracée pour elle; la liberté, elle ne la goûtera que dans le mariage et dans ses contraintes (et le mari qu’on lui impose n’est pas si détestable à tel point que l’on pense à un moment que la raison va l’emporter sur la passion). Malheureusement, le retour du duc de Guise vient mettre un terme à son accomplissement et dès lors, elle échoue en temps que femme mariée avant d’échouer en tant qu’amoureuse. Triste constat pour cette femme qui n’aura eu comme tort que d’être belle et d’être aimé, convoitée en retour.

Mélanie Thierry est magnifique dans ce rôle de Marie, tour à tour femme raisonnée et raisonnable puis amoureuse passionnée et imprudente. Les quatre hommes qui lui tournent autour sont eux-aussi parfaitement incarnés: Guise apparaît comme une caricature de lui-même, mais cela correspond parfaitement au personnage. J’ai beaucoup aimé Anjou, joueur impénitent qui s’amuse de ces querelles et aime à porter le dernier coup. Lambert Wilson va certes rentrer dans les ordres mais son ton correspond parfaitement au personnage de Chabanne. Quant au Prince, rôle difficile à incarner car tout en nuance, je trouve que Grégoire Leprince-Ringuet s’en sort plutôt bien. Malgré ce que certains critiques ont pu dire, je trouve cela très bien que de jeunes acteurs s’essaient à l’adaptation de textes classiques, ils apportent de la fraîcheur et un rythme qui manquent parfois dans certaines adaptations plus académiques. Quant à la réalisation, que dire? J’avoue adorer depuis de nombreuses années les films de Tavernier donc mon regard n’est pas réellement objectif. Je trouve qu’il filme Marie avec amour et respect. Et il a réussi à faire monter progressivement la tension autour de cette femme, à l’image de ces hommes qui peu à peu se concentrent sur elle.

— LN

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Tout d’abord, comme H., j’aime beaucoup les films de Tavernier — tous. Je les aime parce qu’il est un vrai amoureux de l’Histoire et parce qu’il est un vrai humaniste. Ensuite, ce film est situé dans l’époque tumultueuse et passionnante des guerres de religion dans la seconde moitié du XVIe siècle lorsque les catholiques (représentés par la Ligue dirigée par la famille des Guise) combattaient les huguenots alors que la monarchie tentait d’imposer son autorité. Enfin, et peut-être surtout, Tavernier nous donne à voir dans ce film un personnage féminin comme on a très rarement l’occasion d’en voir.

  Mme de Montpensier (sublime Mélanie Thierry) est à la fois fragile et forte, indépendante et prisonnière de la société patriarcale de son temps, passionnée et raisonnée — en bref, elle est complexe, comme tous les êtres humains le sont et comme tous les personnages de fiction devraient l’être. Elle paie le prix de son intelligence et de sa rebellion mais également de son amour passionnel pour l’homme qu’elle n’aurait pas dû aimer.

  Tavernier aime et respecte les femmes; il aime et respecte son personnage et son actrice: il la filme avec une empathie et une tendresse qui lui permet d’éviter de tomber dans le piège du voyeurisme ou de la misogynie même lorsqu’il filme le voyeurisme et la misogynie de l’époque. Il nous montre comment cette belle femme attire l’attention, suscite le désir et la convoitise et même parfois l’amour des hommes qui l’entourent comme ils entourent leur proie lorsqu’ils chassent. C’est une biche, vulnérable, gracieuse et tentante et ils la veulent; ils veulent s’en saisir uniquement pour le plaisir d’avoir capturé la proie que tous désiraient. Une fois qu’elle est prise, une fois qu’elle accepte elle-même l’amour, elle n’est plus digne d’eux comme elle l’était, sauf pour le personnage de Chabanne, le seul qui l’aimait vraiment.

Tavernier, en prenant quelques libertés avec l’histoire originale de Mme de Lafayette, nous livre une vision moderne d’une oeuvre du XVIIe siècle qui raconte une histoire ayant lieu au XVIe siècle. Cette variation temporelle est merveilleuse et Tavernier, avec l’aide de Jean Cosmos, le fait avec une réelle intelligence et avec une vraie connaissance des époques considérées. De petit détails subtils (une bonne réplique, un sens du juste dans les costumes, des batailles filmées de manière anti-spectaculaire) témoignent de cette intelligence. (Hélas, la vision de Catherine de Médicis est quelque peu… exagérée et un désir de spectaculaire est malvenu lors du duel entre Guise et Montpensier mais, après tout, c’est une adaptation d’une oeuvre littéraire, pas un film d’Histoire, on peut donc pardonner ces quelques faux-pas.)

Le film est emporté par un souffle épique qui infuse lentement mais inéxorablement une vie dans cette histoire de cape et d’épées, d’intrigues à la cour que Tavernier filme comme « un thriller du XVIe siècle à un bal »: les personnages croisent le fer, les mots et les regards dans leur conquête pour cette femme de la même manière qu’ils combattent les huguenots — avec la même brutalité flamboyante caractéristique de leur époque.

  Un film intelligent, empathique tout en étant épique.

— Mathieu

 

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2 réflexions sur “La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier

  1. Pas mieux, si ce n’est parlez de la musique du film car les films français qui utilisent une vraie musique, et ps juste une compil’de morceaux plus ou moins appropriés, sont rare. Donc un bel ensemble.

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  2. Tout à fait d’accord avec toi! Certaines scènes sont de véritables toiles de maître (les barques sur l’étang par exemple) et le quotidien de la vie de l’époque est bien rendu, je trouve. A bientôt

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