Poetry de Lee Chang-Dong

Corée du Sud. Une grand-mère vit avec son petit-fils, sa propre fille divorcée ayant décidé de partir dans une grande ville en laissant son fils unique à la charge de sa grand-mère. Cette dernière vit chichement, elle fait des heures de ménage pour un vieil homme et s’est découvert une nouvelle passion, la poésie. Son quotidien tranquille est bouleversé lorsqu’un groupe d’hommes, parents des amis de son fils, la convie à un repas. Lors de ce repas, elle apprend qu’une jeune camarade de classe de son petit-fils vient de se suicider en laissant derrière elle un carnet dans lequel elle raconte comment, pendant six mois, elle s’est faite violée par six garçons de sa classe. Son petit-fils fait partie des six garçons, de même que les amis de ce dernier, représentés au repas par leurs pères. La police est au courant, de même que la mère de la jeune fille et le personnel de direction de l’établissement scolaire, mais pour l’instant aucune plainte n’a été déposée. Le repas scelle une entente entre les parents des coupables, pour cacher l’affaire et proposer à la mère de la victime une compensation financière. La grand-mère est gênée, d’abord parce qu’elle n’a pas d’argent pour payer cette compensation, et ensuite parce qu’elle ne peut se satisfaire d’un tel arrangement. Entre poésie, Alzheimer et remords, la vie de cette grand-mère fluctue dans l’attente d’une décision qu’elle tarde à prendre.

On m’avait parlé d’un film long, j’avoue que sa lenteur ne m’a pas gênée. Elle est constante et ne résulte pas d’une mauvaise gestion du rythme du film mais bien d’une habitude de réalisation, d’une sorte de routine. Les hésitations de la grand-mère peuvent paraître surprenantes pour un spectateur occidental, on imagine mal comment une mère ne porte pas plainte contre les violeurs de sa fille… quoique, cette volonté de nier l’affaire, de l’étouffer peut avoir quelques similitudes dans notre propre société. Ce qui me gêne le plus c’est l’absence de cohérence dans le scénario: la maladie d’Alzheimer est introduite dans le film, la grand-mère en souffre et perd ses mots dans la première moitié du film. Sauf que le réalisateur l’oublie assez vite et la grand-mère semble dans la seconde partie du film ne plus souffrir de cette maladie, ce qui me pose un problème. Dès lors quel est l’intérêt? Nous dire que la poésie lui a permis de vaincre la maladie, la belle affaire. Je trouve l’idée naïve, pour ne pas dire un peu sotte. Et on arrive au second problème de ce film, le sort réservé à la poésie. Annoncée dans le titre, la poésie est au coeur du film. Pourtant elle apparaît comme futile, vaniteuse et, pour moi, profondément ennuyeuse. Si l’idée du film consiste à dire que la poésie permet de dépasser (et d’exprimer) l’horreur du monde, c’est un peu facile, pas très original pour ne pas dire faux.

Cependant j’ai bien aimé la fin du film, le poème récité par la grand-mère puis par la jeune fille. D’où une interrogation, comme le film revient sur le suicide de la jeune fille au moment même où la grand-mère disparaît, je me demande si la grand-mère ne s’est pas elle aussi suicidée. Autre question: la grand-mère a-t-elle dénoncé son petit-fils? Pour moi, oui mais aucun fait ne l’assure dans le film.

 

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