L’Empire du Milieu du Sud de Jacques Perrin et Eric Deroo

Alors qu’il sort en salles bientôt, j’en profite pour re-poster ici ma critique de L’Empire du Milieu du Sud de Jacques Perrin et Eric Deroo que nous avions eu la chance de voir en avant-première à Blois en octobre 2009.

L’ambition des deux réalisateur était de faire un film qui ne soit ni un documentaire, ni une fiction mais quelque chose entre les deux, de définir un nouveau genre, d’utiliser les images d’archives, récoltées dans de nombreux pays, souvent inédites, formant plus de 1400 heures de film, pour en faire un « opéra sur le Vietnam. »

L’ambition est en partie réussie, même si je qualifie cette oeuvre d’élégie pour ma part. En effet, en suivant cette évocation du Vietnam qui commence par une légende sur les fils du dragon qui sont allés vers le Sud pour le peupler et qui débute réellement par la colonisation française pour aller jusqu’à la guerre d’Indochine et la guerre du Vietnam, c’est le chant du cygne de l’innocence et de la pureté d’un pays auquel nous assistons. On y voit comment la colonisation a fait des Vietnamiens des victimes, comment les guerres d’indépendance (Indochine puis Vietnam) ont creusé les plaies sous la forme de guerres civiles pour créer aujourd’hui un Vietnam jeune, meurtri, endolori, beau, mais d’une beauté tragique.

Certaine séquences, que ce soit par le montage ou par la musique sont d’une grande beauté justement ou sont puissamment évocateurs: parallèle entre les soldats français et américains qui s’enlisent dans la boue tandis que les rebelles du Viet-Minh semblent glisser sur l’eau, défilés communistes du Vietnam nouvellement indépendant filmé en couleurs par un réalisateur russe mis en musique sur du « néo-classique » (selon le compositeur) pour évoquer la tristesse qui déjà teinte cette célébration…

Ce film fait appel à notre culture cinématographique du Vietnam, ce qui permet de le suivre, malgré la quasi absence d’explications. Il fait d’ailleurs le pari de l’intelligence et de la culture du spectateur. Le plus grand problème réside d’ailleurs sans doute sur ce point: refusant de verser dans le documentaire et dans les explications pédagogiques, mais étant limité par les images d’archives et par son sujet — humain, foncièrement humain, de par la colonisation, les guerres — le film ne parvient pas à trouver l’équilibre entre ces deux pôles — ou alors hésite constamment, son statut d’hybride ne lui permettant pas de transcender ou de couvrir totalement son sujet. De fait, Perrin se trouve prisonnier de son sujet. Contrairement au « Peuple migrateur » où il tournait ses propres images, le voici obligé d’utiliser des images, mais sans toujours parvenir à atteindre ce qu’il cherche.

Néanmoins, saluons l’entreprise et l’originalité de la forme qui a le mérite d’explorer et de tenter de créer un nouveau genre.

(Je pense d’ailleurs qu’un film à « La Jetée » évoquant nos sociétés à partir d’images d’archives serait passionnant. Une sorte de « Syndrome du Titanic » en noir et blanc et sans le discours moralisateur casse-bonbon. D’ailleurs, aujourd’hui, dans la Fabrique de l’Histoire sur France Culture, Emmanuel Laurentin a évoqué un parallèle entre ce film et Chris Marker…)

 

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