Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet

https://i0.wp.com/myscreens.fr/wp-content/uploads/2010/10/les-petits-mouchoirs1.jpgHistoire d’une bande de copains qui doit gérer à la fois l’accident grave d’un des membres du groupe et leur départ en vacances. Alors que Ludo est en soins intensifs, ses amis décident de ne pas annuler leurs vacances, tout au plus de les raccourcir en espérant qu’à leur retour Ludo sera sur pied. Toute cette bande part donc en vacances chez Max, qui les accueillent dans sa magnifique maison au bord de mer. Bateau, plage, repas convivial et grosses engueulades sont au programme de ses vacances un peu spéciales.

Nous passerons sur les abrutis de collégiens qui ont passé les deux heures de film à jouer avec leur portable, à rigoler (notamment pendant la scène d’accident) et à parler à voix haute, toujours agréable dans un cinéma. Malgré cela, on a quand même pu suivre et apprécier le film, ce qui est un gage de qualité tout de même. Il y a de très belles scènes dans le film de Guillaume Canet, notamment la scène d’ouverture avec l’accident et tout à la fin la scène avec le cercueil. On sent dans ces scènes que Canet sait très bien filmer.

Reste plusieurs problèmes dans ce film. Tout d’abord, tout parait trop calculé. La scène où Marion Cotillard s’énerve dans l’eau parait très réaliste, pour le reste on sent souvent le calcul du réalisateur. Je pense notamment à la scène où les copains regardent des vidéos de leurs précédentes vacances, quelques minutes avant qu’on apprenne la mort de Ludo. C’est un peu trop voyant, trop téléphoné.

Ensuite je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages, s’ils sont sensés décrire la génération des trentenaires, alors il s’agit d’une génération particulière (parisienne peut-être) mais qui ne ressemble en rien aux bande de copains qu’on a pu fréquenter.

Enfin l’absence deu personnage de Ludo m’a posée un problème: je n’ai pas vu le lien entre les personnages et ce fameux Ludo, ni les liens entre les personnages. Du coup, les relations paraissent très articielles de même que leur chagrin (et leurs témoignages à la fin) qu’on ne ressent pas réellement. Autre problème pour moi: l’histoire d’amour entre deux personnages masculins qui dès le début m’a semblée ne mener à rien. Et de fait cette histoire ne mène à rien et ne fait qu’apporter un effet de conflit dès le début des vacances.

Cependant le film est agréable, certaines scènes sont très bien écrites et réalisées.

— LN

Mêmes réserves que H., en plus appuyées. Le film de copains est un genre à part entière que j’aime assez souvent regarder même si très peu sont finalement réussis. Dans le genre comique (et réussi), les deux « Eléphants… » m’avaient beaucoup fait rire et en même temps touché, notamment la scène de fin, très émouvante, avec la table en plein vent sur la terasse. Le « Coeur des hommes » m’avait fait ni chaud ni froid et je l’ai totalement oublié depuis, ce qui montre qu’il était anecdotique (au point que je n’ai jamais eu envie de voir le deuxième). Le modèle du genre reste évidemment « Vincent, François, Paul et les autres » de Sautet qui m’a beaucoup plu même si là encore mes souvenirs sont devenus flous depuis (alors que je l’ai vu il y a moins d’un an). Toutes ces références pour vous épater (encore que…) mais surtout pour montrer qu’en s’attaquant au film de potes, Canet cherche sans doute à la fois à s’inscrire dans une histoire tout en s’en démarquant.

Pour cela, il a misé sur une vraie fausse bonne idée: l’absence du personnage-clé.

Vraie bonne idée, car faire de Dujardin ce personnage est une vraie trouvaille de casting. Cet acteur a toutes les qualités pour nous faire dire immédiatement à quel point il pourrait être un élément moteur dans un groupe, celui autour duquel tous les autres gravitent. La scène dans laquelle les autres personnages visionnent leur vidéo de vacances précédentes où l’on voit Dujardin jouer avec les enfants est tout à fait remarquable à cet égard. Et d’ailleurs, c’est amusant de voir que la photographie ci-dessus montre sa présence, ce qui est tout à fait atypique dans le film.

Fausse bonne idée, car comme l’a dit H., son absence fait que cette bande de copains apparaît pour ce qu’elle est: une bande de Parisianistes (plus que Parisiens) puants de leur égoïsme et égotisme narcissique rendu encore plus insupportable par leur branchitude vulgaire et leur incapacité à prendre en compte les autres si ce n’est que dans la satisfaction immédiate de leurs désirs ponctuels. Bref, des types qui suscitent chez moi le mépris voire la pitié, en tout cas l’antipathie, surtout Cotillard avec ces airs de minaudes qui se fait passer pour la gentille naïve mais qui bascule dans la niaiserie et la gaminerie la plus insupportable. Il est d’ailleurs symptomatique que les enfants de ces types de la trentaine sont totalement absents sauf dans la scène de pétage de plomb de Cluzet mais c’est pour le mettre lui en valeur, pas pour s’intéresser aux enfants qui ne sont qu’un prétexte (idem avec la bagarre entre Cluzet et Magimel) et sauf — et ce n’est pas pour rien! — dans la scène vidéo de Dujardin qui joue (ah, tiens, c’est bien le seul) avec les enfants (et cela donne même une réplique et un moment très poétiques).

D’où mon problème: ces personnages ne s’aiment pas entre eux sans celui qui les unissait (Dujardin) et moi je ne les aime pas du tout en tant que spectateur. Si Canet voulait faire un film de génération, celle qui a la trentaine aujourd’hui, alors je ne m’y reconnais pas du tout et je ne veux pas qu’on m’associe à ces types qui ont trente ans, des gamins mais qui se comportent comme des crétins de 15 ans et qui n’ont l’air de penser qu’à une chose: le cul (et je dis bien le cul dans son sens le plus vulgaire qui soit).

Je ne sais pas si c’est voulu par Canet mais du coup, leurs tracas, leurs histoires de cul, de déprime, de coeur, de boulot me laissent totalement indifférent. Jamais on ne ressent pourquoi ces types sont en vacances ensemble (on se dit que c’est par habitude, mais quand même) et surtout, pire, jamais on ne ressent toutes les choses qu’un groupe pareil construit au fil des années. Je me suis fait la réflexion qu’à aucun moment ils ne se racontent un souvenir commun; or dans ce genre de groupes, on passe son temps à se remémorer des souvenirs.

Et le pire c’est que lorsque la fin arrive, et comme je n’ai pas eu l’occasion de voir et donc de m’attacher au personnage de Ludo/ Dujardin, la nouvelle de sa mort m’indiffère largement aussi vu qu’elle n’est montrée qu’à travers la réaction de ces mêmes personnages antipathiques à mes yeux.

Alors, malgré tout, quelques vrais moments authentiques apportent au film un intérêt: Cotillard ennervée dans l’eau (d’ailleurs elle arrête de la jouer minauderie à ce moment et ça fait du bien), les petites marques de déprime de Cluzet, la scène où les amis de Ludo décident de porter son cercueil (c’est hésitant, c’est ténu, c’est subtil, contrairement à la lourde artillerie émotionnelle qui suit), surtout la scène d’ouverture en plan-séquence justifié et très maîtrisé et, enfin, les scènes vidéos de vacances avec Dujardin. Dans ces dernières, d’ailleurs, enfin, on ressent l’alchimie qui peut exister dans une bande de copains, les blagues à deux balles, les phrases débiles qui veulent rien dire (« Moi si j’avais pas été comédien, j’aurais pu être ostréiculteur! » et Dujardin de se marrer et nous avec): ça sonne vrai, ça sonne impro (je ne sais pas si c’en était) mais si peu, si tard!

https://i0.wp.com/s.excessif.com/mmdia/i/09/6/les-petits-mouchoirs-de-guillaume-canet-10220096elbzt.jpg

Je me demande donc si justement tous ces reproches ne seraient pas en fait mal placés dans la mesure où c’est exactement ce que Canet voulait faire: nous montrer comment un groupe, sans le pivot autour duquel il s’articule, se désagrège, ne fonctionne pas, éclate, ce que l’affiche aurait tendance à confirmer ainsi que son titre (J. en donnait une explication: les « petits mouchoirs » sont ceux que l’on met sur les défauts, les travers des autres, parce qu’ils sont nos amis et qu’on ne veut pas s’arrêter à leurs côtés pénibles). Mais alors, la fin est totalement en inadéquation avec cette grille de lecture et contredit le projet. De fait, dans un sens (le film de potes) comme dans l’autre (l’anti-film de potes), le film ne fonctionne pas.

Du coup, un film raté globalement même s’il confirme le talent de Canet en tant que réalisateur (qu’il engage un scénariste!) et celui de Dujardin (même si j’ai peur que ce dernier ne le gâche dans des films de plus en plus « branchouilles » et « hype » en tant qu’acteur « bankable » — désolé pour toutes ces expressions honnies). A suivre, donc.

— Mathieu

 

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