Oryx and Crake de Margaret Atwood

https://i1.wp.com/clatl.com/images/blogimages/2010/10/25/1288016585-oryx-and-crake.jpgLe roman de Margaret Atwood s’inscrit dans un espace spatio-temporel indéterminé: le lecteur ne sait pas vraiment dans quel pays (et d’ailleurs la notion même d’Etat telle que nous la connaissons actuellement semble avoir profondément évoluée dans ce roman), ni dans quelle période se déroule l’histoire, un futur plus ou moins proche mais sans réelle inscription chronologique. Seules certitudes, il n’y a que trois personnages principaux: Snowman/Jimmy, Crake et Oryx. Et le roman se déroule dans deux temporalités différentes: dans l’une de ces époques, Jimmy, Oryx et Crake évoluent dans un futur omnibulé par les progrès génétiques et dans lequel des ghettos ultraprotégés et ultra-technologiques ont été créés pour répondre aux besoins de sécurité d’une partie (riche) de la population. Dans l’autre, Jimmy est devenu Snowman, il est seul au milieu d’être « humains », appelés les Crakers ou les enfants et le monde est un vaste chantier post-apocalyptique. 

Mathieu avait adoré ce roman de Margaret Atwood, j’avoue que j’ai été moins enthousiaste que lui à la lecture. Dans la catégorie roman d’apocalypse, j’ai largement préféré celui de Cormac McCarthy, qui même s’il ne traitait pas vraiment de l’apocalypse (le livre se centrait surtout sur la relation entre un père et son fils), le roman de McCarthy décrivait une humanité en proie à la survie, se posant la question de son utilité, de sa pérennité ce qui à mon sens manque dans le roman d’Atwood. Le roman de McCathy ne donnait pas d’explication à cette fin de l’humanité, qui du coup paraissait naturelle et inévitable. L’homme en survivant ne faisait que repousser l’échéance fatale, comme nous autres finalement.

Et je passe sur le tour de force du roman de McCarthy qui a fait que chaque lecteur à la fin du roman s’est (normalement) interrogé sur ce qu’il venait de lire. Pour parler franchement, j’ai eu parfois l’impression de lire un catalogue de toutes les thématiques possibles en littérature au XXème siècle: les manipulations génétiques, les virus version L’armée des douze singes,  la fin de l’espèce humaine (dans cette partie, le roman lorgne énormément sur I am a Legend de Richard Matheson), les écarts nord-sud avec le personnage d’Oryx, qui aurait toute sa place dans Slumdog Millionnaire (personnage qui ne sert pas à grand chose finalement, ni sa longue thématique sur les enfants volés). Bref, c’est futé, elle fait un bon condensé de tous les thèmes à la mode à l’heure actuelle, mais voilà, c’est juste bien fait, plutôt opportuniste mais je ne trouve pas qu’elle en tire quoique ce soit sur la question de l’humanité ou sur celle du roman. Après le livre est agréable à lire, mais je ne le classerais pas parmi les romans essentiels de ces dernières années.

Le livre va être adapté au cinéma, avec Gong Li en Oryx, Ewan McGregor en Jimmy/Snowman et Cillian Murphy en Crake (aux yeux verts).https://i1.wp.com/fc08.deviantart.net/fs45/f/2009/159/7/f/ORYX_AND_CRAKE_MOVIE_POSTER_by_shuikyou.jpg

 

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5 réflexions sur “Oryx and Crake de Margaret Atwood

  1. Pas tellement. Après, je ne me base que sur le film (« Les Fils de l’homme ») et non sur le livre. Mais dans Oryx & Crake, il n’y a pas du tout l’infertilité. Eventuellement le fait que la société se casse la gueule, mais c’est le propre de tous les post-apo. Cela dit, encore une fois, j’insiste: la grande force d’Atwood est de proposer une vision cohérente (à mon sens) des fins du monde pour lesquels notre société est tant fasciné en ce moment. En les reprenant toutes (ou presque, donc), en écrivant si bien avec cette ironie, elle montre qu’elle n’est pas dupe et que nous ne devrions pas l’être. Le fait même qu’elle ait repris cet univers pour « The Year of the Flood » en pleine panique de la grippe A montre son projet. Alors oui, c’est moins brutalement honnête que McCarthy mais cela n’en est pas moins intéressant.

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  2. Effectivement, Atwood ne fait pas oeuvre d’originalité mais d’intelligence dans ce roman en ce sens où elle reprend tous les motifs devenus classiques de la fin du monde pour les mettre en cohérence et s’interroger sur ce qu’ils nous disent de notre société, évidemment, de notre peur face à la mort et à la disparition. Il manque, je le concède, la vision qu’Atwood en a ou en tout cas, celle-ci manque peut-être de profondeur. A la poignante fragilité et incertitude de McCarthy exprimée en toute honnêté, la Canadienne Atwoow a un regard plus British sur la fin du monde et sur notre état actuel, plus ironique, plus distancié. Mais que c’est bien fait! Que c’est  bien écrit. Et cette scène d’ouverture. Je prévois de le relire bientôt afin de me plonger ensuite dans The Year of the Flood, qui lui fait suite. Peut-être que la vision d’Atwood y trouvera toute son ampleur.

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