Somewhere de Sofia Coppola

somewhere-sofia-coppola-311x480.jpgJohnny Marco est un acteur dans une mauvaise passe. Il vit seul dans un hôtel célèbre de Los Angeles, l’hotel Marmont, et peine à occuper ses jours. Heureusement quelques jours, le studio l’appelle pour une interview, une séance photo ou un essayage en maquillage. En dehors de ces quelques périodes d’activité, Johnny s’ennuie, et tente de tromper sa solitude avec la fille en face de sa chambre ou avec des jumelles strip-teaseuses. Johnny mène donc une vie navrante, sans intérêt et sans gloire. Survient sa fille, Cloé, que sa mère lui largue sans ménagement. A son contact, Johnny va se réveiller et sortir de sa torpeur: penser un peu moins à lui et un peu plus à sa fille.

Le sujet de ce film est très banal : un père qui retrouve goût à la vie au contact de sa famille (ici un acteur avec sa fille), mais comme il était réalisé par Sofia Coppola, j’avais envie de le voir. J’ai toujours aimé les films de Sofia Coppola, même Marie Antoinette, qui malgré des défauts historiques patents, n’en avait pas moins un charme indéniable. Là j’avoue je suis déçue, le film est plaisant à regarder mais franchement il est creux. J’ai trouvé que la relation entre le père et sa fille était vu de manière caricaturale: il passe son temps à jouer avec elle, elle s’amuse à lui faire son petit déjeuner. Certes c’est touchant, mais ça ne fait pas une relation. Pourtant sur ce peu de contact, Johnny a une révélation. Cela me semble douteux. Quant à la réalisation, le film est très poseur. On a de longs plans sur les autoroutes, certaines scènes durent très longtemps et tout cela sans qu’on sache bien pourquoi. Dernière déception: l’atmosphère de Los Angeles. Je m’étais dit qu’on verrait dans ce film la ville : on voit beaucoup de voitures et d’autoroutes. Peut-être que c’est ça Los Angeles. Mais il doit y avoir autre chose quand même. Et puis le petit côté, « on est trop bien aux États-Unis, et l’Italie c’est vraiment n’importe quoi », me navre beaucoup. Sofia Coppola me semblait plus intelligente que ça. Car certes, la télévision italienne est une aberration, mais on ne réduit pas un pays à son show biz, ou alors on fait de même aux États-Unis et on montre les émissions débiles des talk show américains.

— LN

 

Je suis moins réservé qu’H. Je trouve que Sofia Coppola sait toujours aussi bien filmer. Alors oui, certes, avec ce film, vu qu’elle filme des gens issus de son milieu, elle montre en quelque sorte ses limites intellectuelles. A vrai dire, Sofia Coppola est juste une gosse de riche réalisateur/ producteur qui a grandi dans le milieu du cinéma et qui vit donc replié sur son monde. Et comme ses films sont auto-centrés autour de quelques thèmes qui la touchent — ennui, figure du père, isolement au milieu d’une foule — on sent que les clichés ne demandent qu’à jaillir : le Japon est un pays de débiles hallucinés et vulgaires dans Lost in Translation, l’Italie de débiles hyperactifs et vulgaires dans ce dernier film.

Sofia Coppola filme des gens comme elle dans des endroits qu’elle connaît (comme l’Hôtel Marmont à Los Angeles) dans des situations qu’elle a dû vivre mille fois (comme un réveil avec une bouteille de Pétrus sur la table de nuit). Stephen Dorff est antipathique et fadouille comme il faut pour incarner un acteur antipathique et creux comme il doit en exister une tripotée. D’ailleurs, je me demande pourquoi ils n’ont pas simplement tous joué leur propre rôle… Oui, tout cela est bien vain, vaniteux et poseur. Oui c’est même limite agaçant les problèmes existentiels des riches du show-biz. Il n’empêche, elle sait filmer, disais-je au début.

Formellement, le film est vraiment beau. Sofia Coppola sait poser sa caméra. Elle sait prendre le temps de faire durer un plan (parfois effectivement un peu trop longtemps). Et puis elle sait capter des ambiances, des moments vraiment touchants. Elie Fanning est émouvante de grâce et de naturel (même si ce naturel me semble bien faux). La meilleure scène du film a lieu lors d’un petit déjeuner dans un palace italien lorsque Elie Fanning envoie des regards assassins mêlés de déception et de tendresse à son père qui vient de passer la nuit avec une pouffe quelconque.

Et puis la partie de thé sous l’eau, comme les autres scènes père/fille, même si elles sont un peu forcées avec une musique un peu trop appuyée (regardez, je suis indie, je suis hypster et c’est trop difficile d’être moi), sont tout de même empruntes de grâce.

— Mathieu

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