Black Swan de Darren Aronofsky

Le film est une mise en abîme du « Lac des cygnes ». Une compagnie de danseurs aux États-Unis décide de mettre en scène le célèbre ballet de Tchaïkovski en ouverture de leur prochaine saison culturelle mais en proposant une nouvelle interprétation qui montrera la force de classique. Il faut donc trouver celle qui interprètera le rôle principal, celle qui pourra à la fois jouer le cygne blanc et le cygne noir. Nina (Natalie Portman) est pressentie pour le rôle mais le metteur en scène (Vincent Cassel) la trouve trop frigide pour le rôle du cygne noir. Si sa perfection lui sert dans le rôle du cygne blanc, elle est un obstacle à son interprétation du côté noir de la force, ici du cygne (je plaisante). Il hésite à confier le rôle à une autre danseuse, Beth, très sauvage et souvent incontrôlable (elle fume, arrive en retard aux répétitions, couche avec tout le monde et mange des hamburgers, bref la transgression incarnée). Finalement Nina obtient le rôle, et elle doit maintenant faire vivre le Black Swan, ce qui va la précipiter dans le chaos et la névrose.

La vision de Darren Aronofsky du « Lac des cygnes » est assez commune, pour ne pas dire banale: le cygne blanc représente la normalité, la rigueur, la perfection castratrice. Le cygne noir représente la liberté, la passion, l’absence de contrôle. Nina va donc devoir apprendre à se lâcher et à transgresser. Dès lors quelle est l’ultime transgression pour Darren Aronofsky: le sexe, la drogue, la cigarette et la bouffe (notamment le cheeseburger). Comment Nina va s’ouvrir au Black Swan? En sortant avec Beth, elle va se mettre à fumer, à boire, à embrasser des garçons et elle va même avoir un rêve érotique lesbien. Je veux bien croire que tout ceci constitue la transgression ultime pour le public américain, mais pour nous ça nous fait franchement rigoler.

  Ajouter à cela une vision très manichéenne des personnages: Nina vit dans le rose complet, Thomas le metteur en scène entre le noir et le blanc, Beth complètement dans le noir. Compléter le tout par des effets visuels assez peu originaux pour rendre compte de la névrose de Nina (des miroirs à plusieurs facettes ou des miroirs brisés). Et nous avons le premier film consensuel de Darren Aronofsky. Le film n’est pas mauvais, juste inintéressant. Et quel dommage qu’il n’est pas poursuivi dans l’idée du corps mutilé de la danseuse. A plusieurs reprises, Nina se gratte l’épaule jusqu’au sang. Elle voit parfois ou croit voir ses ongles en sang ce qui fait qu’elle passe son temps à les couper allant parfois jusqu’à nous donner l’impression qu’elle se les arrache. Idem avec ses pieds.

Il y avait quelque chose là qui était intéressant, qui se rapprochait du film Hunger dans sa réflexion sur le corps et sur ce qu’on peut lui faire subir. Mais pour le coup le film aurait été peut-être un peu plus dérangeant, notamment pour un public américain qui doit déjà être passablement choquer de voir Natalie Portman goûter aux plaisirs d’un cunnilingus avec Beth (en rêve je précise).

Dernière phrase qui va probablement susciter (et ce n’est pas un mauvais jeu de mots) un intérêt pour le film parmi nos camarades masculins. 😉

— LN

https://lesboggans.files.wordpress.com/2011/01/6d0f2-blackswanposter.gif?w=202&h=300

Je serais légèrement moins négatif que H. Le film comporte quelques beaux morceaux qui témoignent du talent d’Aronofsky. La scène d’ouverture, notamment, est admirablement filmée. Les bruits de respiration, les mouvements de caméra, la sensation de vertige, la lumière dans les yeux — je me suis fait la réflexion que le réalisateur arrivait à nous faire vivre et ressentir ce que cela pouvait être que de danser (pour moi qui ignore tout de cet art), car j’avais vraiment l’impression de vivre une danse. De même, la scène de danse du cygne noir est réussie et les trouvailles visuelles sont belles. Pour ce qui est du scénario, la thématique de la névrose de Nina vis-à-vis de son corps est vraiment angoissante d’autant qu’elle rejoint les relations mère-fille particulièrement complexes et perverses entre cette mère ex-danseuse qui n’a jamais percé et qui maintient sa fille sous son joug et sa dépendance émotionnelle. Ce qui explique, en partie, la naïveté de la vision de la transgression pour cette jeune femme de 28 ans pour qui fumer, arriver en retard et (rôôô, trop rebelle) avoir des rêves homsexuels sont la quintessence de la révolte.

En fait, pour résumer, le film a les forces de ses faiblesses en ce sens où Hollywood s’intéresse à la danse (tiens, c’est original) mais cela reste Hollywood (tiens, c’est creux et stéréoptypé).

— Mathieu

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