The Tree of Life de Terrence Malick

Tree-of-Life-Movie-Poster.jpgAller voir un film dépend toujours du contexte qui entoure celui-ci. The Tree of Life, de Terrence Malick, était précédé de critiques élogieuses mais guère convaincues et d’un bouche-à-oreille très mitigé, certains lui reprochant sa religiosité chrétienne, d’autres l’ennui qu’il dégageait, d’autres enfin le mysticisme grandiloquent de la partie centrale du film. Toutes ces critiques se positionnaient, je pense, par rapport à la palme d’or du festival de Cannes.

L’accusation d’ennui est, à mon avis, d’autant plus facile à balayer que la quête visuelle sur la recherche de sens à l’existence humaine telle que le film la met en œuvre est d’une ampleur et d’une beauté époustouflantes. L’imbrication entre le microcosme de la journée d’un homme qui se souvient qu’il a été un garçon dans une famille conservatrice des années 1950 et le macrocosme des paysages reflets des forces à proprement parler cosmiques témoigne à la fois de la propre quête de Malick et de son style visuel contemplatif et interrogateur. Je suppose que les spectateurs qui ont trouvé ce film ennuyant n’avaient pas vu avant d’autres films de Malick, sans quoi ils auraient su à quel type de film s’attendre. Caveat emptor.

 Je pense, de fait, que le second type de critique (un film boursouflé et mystico-religieux) dérive de la première. Car, effectivement, si on s’ennuie devant ce film, on ne peut qu’être réfractaire à ce qu’il est.

Malick continue ainsi d’explorer le panthéisme qui est au cœur de son œuvre. Il le fait comme une tentative de nous donner à voir la manière dont nos vies sont entremêlées avec celle des autres et avec notre environnement. Comment nos souffrances, nous peurs, nos joies… toute notre existence en un mot ne peut être séparée des autres et de ce qui nous entoure, ce qui forme l’arbre de vie.

Au cœur de ce film se tient en effet la dichotomie qui est annoncée dès le début : la vie suit deux voies – la voie de la nature, qui est égoïste et cruelle, ou la voie de la grâce qui est généreuse et bienveillante. Le film nous montre ensuite que la grâce, telle que la religion et l’Eglise la définissent, n’est justement pas séparée de la nature : grâce et nature se rejoignent partout – dans la nature mais également dans l’homme. Et d’ailleurs, même cette distinction entre la nature et l’homme est fausse. Ainsi les veines du pied du nouveau-né font écho aux veines du fœtus, à son cœur qui bat, à la planète en gestation, à l’étoile qui meurt et explose donnant naissance à un système, aux ridules de l’eau sur la pierre dans le torrent. Je comprends l’analogie avec 2001. L’Odyssée de l’espace : il y a cette volonté de mener une réflexion holistique sur ce qui signifie être humain, être en vie, être.

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La famille, qui est le second thème central de ce film , est une extension de cette vérité, de cet arbre. Cette histoire d’une famille du Middle-west est filmée avec une telle empathie, un tel amour et une telle grâce justement et une telle acuité de ce que cela signifie de grandir en tant que garçon, ce que cela signifie d’être un homme ou une femme dans ce contexte, qui force le spectateur à ressentir une profonde empathie pour ces personnages si humains et, par là-même, une grande admiration pour Malick qui les dépeint avec une telle sensibilité. Dans cette optique, le personnage du père est interprété par un Brad Pitt qui est à l’apogée de sa carrière d’acteur, campant un père dur mais fragile (dur car fragile) qui éduque ses trois fils de la seule manière qu’il connait.

On ne peut cependant pas dire que ce film est une sorte de révélation ; ce serait se tromper et tromper ceux qui ne l’ont pas vu car, contrairement aux commentaires quelque peu méprisants parfois émis, ce film n’est pas religieux en ce sens où il n’est pas un dogme. C’est la propre quête de Malick pour rendre compte d’une quête, la nôtre. La quête que nous menons tous non pas vers la grâce (seuls ceux qui sont religieux cherchent la grâce) mais vers la sérénité et l’accomplissement, vers le sens. Vers la réconciliation avec l’idée qu’un jour nous serons morts, avec l’idée qu’un père ou une mère peuvent perdre un fils, avec l’idée qu’un jour l’on grandit et l’on quitte l’enfance lorsque l’on se rend compte que son père est vulnérable et est même faible et qu’il n’y a aucun autre sens à tout ceci que la vérité immanente qui est celle que nous existons. En d’autres termes, il n’y a pas grâce en tant que transcendance ; il n’y a une grâce qu’en ce qu’elle est immanente dans la nature. Je ne sais pas si Malick a lu et se définit comme un Bruniste ou un Spinoziste mais j’ai trouve que ce film était totalement en adéquation avec les philosophies de Giordano Bruno et de Spinoza.

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Dès lors, réduire ce film a une vision chrétienne mâtinée d’évangélisme (un film « américain ») est, à mon avis, passer complètement à côté. Est-ce à cause de la citation du livre de Job qui ouvre le film ? Est-ce du fait de la musique, souvent faite d’hymnes religieux ? Tout ceci n’est là que pour montrer que la religion pose la question du sens de la vie. Cependant, Malick efface la frontière entre le documentaire et la fiction alors que le film conjugue les images de la nature, du cosmos avec celles de cette famille, la musique servant littéralement de pont cosmique entre les deux, le tout sans dialogue (ou très peu), et avec une voix-off qui n’est pas explicative (ce qui pour le coup aurait été pompeux et dirigiste à la Yann Artus Bertrand) mais interrogatrice, méditative, troublante.

Comme les personnages s’interrogent sur ce qu’ils sont, comme Sean Penn s’interroge sur ce qui le relie à son frère mort il y a plus de trente ans, le spectateur est alors amené à s’interroger, dans un moment d’introspection presque dérangeant, sur sa relation avec ceux qui sont autour de lui, là dans cette salle, dans le noir, à voir les mêmes images. La voix-off ne nous commande pas d’être en admiration face à la beauté et à la recherche de la vérité derrière ou dans cette beauté, mais nous propose de ressentir physiquement cette beauté, cette quête de la vérité. D’où les images de Sean Penn, qui est le spectateur, dans ces paysages. Le film est basé sur les émotions, des sensations physiques même, que nous ressentons en le regardant mais sans jamais nous aveugler, toujours en nous interrogeant.

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Introspection et ouverture aux autres et au Monde. Voilà ce qu’est The Tree of Life. C’est un film lent mais pas long, si ce n’est à un bref moment, juste après le passage cosmique, lorsque l’on retrouve la famille, où j’ai ressenti une faiblesse dans le raccord entre les deux niveaux. Pour le reste, une quête cinématographique d’une telle ampleur est à peu près inédite. Je ne pense pas que ce film dépasse le chef d’œuvre de Malick jusqu’alors, à savoir la Ligne rouge, mais il est un jalon important de la part de ce réalisateur vers ce qui pourrait être une œuvre d’une puissance et d’une profondeur inégalées. Espérons-le.

 

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