Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès

https://i0.wp.com/www.lmda.net/imgliv/L59345.jpgMathieu avait lu ce livre il y a deux ans (après avoir rencontré l’auteur à Etonnants Voyageurs). J’avais moi-même entendu parler de ce livre, non pour son sujet, mais parce que le manuscrit avait été refusé par tous les éditeurs il y a de ça trente ans, avant de trouver enfin un acquéreur en 2008. Une fois publié le livre avait remporté le prix Médicis. Nous avions discuté avec l’auteur sur les raisons de ces refus, qui s’expliquent finalement très simplement : le livre était trop gros. Le calcul des éditeurs étaient alors simple, si le livre est volumineux alors son prix le sera d’autant et les lecteurs seront rebutés à la fois par son épaisseur et par son coût. Un éditeur ayant aimé un roman plus récent de Blas de Roblès avait finalement accepté de lire ce manuscrit malgré son épaisseur. Le succès des Bienveillantes de Jonathan Littell a peut-être aussi changé la donne.

Je ne vais pas vous faire un résumé du livre, Mathieu le fait très bien dans son article de juillet 2009. J’ajoute juste que le roman se divise en une trentaine de chapitres et qu’ils
s’organisent tous de la même manière : découpés en trois sous-parties, le chapitre s’ouvre sur la biographie de Schott sur Kircher, suit alors au choix les aventures d’Elézard (et de Loredana), ou celles de sa femme Elena avec les autres scientifiques en expédition dans le Mato Grosso, ou les péripéties alcoolisées de Moéma (fils d’Eléna et de Elézard) avec des camarades. Le chapitre se clôt enfin sur un texte plus court évoquant les carnets d’Elézard sur Kircher, ou les aventures de Moreira, le gouverneur, ou celles de l’Oncle Zé et l’infirme Nelson. Chaque partie progresse donc parallèlement et indépendamment des autres, à quelques moments du récit, les histoires plurielles se rejoignent. Comme le disait Mathieu, Kircher est le modèle du scientifique qui a été contredit par l’histoire : en tant qu’égyptologue, Kircher a été connu pour avoir déchiffré les hiéroglyphes égyptiens jusqu’à l’avènement de Champollion qui a montré à quel point Kircher avait tort. Et tout dans l’histoire a donné tort à Kircher, malgré l’extrême réputation qu’il avait de son vivant.  Elézard tente à plusieurs reprises d’expliquer pourquoi Kircher s’est toujours trompé : aveuglement ? Prisme religieux trop important ? Finalement, Elézard ne connaitra pas vraiment le fin mot de l’histoire. Alors qu’Elézard s’embourbe dans la biographie de Kircher, Elena sa femme s’enlise dans la jungle brésilienne, à la recherche de fossiles capables de révolutionner la paléontologie. Leurs expéditions sont, avec la biographie de Kircher, le nœud du roman et se terminent dans les deux cas sur une impasse, comme s’il était impossible de comprendre, de saisir le Brésil.

Les aventures de Moéma, de Moreira ou de l’Oncle Zé occupent une place moindre dans le roman. Elles décrivent le Brésil actuel, ses favelas, ses industriels mafieux qui tentent avec succès de moderniser ce pays. Elles montrent aussi un Brésil insaisissable,  notamment pour ceux qui n’y sont pas nés. La vie quotidienne dans le Brésil ressemble sur certains points à la vie dans la jungle, elle apparait comme une excroissance de cette jungle verte.

https://i0.wp.com/www.nndb.com/people/442/000024370/kircher-a-85.jpg

La profusion des personnages, des lieux et des récits peut dérouter le lecteur. J’avoue avoir apprécié tout ce qui concernait Kircher, Elézard et Eléna. Par contre les récits sur Moéma, l’oncle Zé et Moreira m’ont moins intéressée et surtout, j’ai beaucoup plus de mal à voir leur cohérence avec l’ensemble du récit. Le parallèle entre Kircher, Elézard et Eléna fonctionne plutôt bien, même si quelques fois le passage de l’un à l’autre n‘était pas évident de prime abord. Je me demande d’ailleurs si le roman n’aurait pas gagné à se focaliser sur ces trois récits, en y ajoutant peut-être celui du jésuite mort probablement dans la jungle en y laissant un manuscrit de Kircher, L’Arche de Noé (mais c’est juste parce que je n’aime pas en général quand un personnage nous explique un fait, une relation entre deux récits, je préfère le deviner moi-même). Là où les tigres sont chez eux est un roman dense, riche, exigeant (j’ai d’ailleurs fait une pause dans ma lecture avec le dernier Houellebecq, sorte de récréation peu passionnante finalement). Pas vraiment un roman de plage, mais un roman impressionnant sur le Brésil, malgré la confusion dans laquelle il nous laisse.

 

Publicités

2 réflexions sur “Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s