Hanna de Joe Wright

https://i1.wp.com/www.geoffroyblondeau.fr/wp-content/uploads/2011/07/hanna-poster-221.jpgUn jeune fille, Hanna (Saoirse Ronan), est élevée seule dans la forêt près du cercle Arctique par son père, Erich (Eric Bana), qui l’entraîne pour devenir une arme de guerre redoutable: combat au corps à corps, maniement des armes (blanches, à feu, autres…), survie en milieu hostile, etc. tout en découvrant le monde à travers une seule encyclopédie et un recueil des contes des frères Grimm, afin qu’un jour, elle soit prête pour se venger d’une agent perfide de la CIA (Cate Blanchett) que son père lui a appris à haïr comme une « sorcière ».

Arrive alors le jour tant attendu de la vengeance: Hanna déclenche la balise qui va alerter la CIA de leur position. Erich quitte les lieux. Leur plan a été répété mille fois. Hanna se fait capturer et depuis son lieu de détention, elle assassine celle qu’elle croit être la sorcière avant de s’échapper. Elle découvre alors qu’elle est au milieu du désert marocain. De là, elle doit se rendre à Berlin où l’attend son père. Rencontrant une famille d’Anglais déjantée, elle commence un périple pour traverser la Méditerranée et une partie de l’Europe  tandis qu’elle est pourchassée par la sorcière et des néo-nazis en survet’ ou en bombers. 

Vous l’aurez compris avec mon pitch ci-dessus et la bande-annonce (ou pas), mais avec Hanna, Joe Wright (Orgueil et préjugés, Atonement), a voulu réaliser un film d’action (que
certains critiques appellent « post-Nikita » sans que je ne vois pas bien ce que cela signifie) avec une narration « féerique ». D’où les quelques références qui ponctuent le film: les frères Grimm, la « sorcière », une gueule de loup à la fin dans laquel Hanna se jette métaphoriquement et réellement, le parc d’attraction… D’où sans doute également les stéréotypes (les Allemands sont blonds, en survet’ hideux mais impec’ ou cranes rasés en bombers, les agents de la CIA sont méchants et perfides, les Anglais sont déjantés, les Espagnols sont tous des gitans dansant le flamenco, olé!).

Le casting est prestigieux; le réalisateur nous avait livrés une adaptation fort honnête d’Atonement qui, si elle ne suivait pas le roman à la lettre, était particulièrement fidèle à l’esprit du chef d’oeuvre d’Ian McEwan. Donc, un film d’action-féerique, cela ne pouvait être que bien.

https://lesboggans.files.wordpress.com/2011/07/d49df-hanna-movie-trailer.jpg?w=363&h=182
Oui, ben non. Le film accumule les invraisemblances ou plutôt les blancs scénaristiques. Pourquoi Erich donne-t-il rendez-vous à Hanna à Berlin s’il ne veut pas qu’elle découvre la vérité sur son passé? Pourquoi l’agent de la CIA ne suit-elle pas Hanna directement si elle comprend qu’elle va le mener à Erich (ce qu’elle fait en fin de compte)?

Et puis surtout l’ensemble fait totalement artificiel. La couche de méta-narration « conte de fées » ne fonctionne pas, du fait d’une réalisation qui veut nous montrer que l’on est dans un conte lors de plusieurs scènes (l’évasion d’Hanna, le combat d’Erich dans le métro) rythmées par la musique des Chemical Brothers, chorégraphiées comme dans Matrix, éclairées aux lumières stroboscopiques d’une boite de nuit, mais le résultat est simplement outrancier et la magie n’est pas là. On se demande juste pourquoi les méchants n’utilisent leur pistolet qu’une fois qu’ils sont au corps à corps et pas avant? Comment Erich fait-il pour traverser la Sibérie? le Canada? en costume et en mocassins (on le voit partir dans la bande-annonce)? Quel océan traverse-t-il à la nage (lui aussi il prévoit ses itinéraires avec Google Maps?*)? Bref, ça ne prend pas.

L’accumulation des clichés, des invraisemblances (qu’est-ce que c’est que cette famille anglaise?), des effets de manche de la réalisation et une histoire poussive rendent vite le film ennuyeux et on se demande: quand cela va-t-il finir? L’incohérence et le foullis narratif des dernières scènes à Berlin confèrent aux dernières 15 minutes du film un aspect vraiment barbant. Dernières scènes qui mènent  un dénouement ultra-prévisible (mais ça, dans un conte, bon, on peut comprendre). Quant à l’aspect émotionnel du film, il est lui aussi complètement raté. Les scènes d’amitié entre Hanna et la petite Anglaise délurée ne marchent pas tant elle paraissent parachutées; la scène finale entre le père et la fille fait plouf.

Le projet était alléchant, l’ambition louable, le casting intéressant, mais le résultat est raté. Une question subsiste alors: Joe Wright est-il l’auteur du script ou est-ce un film de commande?

— Mathieu

* Pour ceux qui en douteraient et en faisant référence à la blague qui circule sur Facebook, établissez un itinéraire Taïwan-Chine avec Google Maps et allez à la ligne 23. (Merci J.)

 

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