Harry Potter et les reliques de la mort: partie II de David Yates

https://lesboggans.files.wordpress.com/2011/07/11468-harry2bpotter2b25262bthe2bdeathly2bhallows_part2_first2bposters_1.jpg?w=181&h=254Donc, voilà, c’est fini. Les aventures cinématographiques du petit sorcier devenu grand (ou, tout du moins, moins petit) se sont terminées après qu’elles se soient conclues dans leur version originale romanesque il y déjà quatre ans. Pour le non-fan et non-initié de la saga que je suis (je n’ai pas lu les romans les ayant trouvés indigestes), cette conclusion au cinéma me permet donc d’émettre un jugement sur la mythologie Harry Potter.

Le film, tout d’abord. Je ne dirais pas que c’est une déception mais plutôt une impression mitigée attendue et prévisible. Mon bilan, pour faire vite, est : ce film était inutile. Le dernier tome des aventures d’Harry Potter, si j’en juge par les deux films qui en sont issus, ne justifiait pas, étant donné la minceur de l’intrigue qui est développée sous nos yeux, que les producteurs le coupent en deux. L’impression pénible qui en ressort encore une fois est que ce doublement n’a eu qu’une justification commerciale, ce que l’utilisation de la 3D confirme. Cela dit, et pour être tout à fait honnête la 3D n’est pas trop mal utilisée, pour le coup, et certaines scènes sont plutôt réussies sur le plan visuel.

  Néanmoins, on a tout de même l’impression désagréable de s’ennuyer ferme pendant les quatre heures trente six minutes des deux films. Combien de scènes pendant lesquelles il ne se passe rien, les personnages à l’écran évoquant dans des dialogues mal joués d’autres personnages dont on ne sait pas bien qui ils sont et surtout dont l’importance a été mal traitée et donc non rendue dans les précédents films ?

Dans la première partie, lorsque David Yates profitait de ce vide pour faire une recherche visuelle, cela donnait parfois un aspect étrangement agréable avec des scènes quasiment méditatives entre deux transplanements (transplanations ?) du trio de personnages principaux avec des décors post-apocalyptiques réminiscences de Sons of Men ou de The Road. Dans la seconde partie, on aurait pu espérer, avec le tout début du film, avoir des scènes de dialogues totalement hermétiques qui nous auraient malgré tout séduits grâce à une réalisation très osée pour le public visé, c’est-à-dire sans aucune action, sans enjeu si ce n’est l’esthétisme du moment, caméra posée, décors improbables car issus d’un quotidien rêvé.

Harry-Potter-et-les-reliques-de-la-mort-nouvelles-images_re.jpg
Mais le réalisateur est rattrapé par les contraintes de l’adaptation d’une œuvre calibrée qui reprend ses droits (d’auteur) et de ce fait la recherche formelle est vite éclipsée par la narration de la mythologie qui doit donc arriver à son terme et donc il faut remplir le cahier des charges.

Et visiblement, le dit cahier ne devait pas mentionner le mot « épique » car la prise de l’école par l’armée de Voldemort ne donne lieu qu’à quelques plans aériens et destruction de décors en images de synthèse (aucune scène de mort d’un personnage important… mais cela dit, comme on le verra plus bas, aucun personnage n’a été rendu important…). Quant au duel final entre Harry et Voldemort, il fait tout simplement plouf ! Et il est précédé d’une scène ridicule avec un Voldemort maniaco-dépressif qui exulte et fait des blagues.

Or, et c’est là où j’en arrive à mon jugement sur la saga, la mythologie Potter inventée par J. K. Rowling est fondamentalement ratée, ce qui donne donc un film raté.

Reprenons rapidement les principaux éléments de cette mythologie : Harry Potter est un sorcier dont les parents, sorciers eux-mêmes, ont été tués par Lord Voldemort, un sorcier voué aux forces maléfiques, Harry ayant survécu miraculeusement à cette confrontation mais ayant gardé une cicatrice sur son front. Voldemort fut ensuite défait et disparut mystérieusement par la suite. Recueilli par son oncle et sa tante, des « Moldus » (des non-magiciens) particulièrement pénibles, Harry entre donc avec délectation dans le monde de la magie à l’école Hogwarts lorsqu’il a 11 ans où il rencontre deux autres écoliers de son âge, Ron Weasley et Hermione Granger. Au cours des sept romans qui suivent, on suivra ce trio de personnages alors qu’ils apprendront la magie chaque année scolaire et qu’ils grandiront.

Cette base est formidable.  Elle est riche de tant de potentiel que l’on peut dire que Rowling a vraiment eu une idée géniale. Le problème, c’est que l’utilisation de ces éléments est sinon mauvaise pour le moins très peu originale. Le personnage d’Hermione est totalement sous-exploité par exemple alors qu’en tant que fille de « Moldus » mais prodige de la magie elle permettait d’interroger réellement la notion de différence et donc de discrimination qui est mise en avant par Voldemort. (Et du coup on se plait à imaginer une saga qui aurait donné l’importance qu’elle mérite à ce personnage.) Pis : la fin de cette saga, la résolution des éléments dramatiques (la mort des parents, la cicatrice, Voldemort…), est totalement ratée.

Je pense que quiconque lit cette critique connait la mythologie et son dénouement, je peux donc l’évoquer plus avant. Si j’ai bien compris (car les films sont tout de même
flous, surtout vus à plusieurs années d’intervalle), Voldemort a volontairement disparu/ été battu après avoir assassiné les parents d’Harry puisqu’il a prévu son retour (mais ce que je n’ai jamais compris c’est: pourquoi était-ce nécessaire ?). En effet, il a disséminé les fragments de son âme dans des « horcruxes » qui vont lui permettre de revenir à la vie (mais je ne sais pas à quelle condition). Au cours des différents films/ romans, donc, le jeune Harry est parfois confronté à ces horcruxes (sans le savoir bien sûr) et assiste donc impuissant car ignorant au retour de Voldemort et de son armée de Mangemorts (« Death Eaters »).

451958-x_studio_08dumbledore_large.jpg

Première remarque : on assiste pendant de nombreux films avec la même impression d’impuissance et même de frustration au déroulement des événements. Harry est le
spectateur passif de son destin ce qui pourrait donner un thème intéressant mais confère à ces films un ennui malheureusement régulier. Cette impression est renforcée par un autre aspect qui le rejoint : la figure d’Albus Dumbledore (le directeur de l’école Hogwarts) qui autrefois a lutté contre Voldemort et semble avoir tout prévu et ne parle qu’en énigmes, ne voulant rien révéler de ses plans pour défaire définitivement Voldemort. Harry (et le spectateur avec lui) n’est donc que le jouet de ce combat entre deux sorciers. Là encore, cela aurait pu être une fabuleuse manière de raconter cette histoire si seulement c’est cette histoire-là qui avait été raconté, ce qui n’est malheureusement pas le cas et n’apparaît qu’à la toute fin au cours d’une seule réplique d’un personnage (« Vous avez élevé Harry Potter comme un porc qu’on mène à l’abattoir » dit Severus Rogue à Dumbledore lorsqu’il comprend les plans du vieux sorcier). Mais c’est trop peu, trop tard. Et du coup le personnage de Dumbledore n’est que ce qu’il est : un deus ex machina bien pratique pour tout justifier a posteriori et faire avancer l’intrigue que le personnage principal est incapable de faire avancer tant il est creux.

Autres reproches pêle-mêle dans l’utilisation des motifs narratifs : la saga Potter n’interroge jamais vraiment les rapports entre les sorciers et les Moldus alors que ce
devrait être un des thèmes principaux. D’où la sous-exploitation d’Hermione, du ministère de la Magie qui n’est utilisé que comme une vague entreprise totalitaire (et d’ailleurs dans les films, on sent là encore que le réalisateur s’amuse à développer cet aspect car visuellement, évidemment, cela lui permet de s’inscrire dans l’héritage de Brazil ou de Metropolis par exemple). Les rapports entre les sorciers et les créatures magiques qui les servent ne sont jamais développés non plus.

De ce fait, la saga Potter n’est pas une saga de littérature d’imaginaire en ce sens où si elle emprunte bien des motifs à la fantasy, elle ne les utilise jamais pour ce qu’ils sont et ne se posent jamais vraiment la question : « et si… ? » (et si les sorciers existaient ? et si les licornes, elfes et autres ogres existaient ?). Elle n’en déduit que quelques remarques d’ordre général là aussi (on le sent) tirées d’autres œuvres dont elle s’inspire (certains sorciers méprisent les humains normaux comme étant inférieurs, donc les sorciers qui ont des parents moldus sont eux-mêmes considérés comme inférieurs, il existe une magie noire et une magie blanche, etc.)  mais on sent que Rowling ne cherche pas à
aller au bout de tout cela, à proposer une véritable réflexion. D’ailleurs, à lire les romans (le premier et le début du second pour ma part), on perçoit tout de suite ce manque d’imagination/ de réflexion et les apparitions de créatures magiques ne sont que des moments d’esthétisme : on fait comme de la fantasy, mais ce n’est jamais de la fantasy.

Quelques scènes dans les différents films m’ont fait parfois espérer : lorsque le trio de personnages se retrouve dans le Londres contemporain en tant que magiciens. Mais très rapidement cette piste est elle aussi abandonnée.

HPLondres.jpg

D’ailleurs, en parlant d’utilisation esthétique de motifs de fantasy qui ne sont pas pris
en tant que tels mais uniquement pour « faire » fantasy : les films échouent lamentablement sur ce point lorsqu’il s’agit de représenter, d’imaginer des combats de magiciens. Tout ce qu’on a ce sont des sorts d’expecto, soit une sorte de télékinésie qui, sur l’écran, se traduit par un impact de balle comme dans n’importe quel film de fusillades. La puissance semble alors dépendre de celle de la baguette du sorcier. Jamais (ou beaucoup trop rarement) la connaissance de la magie, des sorts, de sa philosophie, n’est mise en avant. Là encore, la magie est secondaire dans une saga sur des magiciens ! (D’où encore une fois le manque d’importance d’Hermione alors que c’est elle en tant que prodige de la magie née Moldu qui aurait dû comprendre le plan de Voldemort.) Visuellement, comme on reste sur notre faim : les scènes de bataille pourraient se retrouver dans n’importe quel film de gangsters sans qu’on voit de différence.

Enfin, dans le même ordre d’idées, la résolution de l’opposition dramatique entre le personnage central (le héros) et l’arch-ennemi (celui qui définit donc le héros, qui lui
permet d’être un héros) est totalement ratée. Harry, en tant qu’horcrux vivant, ayant une partie de l’âme de Voldemort, ce dont témoigne sa cicatrice, n’aurait jamais dû pouvoir la retirer comme il le fait dans le dernier film. C’est beaucoup trop facile et tellement pratique. On aurait eu alors une fin tragique à dimension réellement épique correspondant au thème de la sombre destinée : Voldemort aurait proposé à Harry de le rejoindre et de régner à ses côtés sur le monde des sorciers et donc des humains qui deviendraient dominés et Harry aurait été sommé d’accepter ou de périr, la mort étant la seule solution pour vaincre Voldemort. On imagine quelle fin sublime cela aurait pu donner…

Mais non. Et de fait, avec la conclusion de la saga, on s’aperçoit à quel point Harry Potter aurait pu être une œuvre formidable mais n’est en fait que du copié-collé de différents motifs empruntés à un genre en les vidant de leur substance (ou en étant incapables d’en saisir la substance sans doute pour les producteurs hollywoodiens qui n’y voient qu’un attrape-ados/ jeunes adultes) tout en réduisant le potentiel dramatique à une résolution satisfaisante pour la moralité dominante (et, j’en suis sûr, au grand dam des fans qui ont dû être bien déçus d’autant que si on sort le couplet de l’amour plus fort que la mort, je veux bien, mais il faut peut-être se coltiner un peu à la tâche de décrire cet amour, de le faire vivre ; or le personnage de Ginny est aussi fantomatique que les parents d’Harry, autre figures de l’amour).

Harry-Potter-and-the-Deathly-Hallows-Part-2-copie-1.jpg
Bilan ? L’impression d’un gâchis face à un potentiel prometteur voire, si on est plus sévère, d’une imposture de bout en bout. Car que l’on ne me dise pas que mes attentes sont trop fortes pour de la littérature de jeunesse. On peut tout à fait mener une réflexion ambitieuse sur les thématiques abordées, sur la littérature même comme toute œuvre se doit de le faire si elle veut être considérée comme un chef d’œuvre. Rowling avait les éléments pour le faire, mais en avait-il elle le talent ? Les films, évidemment, restent un écho de cette question à laquelle j’ai ma réponse. Cependant, et je dois bien le reconnaître, force est de constater qu’avec les romans, Rowling a eu au moins un talent: celui de faire lire des pavés à de jeunes lecteurs (même si elle aurait pu en plus leur proposer une bien meilleure oeuvre). Mais rien que pour cela, là je dis: choixpeau!

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s