Fables de Bill Willingham, vol. 1 à11

https://i0.wp.com/media.dcentertainment.com/sites/default/files/book-covers/1606_400x600.jpgVous les connaissez, ce sont les héros et héroïnes des contes les plus populaires: Blanche-Neige, le Grand Méchant Loup, les Trois Petits Cochons, la Belle et la Bête, Cendrillon, le Prince Charmant, Pinocchio… Ce que vous ignoriez jusqu’à maintenant c’est que non seulement ils sont réels mais en plus ils vivent parmi nous, plus précisément dans une enclave isolée de l’Upper East Side de New York appelée Fabletown où ils se sont réfugiés depuis qu’ils ont été chassés de leur monde d’origine par les hordes sauvages d’un mystérieux conquérant qu’ils appellent l’Adversaire.

Voilà la base du comics créé par Bill Willingham, Fables, qui est un enfant de son illustre inspirateur, Sandman, tous deux édités par Vertigo. Evidemment, avec de telles prémices, je ne pouvais qu’être séduit d’autant que tout ceci rappelle furieusement  Changeling: the Dreaming et plus particulièrement le jeu de cartes Arcadia: The Wyld Hunt et King Ironheart’s Madness (le pays des fées attaqué par un ennemi mystérieux ? les fées réfugiées sur la Terre et vivant parmi les humains en se faisant passer pour tels ? les armées de l’ennemi composées de marionnettes ?), mais bon…. Et de fait, cette série a tenu ses promesses… jusqu’à un certain point.

Fables 1: Legends in Exil présente les personnages récurrents de la série sous la forme d’une classique mystery story ou whodunit?. Le Grand Méchant Loup (ou Bigby) est devenu chef de la sécurité à Fabletown depuis qu’il a appris à prendre forme humaine. Lorsque Jack (celui du haricot magique, le tueur de géants…) vient lui annoncer que Rose Rouge, la sœur de Blanche Neige, a été assassinée, Bigby mène l’enquête, ce qui nous permet de rencontrer les principaux personnages de Fabletown et de voir ce que les héros des contes sont devenus. Le Prince Charmant est toujours un séducteur mais a divorcé de Blanche Neige, de Cendrillon et de la Belle au Bois Dormant. Pinocchio est, à son grand dam, toujours un petit garçon… Barbe-Bleue est toujours aussi pervers… Quant à Blanche-Neige, elle est devenue l’adjointe du maire et c’est elle qui gère toutes les affaires de Fabletown. Cet épisode est vraiment réjouissant car il joue avec les motifs archétypaux des personnages des contes en se demandant ce qu’il arrivait après le « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… ». De plus, tous ces personnages s’ignoraient mutuellement avant que l’Adversaire ne conquiert leurs mondes d’origine et, du coup, à présent qu’ils sont obligés de cohabiter et de ne plus être les héros de leur propre histoire, se développent des antagonismes jubilatoires pour le lecteur. Un très bon début donc.

Fables 2 : Animal Farm est un clin d’œil à Orwell et se veut un pastiche de la littérature politique. Il y question d’idéologie (mais version light) lorsque Boucle d’Or mène une révolte des Fables qui ont des formes animales ou zoomorphes et qui, de ce fait, ne peuvent pas passer pour humains, ce qui les oblige à vivre cantonnés dans la Ferme située au nord de l’Etat de New York. L’épisode est souvent drôle et il permet d’en apprendre plus sur les relations tumultueuses entre Blanche-Neige et sa sœur Rose Rouge. Cela dit, on voit poindre la perception simpliste de l’histoire et de la politique de Willingham.

Fables 3 : Storybook Love rassemble plusieurs épisodes one-shot dont un sur Jack et comment il a gagné aux cartes contre la Mort pendant la guerre de Sécession. Un autre épisode voit Bigby faire face à un journaliste un peu trop curieux qui met en péril Fabletown en menaçant de révéler son existence au monde entier. Pour résoudre ce problème, Bigby utilisera les services du Prince Charmant, de Barbe-Bleue mais surtout de Briar Rose (la Belle au Bois Dormant) et de Pinocchio, chacun ayant ses talents particuliers. Charmant en profitera pour faire une nouvelle conquête et rebâtir sa fortune perdue lors de l’exil et de son divorce avec Blanche-Neige… Le principal épisode reste celui qui donne son titre au recueil : dans ce dernier, Bigby et Blanche subissent une tentative d’assassinat ourdie par Boucle d’Or (aidée par Barbe-Bleue) qui cherche à se venger de son fiasco lors des évènements d’Animal Farm. Au cours de ces mésaventures au Canada, Blanche et Bigby se découvriront des affinités… Storybook Love est illustré par Mark Buckingham qui est le dessinateur attitré de la série. Heureusement, car le dernier one-shot illustré par un autre dessinateur qui referme ce volume et raconte une anecdote sur les habitants de Smalltown (exilés de Lilliput) est hideux. Ce volume 3 est toujours aussi appréciable : on continue d’en apprendre sur les différents personnages et l’intrigue commencée dans le volume 2 se poursuit de manière intéressante.

Avec le volume suivant, Fables 4 : March Of The Wooden Soldiers, l’intrigue revient sur la lutte entre les habitants exilés de Fabletown et le mystérieux Adversaire. Le volume s’ouvre sur un épisode racontant comment, lors de leur retraite des Homelands, Boy Blue et le Prince Charmant (entre autres) ont participé à la défense du Dernier Château, ainsi nommé car il fut le dernier à tomber devant les armées d’invasion de l’Adversaire et comment Boy Blue y a perdu son amour, le Petit Chaperon Rouge. Puis l’histoire revient à Fabletown où les évènements s’enchaînent : Charmant mène une campagne électorale pour ravir lehttps://i1.wp.com/media.dcentertainment.com/sites/default/files/book-covers/2361_400x600.jpg titre de maire de Fabletown à King Cole, Blanche poursuit sa grossesse, et une réfugiée des mondes d’origine arrive soudainement, n’étant autre que le Petit Chaperon Rouge… mais étrangement, elle semble n’avoir aucun souvenir de Boy Blue. Bigby nourrit des soupçons sur cette réfugiée arrivée par miracle… ce qui permet aux habitants de Fabletown de se rendre compte qu’il s’agit d’une tentative d’invasion menée par un séide de l’Adversaire, la terrible et redoutée Baba Yaga qui dirige des légions de soldats de bois. Le volume se termine par une bataille épique dans les rues de New York entre l’armée des soldats de bois et les Fables défendant leur territoire. Un volume prenant qui tient par la force de son intrigue : la question de l’identité de l’Adversaire demeure et cette question prend de plus en plus d’importance.

Fables 5 : The Mean Seasons rassemble à nouveau plusieurs one-shots : Cinderella Libertine révèle que Cendrillon n’est pas devenue qu’une petite marchande de chaussures frivole et superficielle mais est en réalité une espionne travaillant pour Bigby et démasquant les traitres qui travaillent pour l’Adversaire comme Ichabod Crane lors d’une mission à Paris ; Dog Company suit Bigby pendant la Seconde Guerre mondiale lorsqu’il accomplit une mission avec l’aide d’une poignée de GIs contre le Dr. Frankenstein qui travaillait pour le compte des nazis. Puis on retourne à l’intrigue principale : Charmant est élu sur la base de sa promesse électorale (fournir à tous les résidents de la Ferme qui en font la demande un enchantement leur permettant de vivre parmi les hommes), Blanche-Neige accouche de sa nombreuse progéniture lupine. Elle doit donc partir pour la Ferme pour y élever ses enfants, le seul endroit où il est formellement interdit d’aller pour Bigby qui décide donc de s’exiler. Charmant remplace Bigby par la Bête en tant que chef de la sécurité de Fabletown et Blanche par la Belle en tant qu’adjointe au maire. Enfin, le père de Bigby, le Vent du Nord, débarque à la ferme pour rencontrer ses petits-enfants dont un que même ses parents ne connaissaient pas.

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Ce volume est moins bon pour deux raisons : la première est que la retombée du volume 4 est assez brutale ; la seconde tient au fait que les premières facilités d’écriture commencent à apparaître. D’ailleurs, Willingham introduit dans ce volume une idée qui ne cesse de m’irriter, à savoir que l’Adversaire fait détruire toutes les portes menant au monde humain car il en a peur. Peur d’une attaque venant de ce monde qui aurait le bénéfice de la technologie moderne. L’un des soldats de bois interrogé le dit : aucun dragon ne peut tenir tête à un avion de combat et la technologie ruinerait le fragile status quo qui règne dans les mondes d’origine où la magie est la forme de puissance. Alors certes, pourquoi pas, mais décidant cela, Willingham déséquilibre totalement son univers et le rend moins crédible. Souvent, dans les univers de fantaisie urbaine dans lesquels la Terre n’est qu’un monde parmi d’autres, on apprend que la technologie moderne est impossible à utiliser dans les autres mondes où la magie règne : elle ne peut y fonctionner ou encore elle se transforme au niveau technologique que le consensus du monde en question tient pour normal.

Fables 6 : Homelands renoue avec l’intrigue principale. Le premier épisode, Jack Be Nimble, raconte comment Jack s’enfuit de Fabletown pour se lancer dans la carrière de producteur hollywoodien et créer ainsi trois blockbusters tirés de ses propres aventures pour devenir le Fable le plus puissant, étant donné que la puissance des Fables provient de leur popularité chez les mundies (c’est-à-dire les humains). Bien sûr, comme toutes les arnaques de Jack, celle-ci aussi se termine mal… Et Jack quitte la série pour évoluer à part dans une série dérivée dont je parlerai un jour prochain. Vient ensuite l’épisode Homelands, qui donne son titre au volume : Blue Boy décide de partir dans les mondes d’origine pour retrouver ce qu’il est advenu du véritable Petit Chaperon Rouge, armé de la cape enchantée  (witching cloak) qu’il avait reçu lors de la chute du Dernier Château, et de l’invincible épée Vorpal. Taillant son chemin à coup d’épée, il parvient jusqu’à la capitale impériale où il déjoue la vigilance des gardes et même de la Reine des Neiges, la sorcière attitrée de l’Empereur, pour enfin se trouver nez à nez avec l’Empereur, ce qui lui permettra de découvrir l’identité réelle de l’Adversaire…

Episode épique à plus d’un titre, son intrigue est évidemment prenante mais sa narration souffre de plusieurs défauts : le recours aux objets magiques ultra-puissants est toujours pénible mais à la limite Willingham s’en sort plutôt bien avec les deux artefacts qu’utilise Boy Blue car cela permet au lecteur de découvrir les mondes d’origine à présent qu’ils sont régentés par l’Adversaire. Cependant, Boy Blue massacre des légendes vraiment trop facilement et la rencontre avec l’Empereur est une vraie déception tant elle est facile (anti-climactic dirait-on en anglais). Et puis la confrontation entre Boy Blue et l’Adversaire (non, non, je ne dévoilerai pas qui c’est) souffre du défaut majeur : « ah-ah mais j’avais tout prévu » opposé au « ah-ah-AH ! j’avais encore plus mieux prévu que toi » ce qui est irritant.

https://i0.wp.com/images.fanpop.com/images/image_uploads/Fables--7-comic-books-48937_400_600.jpgLe volume suivant, Fables 7 : Arabian Nights (And Days) voit la confrontation entre les Fables européens de Fabletown et les Fables arabo-musulmans de Bagdad venus en délégation sous la conduite de Sinbad puisqu’on a appris dans Homelands que l’Adversaire, après avoir fini de conquérir la centaine de royaumes européens, tournait ses regards vers les mondes arabes. Mais entre incompréhension mutuelle et quiproquos, les Fables européens et arabes ont du mal à s’entendre, d’autant plus que le conseiller de leur ambassadeur, Yusuf, est un sorcier qui possède un djinn, l’une des créatures magiques les plus puissantes de la Création, qu’il compte utiliser au service de sa soif de pouvoir personnel… Pour corser le tout, les Fables sont mécontents de leur nouveau maire, le Prince Charmant qui ne tient pas ses promesses, et reste toujours le même séducteur impénitent. La Bête a donc fort à faire pour empêcher le perfide Yusuf de relâcher une créature qui pourrait tout détruire et ce qui constituerait un acte de guerre entre les Fables européens et arabes…

Cet épisode est vraiment pénible : je veux bien croire que les Fables, en tant que personnages de contes, sont les incarnations des stéréotypes de leurs cultures respectives, mais là c’est le pompon : les Fables européens sont libéraux tandis que les Arabes sont rétrogrades, esclavagistes et surtout arriérés. Evidemment, Sinbad est noble mais son conseiller est perfide. Le « culture clash » qui est illustré dans cet épisode semble tout droit sorti de Samuel Huntington et de son Clash of Civilizations. On apprend à la fin de l’épisode que les Fables arabes ont toujours accès aux mondes d’origine (à ceux qui correspondent aux contes arabes qui continuent de résister contre l’Adversaire) depuis Bagdad où une porte subsiste. Le volume se termine sur un épisode one-shot, The Ballad of Rodney and June, racontant comment deux marionnettes de bois sont devenus des êtres de chair et ont été envoyés dans le monde humain pour espionner Fabletown. Ce one-shot final est intéressant, car on y découvre mieux comment fonctionne l’Empire de l’Adversaire et surtout qui sont les soldats de bois, les troupes d’élite de l’Empire.

Le volume Fables 8 : Wolves raconte comment Mowgli, sur ordre du Prince Charmant, part à la recherche de Bigby qui a disparu après avoir appris qu’il ne pouvait suivre Blanche-Neige et ses enfants à la Ferme. Mowgli le piste jusque dans sa retraite et le convainc de revenir pour mener une mission commando dans les territoires de l’Empire. Celle-ci, qui a pour nom de code « Opération Israël », consiste à aller tuer la Fée Bleue maintenue en captivité par l’Adversaire et détruire le Bois sacré à partir duquel Pinocchio et les autres soldats de bois ont été fabriqués. Pour ce faire, Bigby passe par le royaume des nuages en grimpant un haricot magique qui l’y emmène et d’où il redescend vers les royaumes magiques conquis par l’Adversaire. Ayant réussi sa mission, Bigby gagne le droit de vivre dans un terrain non loin de la Ferme avec Blanche-Neige et ses enfants. Réunis, Blanche-Neige et Bigby se marient.

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Si la narration est toujours plaisante, les analogies avec les valeurs américaines commencent à me peser sérieusement. La référence pro-israélienne (Bigby explique à l’Adversaire qu’il est un « big fan » de leur politique) et la célébration des valeurs les plus conservatrices deviennent lourdingues. Autant je peux concevoir que les Fables sont des traditionalistes-conservateurs dans l’âme (après tout, ils sont âgés de plusieurs centaines d’années voire davantage et ils incarnent ces valeurs) autant j’estime qu’il est du devoir d’un auteur qui utilise ces personnages et ces thèmes de savoir manier le détachement ironique et de ne pas nous vendre son comics comme un modèle de vie. Le volume se termine sur un épisode dans lequel Cendrillon est envoyée en mission diplomatique au royaume des nuages afin de sceller une alliance avec les géants qui y vivent.

Dans Fables 9 : Sons of Empire, l’intrigue se déplace à nouveau chez l’Adversaire. Après le terrible coup qu’il a reçu https://i2.wp.com/media.dcentertainment.com/sites/default/files/book-covers/7374_400x600.jpgen perdant le Bois sacré, l’Adversaire réunit son conseil de guerre pour discuter d’un plan de contre-attaque pour éradiquer le monde humain. Pinocchio et Rodney, le soldat de bois envoyé en espion, font partie du conseil, ainsi que Lumi, la Reine des neiges, le Roi Nome (de la série de romans issu du Magicien d’Oz) devenu le souverain d’Oz, et Hansel (celui de Hansel et Gretel) devenu le Grand Inquisiteur général de l’Empire. Pendant que le conseil de guerre discute, plusieurs mini-épisodes font progresser l’intrigue sur Terre. Hansel est envoyé à Fabletown pour y être l’ambassadeur officiel de l’Empire. Le volume se termine par un épisode dans lequel Blanche-Neige, Bigby et leurs enfants vont chez leur grand-père, Vent du Nord, dans les mondes d’origine, où Bigby confronte son père et surtout ses frères. Enfin, quelques planches sont dédiées aux questions posées par des lecteurs auxquels Willigham a apporté une réponse illustrée par différents dessinateurs. Un volume vraiment faible : la narration se perd en circonvolutions en introduisant de nombreuses accroches dont on sent qu’elles seront utilisées plus tard.

Le volume suivant, Fables 10 : The Good Prince renoue avec une narration épique. Le personnage principal est Flycatcher (Gobe-mouches) qui n’est autre que le Roi-Grenouille qui n’a pas su défendre son royaume, sa reine et ses enfants lorsque les armées de l’Adversaire ont envahi son royaume car il s’est retransformé en grenouille sous le coup de la peur. Dans le volume précédent, Flycatcher, sous le coup de l’émotion provoquée par son attirance pour le Petit Chaperon rouge s’enfuyait en murmurant « je ne suis pas infidèle » et se transformait en grenouille. Un peu plus tard, lors de la nuit de Noël, le Père Noël lui-même lui offrait comme cadeau quelques secondes avec son ancienne épouse, la reine, ou plutôt son fantôme qui lui donnait un baiser, le faisant redevenir humain et surtout lui faisant se souvenir des horribles évènements qui avaient conduit à son exil sur le monde humain. Dégoûté, Ambrose (car c’était autrefois son nom) se morfond devant sa lâcheté jusqu’à ce que le fantôme de Lancelot, lié à l’armure rouillé conservée dans la salle au trésor de Fabletown vienne l’en sortir et le guide vers la rédemption dans une quête épique.

La complexité du pitch montre déjà à quel point l’histoire est tirée par les cheveux. Et puis surtout le nombre de deus ex machina devient ridiculement élevé : Lancelot ? Puis Excalibur ?  Les mânes des personnages qui ont été jetés dans le puits enchanté (witching well) ? Du coup, le voilà à la tête d’une armée de revenants à la Aragorn ? Et voilà tous les personnages disparus (Shere Khan, Barbe-Bleu, Weyland Smith, Trusty John…) de retour ? En termes de narration, cela s’appelle casser son propre monde en utilisant des motifs narratifs qui décrédibilisent tout le décor mis en place jusqu’alors. On suit alors un Ambroise qui semble invulnérable, remporte tous les défis qui lui sont soumis (d’un combat contre un troll géant à un combat de masse contre les armées de l’Empereur) et ce en expliquant qu’il avait tout compris, tout prévu. Le résultat ? C’est pénible. Ambrose fonde un royaume imprenable par l’Adversaire et immunisé contre toute autre forme de magie que la sienne grâce à la magie de son armure et de son épée. Et zou !Voilà également Ambrose qui neutralise définitivement l’armée des soldats de bois jusqu’alors invincible. Deus ex machina, vous avais-je dit. Pffff !

https://lesboggans.files.wordpress.com/2011/08/d967c-fables2b112b-2bwar2band2bpieces.jpg?w=239&h=359Le volume Fables 11 : War and Pieces termine l’arc narratif commencé depuis le premier volume. La guerre totale entre l’Adversaire et Fabletown arrive à son terme. Tandis que Pinocchio trahit l’Empire et rejoint Fabletown grâce à l’aide de la super-espionne Cendrillon, que les Fables bombardent toutes les portes de l’Empire depuis leur nef volante pour l’isoler et descendent les dragons envoyés les intercepter à coups de snipers, que Bigby et sa troupe protègent l’accès aux haricots magiques afin d’empêcher l’Adversaire de rejoindre le royaume des nuages et donc de contre-attaquer, que la Belle au Bois Dormant se pique le doigt au milieu de la capitale impériale pour endormir les habitants de celle-ci, et que même si la nef volante est finalement détruite, Sinbad et le Prince Charmant parviennent à détruire la dernière porte afin d’isoler à jamais l’Empire, Charmant se sacrifiant pour y parvenir – tandis que tous ces évènements ont lieu sous nos yeux au fil des pages, le lecteur s’ennuie, s’irrite, s’agace devant une narration toujours efficace mais qui a perdu toute crédibilité. Voilà comment se termine l’intrigue qui avait conduit le comics jusqu’alors : là encore de manière totalement décevante.

Fables continue et je continue de le lire car malgré tous ces défauts il garde trois attraits : 1) les personnages issus des contes, 2) un sens de la narration indiscutable et 3) des couvertures qui sont d’une beauté spectaculaire (comme vous avez pu le voir), la plupart signées James Jean. Mais ce ton grandiloquent baigné d’autosatisfaction pour parler de valeurs de notre société m’irrite au plus haut point et cette manière de solder l’intrigue avec tant de facilité me navre. En d’autres termes si Willingham a eu une très bonne idée de départ et sait comment raconter une histoire, je n’aime pas l’histoire qu’il choisit de raconter. C’est pourquoi l’inversion de thèmes narratifs (on passe de l’incursion du magique dans notre monde à l’incursion de la technologie de notre monde dans le monde magique) qui aurait pu être grandiose me laisse seulement un goût amer devant la promotion des valeurs conservatrices américaines et la guerre « préventive ». J’espère, mais je n’y crois guère, que cela va changer et que Willingham va renouer avec l’excellence des deux premiers volumes en oubliant ses opinions politiques et en retrouvant l’esprit de la magie des contes.

Cet esprit n’était nulle part aussi présent que dans le hors-série, Fables: 1001 Nights Of Snowfall qui mélangeait planches de BD avec histoires écrites en prose, le tout illustré par une pléthore de dessinateurs dont certains de très haute réputation (Charles Vess, John Bolton…) et/ ou de talent (l’histoire « A Frog’s-Eye View » est magnifiquement illustrée, de manière très féerique, par James Jean, cf. ci-contre et ci-dessous). Incontestablement, ce volume était le meilleur de la série et j’aimerais que tout le reste soit dans cette veine : une vraie utilisation des motifs des contes avec une nouvelle approche qui leur ajoute une touche encore un peu plus épicée.

A noter qu’une série télévisée qui me semble fortement inspirée de Fables s’apprête à être diffusée aux Etats-Unis à la rentrée. Cela s’appelle Once Upon A Time et la bande-annonce nous dit que c’est écrit par les auteurs de Lost. Et là, on a vraiment peur. Parce qu’en plus, eux, contrairement à Willingham, ne savent pas raconter une histoire.

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