Prometheus de Ridley Scott

https://i1.wp.com/filmgeek.fr/wp-content/uploads/2012/05/prometheus-aff-375x500.jpgJe l’attendais. Oh, comme je l’attendais.

Depuis son annonce, ce film me faisait rêver. J’ai été fasciné depuis la première fois que j’ai vu le premier Alien par cette image fabuleuse de cet extra-terrestre géant, assis sur son fauteuil qui était une sorte de trône, qui avait la cage thoracique explosé de l’intérieur. Cette seule image était porteuse de promesses d’histoires non-racontées, peuplées de géants auriges stellaires ayant connu un tragique destin, laissant l’imagination débridée inventer des histoires qui pourraient expliquer l’origine des aliens.

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Et puis Ridley Scott a annoncé qu’il avait décidé de raconter cette histoire. Alors évidemment j’ai suivi les nouvelles distillées par le marketing du film avec avidité, croyant en la capacité de Scott de livrer un bon film. J’ai ironisé sur son choix du scénariste principal, Damon « HoLOSTcaus(e)t » Lindeloff. Mais lorsque cette bande-annonce est sortie, je me suis dit que c’était encore prometteur.

La vidéo sur David, l’androïde, laissait également entendre que l’on renouait avec le meilleur de mythologie de la saga Alien, à savoir le rôle de l’androïde Bishop et le rôle de la Weyland Corporation qui était derrière les premiers films.

Hier, donc, nous sommes allés voir Prometheus.

Et le plus grand problème est bel et bien le scénario (et donc le scénariste). En fait, je crois que je développe une véritable sympathie pour Lindeloff tant il me donne du grain à moudre. Mais voilà, ce type est ultra prévisible. Il a donc fallu qu’il case sa référence obligée à la Shoah, de manière encore plus tirée par les cheveux, plus appuyée et donc plus indécente, que dans Cowboys & Aliens (ce qui constitue un exploit en soi). Annette Wiewiorcka, même si elle ne faisait pas référence à ce genre d’entreprises, avait bien raison de parler de « logique marketing de la Shoah ».

Cela pourrait rester vaguement amusant, si le pathétique fait rire, mais en fait je crois bien que c’est le noeud du problème qui fait que Prometheus est globalement raté. Je m’explique.

Le film part d’une idée classique de la SF qui fait des hommes les « enfants des dieux », c’est-à-dire d’une race extra-terrestre supérieurement évoluée, ce qui d’ailleurs a suscité des publications rigolotes dans les années 1960 et dont Lindelof s’est inspiré selon son propre aveu. Ce filon a déjà été de nombreuses fois exploité, notamment en série télé par les X-Files. Jusque là, je n’ai rien contre. C’est la base de cet excellent JDR qu’est Fading Suns. Le film commence par une scène sans dialogue aux paysages islandais filmés de manière très belle par Scott. Cette scène nous montre, uniquement par le pouvoir de l’image, cette théorie. On se prend à y croire.

Et puis arrive le coeur du film: l’exploration de la planète qui est la destination du voyage du Prometheus. Chaque film de la saga Alien correspondait à un genre : le premier était le huis-clos horrifique, le second film était le genre militaire face à une menace inconnue, le troisième un film de prison paranoïaque et le quatrième une bouse à blagounettes. (On me dit que le quatrième genre cité n’en est pas vraiment un, au temps pour moi…) Ici, c’est un film d’exploration de SF sur une planète inconnue, genre ultra-classique mais qui fonctionne à chaque fois, un genre développé par des auteurs comme Edgar Rice et Jack Vance. Lindelof fait donc appel aux recettes de ce genre, notamment une que j’aime beaucoup : les images holographiques qui nous racontent ce que les prédécesseurs ont vécu sur ces lieux inconnus.

Oui, mais voilà, ce que nous disent ces images et ce que nous disent les images du début est en contradiction. Le film s’ouvre sur un être qui avale un liquide noir avant de tomber dans une rivière et de s’y dissoudre, laissant échapper un liquide noir qui, comprend-t-on, donne naissance à la vie et, in fine, à l’humanité (on voit des images de l’ADN humain). Le spectateur se dit alors : voilà donc cette race qui a créé l’humanité.

Tout le film développe ensuite un propos selon lequel cette race supérieure regretterait son acte et chercherait à détruire l’humanité. L’exploration de la planète inconnue nous donne à voir des images qui laissent entendre que tout ceci n’est qu’un piège préparé dans ce but exterminateur (et évidemment, les personnages font s’ingénier à déjouer ce piège et donc sauver l’humanité). Ainsi, ce n’est que lorsque les humains pénètrent dans la salle au visage géant que les « oeufs » biomécaniques des proto-aliens réagissent, comme s’ils étaient activés par leur présence, se mettant à suinter le même liquide noir que le géant du début avait bu. Nous comprenons que les aliens sont créés à partir d’une soupe génétique d’où est sortie également l’humanité. Comme le dit l’androïde, « il faut parfois détruire pour créer » (ou un aphorisme clichetonneux du genre). Cela laisse également supposer que les géants ont créé l’arme qui détruirait l’humanité à partir de la même origine, laissant les humains venir à leur perte par le biais même de leur intelligence qui a permis le développement des vaisseaux et des androïdes, intelligence prométhéenne incarnée par la Weyland Corporation. Jusque là, ça se tient.

Un peu plus tard, Idris Elba vient trouver la scientifique (qui vient de subir une opération pour se faire retirer un alien du bide sans anesthésie mais qui s’apprête aussitôt à refaire une sortie extérieure, hop, hop, hop!) pour lui dire que poutrer une sorte de zombie lui a fait comprendre que cette planète est une colonie militaire, un laboratoire de fabrication d’armes de destruction massive qui « ont pété à la gueule de leurs créateurs ». (Car oui, cramer un zombie provoque des flashs d’intuition géniales, vous ne saviez pas ?) Tout ceci nous est finalement confirmé par les images holographiques où l’on voit les géants fuir quelque chose. Visiblement, un événement imprévu est arrivé et les géants en ont pâti. Ceci est à nouveau confirmé par les images de cadavres de géants entassés devant une porte fermée « comme une représentation de l’Holocauste », nous précise même un personnage, au cas où on aurait pas compris (merci Damon).

Oui mais… quelques scènes plus loin, David découvre d’autres images holographiques où l’on voit d’autres géants se préparer à faire décoller leur vaisseau (ok, ils cherchent à fuir), mais finalement non, ils se mettent en cryogénisation.

Et là, on ne comprend plus rien.

Je récapitule : les géants créent l’humanité mais finalement regrettent. Ou alors, pour être fidèle au mythe de Prométhée on peut penser que c’est un géant rebelle voire une faction entière (puisqu’on voit un vaisseau qui le dépose avant de repartir au début du film) qui est à l’origine de l’homme. Donc les autres géants décident d’exterminer cette race humaine de parvenus. Soit. Ils fabriquent un piège biologique. OK. Ils visitent les humains et leur montrent une carte stellaire pour qu’un jour ils tombent dans le piège. D’accord. Mais le piège se retourne contre eux et le liquide créé des aliens, en tuant certains parmi eux. OK. Et… ils décident de se mettre en cryogénisation.

Gné ?

Lorsque tu fuis un péril, c’est logique de se cryogéniser. Ca permet de voir venir. Bon et puis c’est quoi cette symbolique pourrie : si les humains sont la race qui va être exterminée, pourquoi associer à la race des bourreaux les images de la Shoah? Lindelof, fais un effort, soit cohérent.

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Toi aussi fight un zombi, tu verra : tu comprendras les secrets de l’univers.

Pourquoi m’attardé-je là-dessus alors que c’est pas le principal, me direz-vous ? Et bien parce que cette incohérence vient polluer tout le film. De fait, ce film qui aurait dû être un récit d’exploration avec une chute métaphysique à la Solaris se transforme en un film d’aller-retours intempestifs entre le vaisseau et la pyramide-laboratoire et Scott échoue totalement à installer une ambiance, cette ambiance pesante, de crainte, de vertige qu’une exploration de ce type devrait engendrer. Du coup, les multiples intrigues secondaires paraissent pénibles (Charlize Theron et la véritable raison de sa présence en tant que chef de l’expédition ; David et la véritable raison de sa présence) et à aucun moment les personnages ne vivent pour eux-mêmes. Ils ne sont que des prétextes, des stéréotypes au service de l’intrigue — foireuse donc — du film. En d’autres termes, Lindelof, à l’instar de la très grande majeure partie des scénaristes hollywoodiens actuels, à force de ne raisonner qu’en terme d’histoire à raconter (storytelling) en oublie que pour raconter une bonne histoire, il faut de bons personnages et que les personnages ont besoin d’être caractérisés lors de scènes qui n’ont pas forcément pour fonction de faire avancer la dite histoire. Les seules tentatives de caractérisation sont par ailleurs pitoyables: ainsi la scientifique héroïne ne peut avoir d’enfants comme ça Lindelof pourra la mettre enceinte d’un foetus alien et la faire opérer de manière dégueulasse (où l’on retrouve la deuxième obsession de Lindelof, la maternité et ses problèmes…  et si on l’associe à la première c’est pas joli, joli).

Et puis en plus le film ne raccorde même pas avec l’image du premier Alien du « space jockey ». Du coup, ça nous promet une suite, et on voit que tout ceci n’était qu’un prétexte pour relancer une franchise. Et voilà le syndrome Lost (« on lance plein d’hameçons pour vous accrocher mais on ne résout jamais nos intrigues ») qui revient.

Bilan : le film avait tout pour être un superbe divertissement issue de la science-fiction la plus réussie, celle qui vous donne un vertige métaphysique. Au lieu de cela, Scott a filmé un vague film d’aventures spatiales avec un propos abscons car noyé dans un scénario incohérent. Moralité : Scott, t’es vraiment nul. Pourquoi as-tu engagé le scénariste de Lilledelost?

« Vous allez vous aimer les uns les autres, bordel de merde ? »

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