Twixt de Francis Ford Coppola

https://lesboggans.files.wordpress.com/2012/07/f0f33-twixt-affiche.jpg?w=186&h=253Depuis quelques années, Coppola est dans une crise créatrice et a totalement rompu avec ce qu’il faisait précédemment (les Parrains, Apocalypse Now, etc.) pour se poser des questions essentielles sur ce qu’est le cinéma, sur le processus de création, sur la vie elle-même et, visiblement, sur son rôle de père.

Après Youth Without Youth (« L’Homme sans âge« ) et son ambiance Mittleuropa, Tetro et son ambiance opéra dramatique et baroque sud-américain (autant d’adjectifs qui sont des pléonasmes), Coppola livre à présent un polar mélodramatique et psychologique mâtiné de film noir gothique et baroque.

Baltimore (Val Kilmer) est un écrivain de seconde zone qui débarque dans une petite ville paumée des Etats-Unis pour une séance de dédicace à la « librairie »-épicerie-droguerie du coin. Il est alors embridagé par le sherif local qui veut s’associer à lui pour écrire un roman prenant pour base le dernier meurtre d’une jeune adolescente inconnue tuée par un épieu en bois empallé dans son coeur. Empêtré dans des problèmes de dettes, Baltimore accepte, commençant son enquête sur cette ville. Cette enquête se fera principalement dans ses rêves qui le conduisent vers le vieil hôtel abandonné en lisière de la ville et qui a reçu la visite de Poe au XIXe siècle et a été également le théâtre du meurtre d’orphelins. C’est là qu’il rencontre V., une sorte de présence fantômatique (Elle Fanning) et Poe lui-même qui joue le rôle de son guide des rêves… Ensemble, ils vont exporer les mystères de cette ville et fouiller les parties sombres de son inconscient, celles qui l’empêchent d’écrire, qui le maintiennent dans sa dépendance à l’alcool…

Alors oui, soyons honnête, ce film est foutraque, mal ficelé, parfois les images sont presque criardes tant elles sont hyper stylisées dans leur recherche des tons gris d’un noir-et-blanc « arty » contrastant avec le rouge baroque du sang. Le jeu des acteurs oscille entre le très émouvant et le ridicule (Val Kilmer rate plusieurs scènes et aurait pu mieux faire). Elle Fanning est touchante de grâce mais ne joue pas vraiment… Tout ça donne à ce film un côté déglingué, raté, toujours à la frontière entre le génie artistique et le ridicule total.

Mais je ne condamnerais pas cette entreprise parce qu’elle a le mérite d’exister, parce qu’elle est le produit d’une recherche par un auteur déboussolé qui faisait partie de la clique qui a « révolutionné » le cinéma hollywoodien dans les années 1970 (avec Spielberg et Lucas). Mais parmi ceux-là, Coppola est le seul qui n’a pas vendu son intégrité artistique (oui je sors les grands mots) et n’a pas vendu sa création à la pub (faisant des Indiana Jones IV qui détruisent le personnage ou refaisant le même film 20 fois en rajoutant des effets digitaux soi-disant différents à chaque fois… hum… reprenons). Coppola a décidé de revenir aux sources du cinéma, de la narration, du drame (le XIXe siècle, la poésie, le roman, l’opéra), explorant des thèmes, ressassant ses obsessions, interrogeant son rôle d’artiste. Pour toutes ces raisons, et parce que le film a cet aspect onirique qui lorgne sur Twin Peaks (avec la même gestion, mais moins maîtrisée ici et puis pour le côté biker-goth-chevalier blanc…) , Twixt est une oeuvre hybride, quelque peu ratée, mais personnelle et donc touchante et méritant d’être vue pour qui aime Coppola et son univers.

https://lesboggans.files.wordpress.com/2012/07/c9e31-twixt_kilmer.jpg?w=445&h=238

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