Les Cinq légendes de Peter Ramsey

Alors que le Père Noël prépare déjà les cadeaux pour la prochaine fête, il est contacté par l’homme de la Lune. Ce dernier lui apprend que Croque-Mitaine prépare une attaque sur les enfants de la terre dans le but de mettre fin aux croyances et de les faire cauchemarder. Les gardiens doivent se tenir prêts à intervenir, mais il leur faut de l’aide. L’homme de la Lune révèle alors l’identité d’un cinquième gardien, qui viendra se joindre aux quatre existants (Père Noël, la fée des dents, le marchands de sable et le lapin de Pâques). Ce cinquième gardien n’est autre que Jack Frost, un personnage qui ne semble pas convenir aux missions des gardiens, car Jack Frost ne pense qu’à jouer en solitaire.

Un film qui ravit les enfants, tant il est vrai que l’animation est belle et attrayante. Pour les adultes que nous sommes, le film est charmant mais manque de subtilité. On est clairement dans le fantasme américain des fêtes, avec une vision uniquement positive de ces fêtes, sans apporter la moindre nuance sur ce qu’elles sont devenues à présent : des événements commerciaux. On aurait pu i

maginer le croque-mitaine s’adressant au Père Noël en lui demandant si les enfants croyaient vraiment en lui ou si leur motivation ne tenait qu’à la grosseur de leur cadeau (notamment par rapport à la thématique intéressante de Frost qui se plaint que les enfants ne le voient pas). Certes, avec ce genre de phrase, le film ne serait pas en tête du box-office. La croyance est présentée comme quelque chose de réelle, les enfants doivent voir le Père Noël ou le lapin de Pâques pour y croire, ce qui est, je m’excuse, l’anti-thèse même des croyances enfantines. Mais bon.  J’ai particulièrement aimé le passage sur le Moyen Age, présenté comme un âge sombre, avant que le Père Noël et les autres gardiens ne viennent éclairer ce monde. C’te bonne blague : les croyances actuelles (Père Noël, Lapin de Pâques) sont nées au XIXe siècle ! J’aurai également aimé un propos moins manichéen sur les rêves, en laissant par exemple une place plus ambivalente au Croque-Mitaine, qui, il faut le rappeler, avait sa place aux côtés de St-Nicolas, avant que le bouffi tout rouge ne prenne tout sur sa hotte. Les cauchemars sont le pendant naturel des rêves et le film aurait pu aborder ce thème, même un tout petit peu. Mais non, le marchand de sable gagne et les cauchemars disparaissent de la planète, tout est bien qui finit bien. Je me demandais en sortant à partir de quel âge, les enfants peuvent comprendre ce qu’est une croyance. Pas si elle est vrai ou fausse, mais comprendre que le fait même que les humains y croient, rend la croyance réelle. Pour finir, j’ai trouvé le film un peu longuet et sans surprise dans l’enchaînement des événements.

— LN

Même dépit que H. Le film repose sur des bases prometteuses mais souffre de plusieurs défauts qui le rendent très banal. H. a déjà souligné le propos manichéen sur les cauchemars qui sont vus comme le Mal et leur rôle n’est absolument pas ambigu, ce qui est gênant. Le Croquemitaine en perd en intérêt et ne représente donc que le méchant de cette histoire simpliste. Elle a également mis en avant le traitement historique totalement irréfléchi et du coup énervant : Noël, Pâques ou la fée des dents (la petite souris anglo-saxonne) comme fêtes médiévales? C’est un aspect gênant car si les scénaristes avaient fait un peu leurs recherches, ils sauraient que Noël, dans sa forme actuelle, ainsi que Pâques sont des créations de la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu’à la première moitié du XXe siècle. En d’autres termes, ce sont des fêtes bourgeoises, liées à la nouvelle place — centrale — de l’enfant dans la société industrielle (et donc à la baisse de la mortalité infantile) et liées également à l’augmentation du confort et de la consommation. D’où la prédominance de l’aspect consumériste qui caractérise ces fêtes aujourd’hui. La fée des dents est également une création de la société victorienne. Quant au marchand de sable, qu’il soit Pépé Poussière, Nukku Matti ou Ole Ferme-Oeil, sa définition actuelle date du début du XIXe siècle (même si évidemment, comme tous ces personnages, ses racines plongent bien plus loin, mais il est très délicat d’en faire la généalogie).

Pourquoi faire ces rappels ? Parce qu’en ne s’interrogeant pas là-dessus, en esquivant cette question, les auteurs du film ont négligé la véritable place de ces fêtes dans notre culture. Ils ont préféré une version courante, ordinaire et un peu mièvre du folklore sur ces fêtes et une vision là aussi mièvre de la croyance enfantine envers les personnages associés à ces fêtes, ce qui correspond à la vision occidentale actuelle (un peu mièvre également) de l’enfant comme élément central de la société et synonyme d’innocence et d’aptitude à la croyance. Mais là où Peter Pan et son propos subversif laisse la place à la mièvrerie c’est lorsque l’enfance et les fêtes qui lui sont associées ne semblent ne laisser aucune place à la peur, au cauchemar.

Du coup, tout l’intérêt d’un dessin animé traitant de ce thème s’évanouit pour laisser la place à un récit alambiqué, décalque prévisible de l’odyssée du héros (dans toutes ses étapes, avec les passages obligés, véritable topoi attendus comme la scène de rejet et de solitude, la tentation, l’erreur par mégarde, le bannissement, le retour en grâce, etc, etc. ad nauseam), mélangé avec une sorte de regard global très actuel sur l’universalité (quelle blague !) de ces fêtes sans jamais s’interroger sur ce qu’elles sont vraiment, le tout avec un rythme effréné mais qui relève plus de l’agitation que d’une véritable dynamique narrative.

Je suis sévère, car, en fait, avec sa scène d’ouverture très bien réussie, la présence diffuse, mystérieuse et quasi-divine de « l’homme de la Lune » et quelques éléments narratifs très bien vus (là encore, les cauche-mares sont très, très bien, les elfes du Père Noël sont très bons aussi, on les imagine tout à fait si le Croquemitaine avait gagné dans le clip ci-dessous, énervés et devenus vraiment mééééchants), le film avait un potentiel formidable et littéralement merveilleux.

Je me (com)plais à rêver (comme je le fais de plus en plus) de ce qu’il aurait pu être, avec des scènes montrant comment les fêtes se sont imposées au XIXe siècle (dans une esthétique, pourquoi pas, victorienne-steampunk qui sied bien au Père Noël), comment elles correspondent à une vision matérialiste, consumériste, victorienne, bourgeoise de ce qu’elles étaient avant, comment elles ont éclipsé le Croquemitaine car dans une telle société les enfants n’ont plus peur (mais que font les sluagh ?) et comment celui-ci reviendrait afin de rappeler au Père Noël, à la fée des dents, au lapin de Pâques ou au marchand de sable que sans lui, leur fête, les croyances qui leur sont associées, ne signifient plus rien et ne sont plus qu’une célébration du matérialisme synonyme donc de fin des croyances elles-mêmes ! (Ce qui expliquerait son retour, soit dit en passant…) On remarque que dans cette optique, plus besoin de Jack Frost qui me parait être amené au sein des autres légendes de manière totalement artificielle et le véritable héros serait le Croquemitaine… Voilà qui aurait pu être fait par un Tim Burton au temps où il faisait encore de vrais films et pas des gâchis invoyables avec des classiques de la littérature de l’imaginaire…

Cela tiendrait mieux sans Jack Frost, d’ailleurs, car là encore, un détail m’a gêné : comment Jack Frost fait-il pour utiliser son pouvoir de gel et de neige où et quand il veut alors que personne ne croit en lui? Il y a là une faille, une absence de logique qui nuit considérablement à la suspension d’incrédulité que je ne demande pourtant qu’à activer quand je vais voir de tels films. D’ailleurs, et pour renforcer encore ce que dit H., mon incrédulité a été d’autant plus forte que la vision de la croyance enfantine (je crois donc je vois vraiment) est vraiment problématique : la croyance c’est croire sans forcément voir ou c’est voir parce qu’on croit, parce que sinon jamais on ne voit). Les auteurs se placent d’ailleurs sans une situation inextricable et usent d’une pirouette pour s’en sortir : Jack fait du gel sur la fenêtre. Mais comment peut-il faire cela ? On est à Pâques ! C’est le printemps ! Personne ne croit en lui !

Ou alors, il faut expliquer en quoi cet enfant-ci est particulier… Et le film, esquissant cette piste un instant, ne la traite pas non plus.

Et puis dernière remarque gratuite: c’est quoi ces voix avec un écho métallique?

— Mathieu

PS: Face à la déception des deux films de Noël de cette année, les boggans apprécient d’autant plus le film (pourtant pas exempt de défauts) de Scorcese, Hugo Cabret, bien plus réussi.

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