Après-Mai d’Olivier Assayas

https://i0.wp.com/fr.web.img1.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/28/03/20244839.jpgDébut des années 70, Gilles est un lycéen de région parisienne et donc, comme beaucoup d’autres, politisé et sensible aux idées de gauche. Avec son groupe, il participe à un coup de main dans son lycée qui tourne mal: un homme est blessé et se retrouve dans le coma. Lui et ses compagnons de révolution doivent donc partir cet été-là, histoire de se faire un peu oublier, tandis que sa copine lui annonce qu’elle part vivre à Londres…

Olivier Assayas filme une période révolue, un moment dont on a presque du mal à croire qu’il a vraiment eu lieu tant il paraît lointain aujourd’hui. Il confère à cette « parenthèse » qui ne fut pas si enchantée que cela un aspect vaporeux, cotonneux, creusant encore un peu l’écart avec aujourd’hui.

Largement autobiographique semble-t-il, ce film séduit par son côté foutraque et même ses longueurs. A l’image des personnages qui le parcourent un peu hébétés parfois, le film ne sait pas trop où il va. Mais c’est en cela que réside son intérêt et son charme: à le voir, alors que nous étions seuls dans l’immense salle de cinéma, je me suis posé des questions métaphysiques sur le sens de la vie, sur l’utilité de nos existences, questions que les personnages ne se posent pas véritablement mais auxquelles ils apportent des réponses par leur exploration de leur monde et de leur période.

Toutefois — gage de crédibilité — Assayas ne porte pas un regard complaisant sur ses personnages: ils sont souvent dogmatiques, emplis de leur vacuité qu’ils cherchent à combler à travers l’usage de drogues de plus en plus dangereuses et l’on retrouve là les deux autres caractéristiques de la période.

C’est un film sur des déglingués et donc, à mes yeux, extrêmement touchant, le genre de film qui me prend directement, m’emporte et dans lequel je plonge, m’identifiant totalement. Comme le disait la bluette il y a quelques années, j’aurais voulu être non pas un artiste mais un hippie avec des fleurs dans les cheveux et j’aurais beaucoup aimé connaître cette époque…Deux scènes sont vraiment très bien réussies: une scène à Florence dans le jardin d’une villa toscane auprès d’une fontaine qui ne coule plus remplie de nénuphares. J’ai pensé au Grand Meaulnes… sous acide et prônant l’amour libre. Une autre scène (clé dans le film) de fête, quelques années plus tard, et donc déjà plus glauque, incarne les rêves qui se consument comme les feux de paille que les fêtards font brûler.

Et en même temps, quelle terrible époque à vivre! Car c’est aussi ce que montre très bien ce film: à quel point le tournant des années 70 fut une impasse pour tous ceux qui les traversèrent. On voit à nouveau qu’en sortir signifiait, pour ceux qui avaient connu ce mouvement, qui s’y étaient engagés, de risquer de s’y brûler définitivement et s’enfoncer plus ou moins rapidement dans l’abîme des drogues (très beau rôle du personnage d’Alain ou bien évidemment cette scène de LSD dans laquelle Laure disparaît) ou renoncer, se réveiller en quelque sorte, et accepter la nouvelle réalité qui s’est imposée… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le mouvement punk serait à la fois la suite logique, l’expression du refus de cet abandon. Ou alors, à l’instar de Gilles, alter-ego d’Assayas, l’art pouvait sans doute être une sorte de voie médiane, entre acceptation du réel et préservation de ses rêves.

Un joli film donc, sorte de photographie en kaléidoscope d’un moment,d’une période qui me fascine toujours autant.

https://lesboggans.files.wordpress.com/2013/01/97608-apres_mai3.jpg

 

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