Lincoln de Steven Spielberg

1865. La Guerre civile dure depuis quatre ans, et le camp des unionistes accumulent progressivement les victoires. La fin de la guerre est donc proche, et les Républicains pressent Lincoln (Daniel Day-Lewis) d’engager des pourparlers avec le Sud, d’autant que des commissionnaires confédérés demandent d’ores et déjà à être reçus à Washington. Mais Lincoln a un autre objectif. Il souhaite faire passer au Congrès ce qui serait le 13e amendement abolissant l’esclavage, avant toute négociation avec les États confédérés. S’engage alors une double bataille politique pour Lincoln : gagner des votes démocrates pour avoir le total des voix nécessaires (la majorité des deux-tiers) pour passer l’amendement et tempérer l’avancée des négociations avec le Sud, sans apparaître comme celui qui refuse de parler.

Je crois que je ne supporte plus le cinéma de Spielberg, sa mise en scène larmoyante et surtout son manque total de profondeur. Quand Lincoln modifie son message adressé à Grant, concernant la venue ou non des commissionnaires à Washington, et qu’il sort ensuite de la scène en mettant son chapeau sous le bruit des trompettes, j’ai cru défaillir. Voilà un sujet en or, sur l’un des débats qui a secoué l’Amérique pendant de nombreuses années (au point de diviser le pays pendant soixante ans et d’entraîner une guerre civile, ayant toujours des répercussions aujourd’hui dans la manière dont le Sud se perçoit, notamment), mais à la sauce Spielberg, on n’a que des discours fades, sans échanges idéologiques ; le parcours politique et juridique de cette loi se résumant à des tentatives de corruption de démocrates, moyennant des postes dans l’administration américaine. Peu ou pas de débats véritables au Congrès, aucun débat dans la société (des journalistes ont dû suivre les débats, en rendre compte dans l’opinion), aucun échange idéologique. Sans doute cette faiblesse vient-elle du choix de se focaliser uniquement sur les quelques jours avant le vote de l’amendement, ce qui empêche la mise en perspective historique et donc de montrer les enjeux d’un débat qui a empoisonné l’identité américaine dès l’indépendance (et même avant). L’élection de Lincoln ayant entraîné la sécession de la Caroline du Sud, la déclaration d’émancipation en 1862, le discours de Gettysburg, voilà autant de points qui ne sont pas évoqués et leur absence empêche de comprendre à la fois le personnage et la période. Du coup, Spielberg surdramatise un moment, le vote à la Chambre des Représentants qui, en réalité, n’a rien de dramatique, car cela revient effectivement, à ce moment-là, à un jeu politicien. S’agissait-il donc de montrer que même les plus grandes décisions ont des aspects bassement politiciens dans une démocratie ?

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Le film, à cette question déjà sans grand intérêt réflexif, apporte une réponse qui est en plus polluée par tout un fatras de scènes sur l’intimité de Lincoln, scènes qui n’ont que peu d’intérêt sauf à prouver que Lincoln est un homme — comme tout homme — avec des préoccupations d’ordre privée, mais on s’en doute déjà. A défaut de retranscrire avec densité les débats de l’époque, Spielberg aurait pu nourrir son film d’une réflexion sur l’état de l’Union en ce moment, mais même pas. Il nous sert un plat froid, avec un joyeux discours sur l’union éternelle du peuple américain grâce à sa démocratie, union dont la santé paraît bien vacillante à l’heure actuelle. C’est presque de la méthode Coué. D’où une question que me taraude : est-ce que Spielberg est capable de faire un film adulte ?

 

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