Cloud Atlas de Lana & Andy Wachowky et de Tom Twyker

Un film à multiples facettes, ou plutôt à multiples histoires. Plusieurs périodes se succèdent dans le film, parfois avec les mêmes acteurs, mais parfois non. 1848: un noble (l’acteur Jim Sturgess) entreprend un voyage dans le Pacifique pour y visiter des plantations. Lors de son périple de retour, il se lie d’amitié avec un esclave noir, qui lui sauvera la vie et lui fera changer ses idées sur l’esclavage. 1936: un jeune homme (Ben Whishaw), qui ambitionne de devenir compositeur, propose ses services à un compositeur de génie (Jim Broadbent ), qui vit reclus depuis des années. Le jeune homme espère qu’avec son aide, ce compositeur parviendra enfin à créer l’oeuvre de sa vie. 1970: une journaliste (Halle Berry) enquête sur les agissements d’une société spécialisée dans le nucléaire. Elle fera la rencontre de deux hommes clefs: l’un est ingénieur et travaille dans cette société (Tom Hanks), l’autre est physicien et a écrit un rapport compromettant sur l’usine (James d’Arcy ). 2012: un éditeur (également joué par Jim Broadbent) suit avec circonspection et inquiétude les agissements de son écrivain attitré (joué par Tom Hanks). Quand ce dernier défenestre un critique littéraire ayant eu la dent dure contre son dernier livre, l’éditeur perd son écrivain qui finit en prison mais gagne un succès de librairie. Succès qui lui attirera davantage d’ennuis. 2412: une jeune clone, Somni-451 (Doona Bae), s’éveille à la conscience. Elle parvient à s’enfuir du café dans laquelle elle et les autres clones sont employées. Elle est aidée dans sa fuite par un ancien militaire, engagé dans la résistance (joué par Jim Sturgess). Dans un futur encore plus lointain: la civilisation a disparu, les hommes vivent comme des primitifs, certains pratiquant même le cannibalisme. Un homme (Tom Hanks) tente de survivre et de protéger sa famille. Une femme (Halle Berry) se présente dans leur village pour, dit-elle, les aider. D’abord méfiant, il finit par l’aider et par découvrir la vérité derrière l’effondrement de la civilisation.

Voilà. Voilà. Le film est relativement plaisant à suivre, cependant on ne voit pas l’intérêt de cette multiplication d’histoires. On se plaît à reconnaître, ici ou là, tel acteur qui interprétait un autre personnage dans une autre époque, mais si par malheur on cherche à repérer une logique dans l’enchaînement des histoires, ou une thématique commune, alors je dirais que le château de cartes s’écroule. Les périodes s’enchaînent sans que l’on voit de réelles relations entre elles, notamment et justement au moment des changements temporels. Pourquoi passe-t-on d’une période à une autre à tel moment du récit? Mystère, sauf à une reprise lors des des affrontements que les personnages des différentes périodes vont vivre comme simultanément. Reste la thématique commune des histoires. L’amour ? La liberté ? La quête de vérité ? Le propos est si simpliste qu’on préfère ne pas le relever. Un vrai, beau ratage, à tel point que si Mathieu ne me jurait pas que le livre est génial, je n’aurais absolument pas envie de le lire.

— LN

https://i1.wp.com/collider.com/wp-content/uploads/cloud-atlas-ben-whishaw-james-darcy.jpg

Les premières critiques qui sont publiées ou autres papiers sur le film présentent le roman comme inadaptable. Cette affirmation, d’ailleurs jamais justifiée, est à mon avis totalement fausse. Le livre est tout à fait adaptable. (Ou alors, comment expliquer que John Hillcoat ait réussi à adapter The Road de McCarthy, par exemple, ou que Joe Wright ait adapté Atonement?) Le roman est, certes, comme les autres oeuvres précédemment citées, une réflexion sur ce qu’est la littérature. David Mitchell propose une narration diffractée qui met en abyme les étages de sa narration pour produire un effet vertigineux pour le lecteur qui se demande, arrivé à la moitié de sa lecture, quelle est la nature de l’objet qu’il a entre les mains. Postmoderne, le roman est aussi un jeu sur la langue (et là peut-être se situe sa plus grande difficulté dans l’adaptation). Toutefois, rien de tout cela n’est insurmontable.

Les frère et soeur Wachowski et le troisième larron, Tom Twyker, ont choisi de privilégier l’angle de la réincarnation, du destin contre le libre-arbitre. Pourquoi pas… Ils le montrent, dans leur film, en faisant incarner plusieurs personnages par le même acteur, établissant ainsi des ponts entre les différentes histoires du roman. Or, à mes yeux, cela ne fonctionne pas. Car, au final, le résultat est un film assez plat, finalement très linéaire, montrant en quelque sorte le lien karmique des personnages, ce que quelqu’un sur Internet a rendu graphiquement:

https://i0.wp.com/www.cinemablend.com/images/news/33823/_1351547825.jpg

Et c’est bien là où le film déçoit, car à aucun moment il ne s’approche du vertige métaphysique que le roman suscite. Jamais, il ne se pose la question de ce que le medium (ici, le cinéma) est au contenu, ce que faisait admirablement le roman. Un exemple, parmi d’autres, de ce ratage, sans trop déflorer la réflexion du roman: dans ce dernier, l’un des ponts entre notre époque (et donc les mésaventures de Cavendish, l’éditeur, dans une maison de retraite anglaise) et l’époque de la clone Somni réside dans un film intitulé, justement, The Ghastly Ordeal of Timothy Cavendish, que regarde Somni. Ainsi, le lecteur comprend que le chapitre qu’il vient de lire était en fait une fiction pour le personnage suivant… Or, dans le film le personnage de Cavendish est interprété par Jim Broadbent mais, dans le film que regarde Somni c’est Tom Hanks… Choix d’une grille de lecture par les réalisateurs qui n’est pas la mienne et qui, à mon avis, se prive de la mise en abyme sur ce qu’est le medium utilisé (le roman pour David Mitchell, le film pour les Wachoswki et Twyker) pour insister sur une philosophie new age et un peu bidon de la réincarnation, du destin et du libre-arbitre. Dommage.

Pour le dire autrement, Cloud Atlas est un film, comme H. l’écrit plus haut, certes plaisant à regarder, mais qui  ne parvient jamais à se hisser au niveau de réflexion qu’il aurait pu déployer, étant donné la source qu’il adaptait. Cinématropgraphiquement parlant, c’est beau, c’est impressionnant, mais globalement, le film n’emporte pas l’adhésion du fait de cette vision new-age un peu dépassée (on sent la patte des Wachowski, prenant trop le roman à la lettre, proposant une adaptation littérale). A tel point que le message du film, faute d’une mise en oeuvre convaincante, relève d’une conception par trop naïve, limite neuneu de ce que signifie exister. Or, le roman, avec les mêmes phrases (je pense à la fin) était autrement plus percutant. Le film pose donc la question : les réalisateurs ont-il compris ce qu’ils lisaient ?

— Mathieu

PS : Question que l’on avait déjà pu se poser face à leur production de l’adaptation de V pour Vendetta ou encore, évidemment, face au Watchmen de Znyder.

PPS : Et pour se mortifier, pour se réfugier dans l’espoir du film que cela aurait pu être, regardons à nouveau la bande-annonce version longue qui était sorti l’été précédent :

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s