Mamers en mars_ Edition 2013

Nouvelle édition du festival du cinéma européen à Mamers, avec quelques nouveautés: le festival a désormais lieu dans l’espace Saugonna, ce qui nous permet enfin d’avoir des projections de qualité avec des fauteuils confortables et les Boggans, déçus par les précédentes éditions, ont décidé d’être plus sélectifs dans leur choix. Nous n’avons donc pas suivi le festival en intégralité cette année, nous avions prévu de voir quatre films (deux pour Mathieu), en plus du film d’ouverture, où nous étions invités.

Vendredi, nous sommes donc allés à l’extraordinaire cocktail d’ouverture du festival, où se sont succédés sur la scène les organisateurs et les élus. Mention spéciale au sénateur qui n’a pas pu s’empêcher de glisser un mot contre le cinéma américain. Au vu du film d’ouverture, bien français et donc bien pourri, il faudrait que les élus revoient leur grille d’appréciation.

Le film d’ouverture, donc. Il s’agissait du film de Danièle Thompson, sur des querelles de famille sur fond d’enterrement juif, de mariage et de Rolex. Zef vit à New York où il est musicien, comme sa femme. Son frère va marier sa fille dans quelques jours, mais Zef refuse de se déplacer en France, prétextant un concert à Philadelphie. Mais il devra pourtant rentrer en France, pour enterrer sa femme, morte sous ses yeux dans les rues de New York. Par un malheureux concours de circonstances, Zef va donc se retrouver avec le corps de sa femme, au mariage de son frère. De quoi sérieusement gâcher l’ambiance.

Un film navrant, mal filmé (à certains moments on a l’impression que des décors ont été rajoutés derrière les acteurs, filmés de très près quand même), le scénario est un ramassis de clichés sur les juifs, qui offrent des Rolex à leurs bébés, déjeunent chez Maxim’s et passent leurs vacances sur un yacht à St-Tropez. Mais derrière tout ce fric, ils sont quand même bien sympas et profonds, j’ai toujours en mémoire cette ligne de dialogue: « le Talmud c’est la Bible avec les Pages jaunes ». Nous devions, suite à cette projection, voir un film allemand Oh Boy, mais on a été tellement dégouté par le film de Danièle Thompson, qu’on est rentrés à la maison, tant pis pour le film allemand. Le festival commençait bien.

Samedi, j’avais prévu d’assister à la projection de 11h et j’ai rassemblé mon courage pour m’y présenter. La séance a commencé par un court-métrage géorgien, intitulé La fille de Gori, sur une petite fille refugiée qui débarque dans une nouvelle école et qui doit affronter la méchanceté d’un garçon dont le père est russe. Le scénario est simpliste et la mise en scène assez peu intéressante. Certes, le cinéma géorgien ne doit pas déborder de moyens techniques, mais là il y a quand même un manque scénaristique. N’avoir pour seule idée cinématographique que l’histoire d’une petite fille qui se fait voler ses crayons, c’est n’avoir finalement pas grand chose à dire. Comme il faut noter les films, j’ai mis 1/5 pour les crayons. Ce court-métrage était suivi d’un long, géorgien lui aussi. Keep Smiling raconte l’histoire de mères de famille géorgiennes qui vont participier au concours de la meilleure mère, concours organisé par une chaine de télé (subventionnée par le parti) qui en retransmet les différentes étapes. Dix mères vont donc concourir pour le titre de la meilleure cuisinière, la meilleure maman, du coup de coeur du public, etc. La gagnante empochera 25 000 dollars américains et un appartement de quatre pièces.

La présentation du film par les organisateurs mettait l’accent sur l’humour noir de cette compétition où tous les coups vont être permis. En fait, le film raconte bien plus, puisqu’à travers l’acharnement de ces femmes à faire le concours, c’est toute la société géorgienne que l’on découvre en filigrane. Le film est juste, maîtrisé, avec même quelques trouvailles de mise en scène (notamment la première scène) et surtout je suis admirative du travail du réalisateur concernant ses personnages. Il parvient, ce qui n’est pas évident, à montrer la vulgarité de cette émission et son voyeurisme, tout en préservant la dignité de ses personnages et de ses actrices. Toute contente d’avoir vu (enfin) un bon film, j’ai mis 4/5.

Après une pause déjeuner bien méritée, retour à l’espace Saugonna pour la première projection de l’après-midi. Deux courts-métrage français sont diffusés avant le long. J’ai assez peu de chose à dire sur ces deux courts, comme souvent avec les courts, les réalisateurs jouent la carte de l’humour ou du quiproquo. Pas passionnant, j’ai mis 2/5 aux deux, ne sachant pas comment les départager. Le long-métrage, Hijaking, est un film danois sur l’arraisonage d’un cargo danois par des pirates somaliens. Le film oppose d’un côté le quotidien des prisonniers sur le cargo et leur relations avec les pirates et de l’autre les opérations de négociations des dirigeants de l’entreprise avec le négociateur somalien.

Le film joue très bien la carte du réalisme. Je n’ai pas appris grand chose sur l’organisation des pirates somaliens ni sur les rouages du transport des cargos dans ces zones, mais j’ai pu me rendre compte de comment une prise d’otages pouvait se passer. Le film par contre ne vaut que par son sujet, la réalisation n’étant pas extrèmement innovante. J’ai donc mis 3/5, car le film est moins bien mis en scène que Keep Smiling. Et c’est la fin pour moi, je rentre tranquillement à la maison en évitant le film de zombies anglais, très proche de la série Z.

Et nous arrivons enfin à la séance de dimanche, la dernière du festival et la première pour Mathieu. La séance a débuté avec pas moins de vingt minutes de retard avec un court-métrage espagnol plutôt navrant. Ce court raconte l’histoire d’Enrique qui après une soirée bien arosée avec un ami s’est retrouvé le lendemain avec une femme dans son lit. Les deux amants n’ayant jamais fait ça avant (elle est mariée qui plus est) se sentent bien génés le lendemain, même si Enrique est très heureux de sa nuit. Ils se quittent tout de même, sans espoir de se revoir. Pathétique. Déjà vu et parfois même vulgaire. J’ai du mettre 0/5 (j’aime pas quand les séances sont en retard) et Mathieu 1/5. Le long métrage, La cinquième saison, est un film belge qui raconte l’histoire d’un village dans les Ardennes qui après avoir fêté la mort de père hiver, s’aperçoit que le printemps ne vient pas. Les abeilles meurent, les vaches n’ont plus de lait et les semis ne poussent pas. Apprenant que la situation est la même ailleurs en Europe, le village sombre peu à peu dans la démence au point d’accuser un étranger d’être responsable du désastre.

La première partie du film est vraiment passionnante. Le réalisateur filme les Ardennes avec talent, les arbres deviennent inquiétants, les humains ont l’air d’être rejetés par la nature, le tout avec un arrière-fond burlesque. C’est saississant. En regardant le film, j’ai pensé à certains plans de Lynch (notamment les champs de maïs) ou de La Route (les arbres qui tombent en particulier). Puis vient un moment où on se demande comment il va terminer son film. La fin n’est pas catastrophique, mais on a quand même l’impression que la réalisateur a fait une pirouette pour amener le générique de fin. Après je vois pas comment il aurait pu conclure son film. J’ai mis 3/5, Mathieu 4/5 car visiblement il a encore plus aimé que moi (ou c’est l’effet premier film du festival).
Effectivement, j’ai été saisi par la recherche esthétique de ce film, notamment dans son utilisation des plans fixes avec une photographie d’une beauté à couper le souffle. Les deux acteurs principaux du film, un garçon et une fille, sont filmés avec à la fois beaucoup de tendresse et de rugosité, comme l’ensemble de ce village des Ardennes. Dommage que le scénario pêche en longueurs parfois, ne sache pas très bien où aller vers la fin, car il y a là un vrai cinéaste qui propose un film assez radical.– Mathieu
 
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Au final, le palmarès de cette édition 2013:

Prix du Jury professionnel

Prix long-métrage. Le film Keep Smiling (France, Georgie, Luxembourg) du réalisateur Rusudan Chkonia a remporté le prix ; et le film Oh Boy ! (Allemagne) de Jan Ole Gerster a eu une mention spéciale. Ah? Bah loupé! La faute aux yachts de St-Tropez!

Prix court-métrage. Le film Jacques Serres (France) des réalisateurs François Goetghebeur et Nicolas Lebrun a décroché le prix. Une mention spéciale a été attribuée à La Fille de Gori (Georgie, Allemagne) de Eka Papiashvili.

Prix du jury jeunes

Il a été remis par un jury de lycéens et d’étudiants au court-métrage, Amore Mio (France) du réalisateur Bastien Bernini. Une mention spéciale a été attribuée à Programme Libre (France) de Vianney Etossé.

Le long-métrage Hijacking (Danemark) du réalisateur Tobias Lindholm a reçu le prix. Des mentions spéciales ont été attribuées à Le sexe des anges (Espagne) de Xavier Villaverde et à Keep Smiling (précité).

Prix du public

Le prix du long-métrage a été remis à Keep Smiling (précité). Celui du court-métrage a récompensé Jacques Serres (précité).

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