Un été à Paris

Un été à Paris

Ron Mueck. Mask II, 2001

Que faire pendant ces vacances? Et bien profiter de son temps libre pour visiter quelques expos à Paris.

Première étape, pendant que Mathieu court après ses directeurs de thèse, je me dirige toute contente vers le Musée du Luxembourg pour aller voir l’exposition Chagall, entre guerre et paix. L’exposition est organisée de façon chronologique, elle commence par les années parisiennes de Chagall, puis son retour en Russie, son séjour en France, aux Etats-Unis (pour fuir la guerre), en Palestine et enfin les dernières années de sa vie. Plusieurs thèmatiques traversent le parcours de l’exposition: son identité russe (et son village natal Vitebsk), la tradition juive, son travail sur la Bible, les guerres, le couple (avec de très beaux tableaux sur sa femme après sa mort), la famille et le cirque.

Plusieurs tableaux m’ont interpellée : ceux sur son village natal, avec la figure du juif errant (j’avais fait travailler les élèves sur l’un de ses tableaux sans le savoir), ceux sur la Première Guerre mondiale, très surprenants dans leurs teintes brunes et noires, couleurs peu associées à Chagall, ceux sur sa femme disparue, et enfin un lapin de toute beauté qui m’a fait penser à Mathieu, mon lapin blanc toujours en retard.

Le Rêve, 1924 (ancien titre : le lapin). Marc Chagall (1887-1985).

 

En sortant de l’exposition Chagall, petit détour rapide par le Musée de l’Orangerie pour aller voir l’exposition consacrée aux « impressionnistes italiens » : les Macchiaioli. Leur nom vient en fait d’une dénomination péjorative de leur manière de peindre, par tâches succéssives de couleurs. Comme les impressionnistes, les Macchiaioli accordent une place importante au paysage, et à la pratique en plein air. Ils se sont aussi intéressés aux scènes de la vie quotidienne et à l’histoire contemporaine de l’Italie. Certains d’entre eux partciperont d’ailleurs aux événements qui conduiront à la naisance de la République d’Italie. Même si leur histoire et leur engagement sont remarquables, je n’ai pas vraiment accroché à leur peinture. Désolée.

Soldat démonté de Giovanni Fattori, présenté comme le chef-d’oeuvre de la peinture italienne

Deuxième étape: Mathieu passe ses vacances (ou au moins une partie) aux Archives, j’en profite pour revenir à Paris et refaire quelques expos. De bon matin (et avec vingt minutes d’avance sur l’horaire d’ouverture), je me présente au Musée d’Art Moderne, pour voir l’expo « Keith Haring, the political Line« . Je connais les dessins de Haring, mais ne sait absolument rien sur leurs significations et sur les choix artistiques de l’artisite. L’expo est parfaite pour moi : en suivant un parcours thématique, j’apprend la signification de nombreux dessins de Haring (les chiens, le bébé, les rayons) et découvre que derrière la répétition des formes plutôt simples, il y a un vrai propos politique. Certes, ses prises de position ne sont plus aussi novatrices, comme la défiance envers l’establishment, la religion, la société de consommation et le capitalisme et à l’inverse la défense de l’individu, de la tolérance et de l’écologie. J’ai été frappé par sa volonté de porter ses oeuvres dans l’espace public, notamment sur des affiches publicitaires dans le métro ou dans la rue. Beaucoup de ces oeuvres seront perdues, mais des photos permettent de se rendre compte de leur place dans l’espace public, à l’époque où elles étaient encore présentes. L’expo se termine par une vidéo d’Haring réalisant quatre oeuvres monumentales pour le Musée d’Art Moderne. La diffusion du documentaire se trouve dans l’espace même où sont exposées ces oeuvres. On peut alors se rendre compte de la manière de travailler d’Haring : pas de travail préparatoire, tout est fait dans l’instant, presque dans l’urgence.

Autoportrait réalisé en 1985.

 

L’exposition du Musée d’Art Moderne se poursuit au 104, où sont exposées des oeuvres monumentales, notamment sa série autour des dix commandements.

Je continue mon exploration des artistes contemporains en me dirigeant vers la Fondation Cartier, pour aller voir l’expo Ron Mueck. Je quitte donc le Pop Art, pour la sculpture figurative. Seules neuf oeuvres sont exposées à la fondation Cartier. Au début, on se dit que c’est quand même pas beaucoup (notamment en comparaison avec l’expo Keith Haring), mais en suivant le travail de Mueck, on comprend rapidement pourquoi. Tout d’abord, ses sculptures sont extraordinaires. Quelque soit leur taille (ou trop grande ou trop petite à l’échelle humaine), on ne peut s’empêcher d’avoir envie de les toucher. L’expression des visages est saisissante de vérité, même s’il y a toujours un détail qui renverse le regard, le perturbe : la blessure du jeune homme noir, le poignet tordu de la jeune fille. L’artiste semble adorer ce mélange entre réalité et allégorie, entre banalité et rupture. Un documentaire de près d’une heure montre Mueck dans son atelier londonien. Je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer à Haring. Là où ce dernier travaille dans l’urgence, Mueck multiplie les essais préparatoires. Il travaille minutieusement, fait plusieurs sculptures avant de se décider pour une forme définitive. J’ai adoré l’ambiance dans son atelier: il travaille avec deux assistantes, les gestes sont précis, lents et chacun travaille à sa tâche dans le calme le plus complet.

Détail de Young Couple

 

Dernière étape du périple parisien, cette fois avec Mathieu puisque les Archives ont la bonne idée de fermer le week-end. Nous sommes allés visiter la crypte archéologique du Parvis Notre-Dame, qui vient de faire peau neuve et a réorganisé son parcours autour de la thématique Paris disparu, Paris restitué. Le parcours de la visite suit l’emplacement des vestiges archéologiques, ce qui a perturbé Mathieu puisqu’on chemine de l’âge classique au Moyen Age pour terminer par l’Antiquité. Plus que les vestiges, ce sont les illustrations en 3D qui permettent de nous rendre compte de ce qu’était Lutèce et de son développement au Moyen Age. Difficile parfois de se répérer ou de se figurer les bâtiments, mais la visite était cependant intéressante.

Quai antique

 

Enfin, dernière expo du week-end: Mecanhumanimal, l’exposition du Musée des Arts et métiers consacrée à Enkil Bilal. Le parcours de l’exposition est thématique, des planches et des dessins de Bilal sont exposés aux côtés d’appareils scientifiques que ce dernier prend un malin plaisir à détourner. On peut donc admirer de plus près la technique de Bilal (acrylique et pastel pour la grande majorité de ses dessins, même s’il y a quelques planches qui présentent des photographies modifiées au pastel) et goûter son humour. Il m’a manqué quelques explications sur son univers. J’ai reconnu beaucoup de planches tirées de ses bandes dessinées, mais les ayant lues il y a longtemps, je ne me souvenais plus des histoires qu’elles racontaient. J’ai donc eu parfois l’impression de passer à côté de quelque chose. Un film réalisé par Bilal est projeté en accéléré, je n’ai pas bien compris l’intérêt. Cela dit, l’expo m’a donnée envie de relire les séries de Bilal (sa tétralogie, Le sommeil du monstre), et même de lire sa bande dessinée inspirée de Roméo et Juliette, Julia & Roem.

— LN

Autoportrait en sourire forcé…

Juste un petit commentaire : l’expo sur Bilal m’a vraiment emballé dans le sens où même elle n’était pas extrêmement bien faite, elle m’a permis de me replonger dans l’univers de Bilal et m’a donné envie également de relire ses BD qui restent le medium dans lequel Bilal excelle, étant moins convaincu par ses excursions cinématographiques. — Mathieu.

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