The Place Beyond the Pines de Derek Cianfrance

Luke est un as de la moto. Il vit de ses démonstrations dans des foires qui sillonnent tout le pays. Un soir, il retrouve une femme, Romina, avec qui il a eu une aventure, un an auparavant. Il découvre à cette occasion qu’elle a mis au monde leur enfant, Jason. Luke décide de quitter le monde des foires pour s’installer et vivre auprès de son fils. Il rencontre le propriétaire d’un garage qui, dans un premier temps, lui propose un travail réglo puis, dans un second temps, lui propose d’utiliser ses talents de conducteur pour braquer des banques. D’abord opposé au projet, Luke finit par accepter, pour pouvoir retrouver sa place auprès de son enfant et de Romina, qui accepterait de quitter son nouveau compagnon à condition que Luke puisse pourvoir au confort financier de la famille…

Le début du film est très bien, j’ai beaucoup aimé sa construction. On suit dans un premier temps le personnage de Gosling, jusqu’au moment où il rate complétement son dernier braquage (la scène est excellente) et où il se retrouve coincé dans une maison. Apparait alors Cooper, en flic peu sûr de lui, qui va commettre plusieurs bourdes avant de stopper Luke. Dès lors, Luke disparait et place à Avery, ce flic qui va se retrouver malgré lui sur le devant de la scène, propulsé comme héros du jour au lendemain.

Jusque là le film est très bien tenu puis il avance dans le temps et nous replonge quinze ans après les événements. Jason a grandi, le fils d’Avery aussi. Et comme par hasard, ils vont se retrouver dans le même lycée, devenir amis et régler entre eux les errements de leurs pères. Quand les fils entrent en scène, le film devient plus banal (dans son propos et dans sa construction), presque cousu de fil blanc. Dommage. Il aurait dû arrêter avec cette ellipse temporelle et rester sur Luke et Avery, sans y méler les rejetons.

— LN

Cette dernière séquence du film, avec les fils, est bel et bien la séquence de trop, puisqu’elle fait relire le film à l’envers et fait écho à deux répliques centrales qui donnent la clé du propos déroulé sous nos yeux. En effet, au début du film, Gosling convainc Mendès qu’il doit revenir assumer son rôle de père auprès de son fils car lui-même n’a pas connu son père et a donc mal fini à cause de cela. Puis, lors de la scène centrale du film, Gosling, au téléphone, voyant que l’avenir qu’il avait imaginé s’effondre autour de lui, demande à Mendès de ne pas parler de lui à son fils. Et voilà que 15 ans plus tard, les fils donnent raison à une vision très biologique de la famille : on est le fils de son père quand bien même on ne l’a pas connu et on ne peut échapper à cela. Car le fils de Gosling suit les traces de son père (au point même de partir en moto comme lui) et le fils de Cooper transcende son mal-être par son attirance pour la politique, mêlée d’admiration envers son père (dernières images du film, désolé pour ceux qui ne l’auraient pas vu).

Autre problème, là encore qui montre le simplisme du propos qui est derrière le film : il suffirait de dire que l’on est désolé pour qu’il y ait rédemption. Tout le film en effet tend vers une scène dans les bois entre Cooper et le fils de Gosling qui est par ailleurs quelque peu ratée.

Vision biologique de la parternité (accentuée par l’absence de place réservée au père adoptif), rédemption comme but ultime et clé de résolution des conflits : deux lectures au coeur de l’identité américaine qui empêchent d’adhérer pleinement à ce film malgré une mise en scène prometteuse et une rupture scénaristique audacieuse.

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