Hannah Arendt de Margarethe Von Trotta

La philosophe Allemande, Hannah Arendt, vit aux Etats-Unis depuis les années 30, depuis cette époque où elle a dû fuir l’Allemagne, puis l’Europe parce qu’elle était juive. Alors que sa vie est partagée entre ses activités de chercheur et d’enseignant, Hannah apprend qu’Adolf Eichmann a été arrêté en Amérique Latine par le Mossad et que, rapatrié en Israël, il va être jugé. Elle décide alors de proposer ses services au magazine, le New Yorker, pour suivre ce qui parait déjà comme le procès du siècle. Elle, qui n’a jamais vu de près les dignitaires nazis, voit dans ce procès une opportunité qu’elle ne peut rater…

Je ne connais pas Hannah Arendt, ni sa personnalité, ni son travail. Je n’ai donc pas de point de comparaison pour juger de la représentativité de son travail (et de ce qu’elle était) dans ce film. Je garde de ce film une vision assez ambivalente de son apport intellectuel: beaucoup de théories qu’elle professe dans ce film ne sont fondées que sur des minutes du procès Eichmann, on ne l’a voit jamais chercher à étayer ce qu’elle y a entendu par une quelconque recherche historique. Eichmann dit qu’il a obéi aux ordres, elle le prend au mot, alors que le spectateur, au vu du peu de déclarations d’Eichmann entendues dans le film, y voit davantage la défense classique d’un criminel refusant d’admettre son rôle. L’idée de fonder une théorie philosophique sur ce seul témoignage, comme le présente le film, décrédibilise les travaux d’Arendt.

De même, le personnage d’Hannah Arendt affirme que la coopération de certains chefs juifs avec Eichmann explique en partie l’ampleur du nombre de juifs assassinés. Cette affirmation parait dans le film ne reposer que sur des moments du procès sans aucune autre enquête ou investigation complémentaire.

De fait, le film présente le procès Eichmann non pas comme un procès (avec une défense et une accusation qui s’opposent à travers une rhétorique langagière), mais comme un processus de vérité historique: le témoignage d’Eichmann est pris par Arendt comme une source primaire fiable, à partir de laquelle elle peut fonder une théorie, et non comme une reconstruction après-coup de la part d’un accusé. En d’autres termes, le film nous présente la construction d’une théorie philosophique sur un événement historique sans qu’il y ait une quelconque distance ou regard critique sur les sources de connaissances historiques de cet événement. Le film nous donne donc l’impression que l’approche philosophique de la Shoah par Hannah Arendt ne serait qu’une élucubration fumeuse, tirée d’un simple témoignage non critiqué.

C’est à se demander si la réalisatrice voulait présenter les travaux d’Hannah Arendt sous un jour positif, mais si tel est le cas, alors son film est raté. Si son but était de montrer la fragilité des théories d’Arendt, alors le film est réussi.

Enfin, il semble qu’on est reproché à Arendt sa froideur ou son absence d’émotion. La réalisatrice multiplie dans le film les scènes de tendresse entre Arendt et son mari, dans le but louable de contrer ce reproche. Problème, c’est vite lourdingue.

Tous ces reproches ne doivent pas masqués l’audace de ce film à l’heure actuelle, à savoir proposer deux heures de cinéma sur une théorie philosophique, sa construction et sa réception.

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