Man of Steel de Zack Znyder

Sur la planète Krypton, sur laquelle vit une race ultra-évoluée avec des super vaisseaux et des armures hyper seyantes, Jor-El (Russel Crowe) a compris l’écologie et s’est rendu compte que sa race courrait à la catastrophe (il a dû lire Jared Diamond). Un autre gugusse, le général Zod (interprété par le bad guy de la série Boardwalk Empire), a aussi compris que, ach ya, leLebensraum c’était sehr important et qu’il fallait renverser les politiciens corrompus qui refusaient la colonisation à l’Est, euh… dans l’espace. Autrefois proches, les deux protagonistes sont donc maintenant opposés et Jor-El se dresse contre le coup d’état intenté par le méchant général. Pour ce faire, et parce qu’il est intelligent et gentil (et sans doute parce que sur Krypton aussi il a une vague « back to nature »), il a fait un enfant naturel avec sa femme (alors que depuis des générations, les nouveaux-nés sont fécondés in-bassino giganto et programmés pour remplir leur fonction dans la société : prêtre, soldat, ouvrier, etc.) et, dérobant le « codex » qui renferme l’ensemble des codes génétiques des enfants à naître, a téléchargé dans son fils l’avenir de sa race avant de le propulser vers une autre planète, la Terre, où il pourra grandir et devenir un humain tout en préservant l’héritage de son peuple. Le décolage a lieu in extremis avant que Zod et ses sbires (dont une lieutenant hyper bitchy) arrive pour dézinguer du gentil.

Cet enfant porteur de toute sa race c’est bien sûr Superman.

J’ai volontairement choisi d’intégrer la première bande-annonce de Man of Steel puisqu’elle ne correspond absolument pas au film ni au résumé du prologue que je viens de vous livrer. On pourrait même dire que c’est de la publicité mensongère. Mais pourquoi donc ? me direz-vous. Hé bien, cher lecteur, car je fus un moment interloqué par cette bande-annonce : quoi, m’interrogeais-je (oui, c’est français) en la voyant la première fois, Zack « Bad Taste » Znyder se serait-il converti et aurait réalisé un film réflexif ? Aurait-il abandonné les images sur-synthétisées pour privilégier un style naturaliste voire panthéiste à la Terrence Malick ?

Nan, pas possible ! répondriez-vous. Et vous auriez raison.

Car effectivement, les bandes-annonces suivantes (combien y en a-t-il eu ? 4 ?) nous montraient un film d’action et de gros effets bien über-spéciaux. Du coup, nous étions rassurés et je décidais par conséquent de ne pas aller voir un film réalisé par le crypto-nazi Znyder qui a eu la monstrueuse idée d’adapter le nazillon 300 de Frank « gros réac » Miller.

Et puis voilà que les premières critiques tombèrent et que le bouche à oreille fit son effet (oui, J., c’est à cause de toi !) : Znyder mettait en oeuvre, dans Man of Steel, un sous-texte au mieux problématique au pire franchement nazi. Et là pour moi qui ait tenté de théoriser le crypto-nazisme dans la pop-culture américaine (<– clique sur ce lien et achète le livre, oh ami lecteur), il était impossible de résister. Je voulais donc voir ce qui me semblait être une illustration si grossière de cette idéologie nauséabonde mais pourtant déversée en gros paquets de bouses cinématographiques et télévisuelles par Hollywood et par les chaînes de télévision américaines depuis plusieurs années (depuis le 11-Septembre ? je ne suis pas sûr de la chronologie encore, mais j’y travaille). Lost, 300, Cowboys & Aliens, Prometheus, Avatar, la dernière trilogie Batman (que je prévois de faire étudier à mes élèves tant c’est un cas d’école là aussi, notamment le dernier en date), etc. ad nauseam : les exemples sont nombreux (même si on voit bien que le gang habituel — à savoir Lindeloff, Nolan, Znyder, Abrams — est toujours impliqué d’une manière ou d’une autre… Non, non, je ne vous parlerais pas de Star Trek maintenant). Mais là, prendre le réalisateur de 300 pour faire un film sur un su(pe)r-homme, c’était tellement évident que cela ne se pouvait pas. C’était presque trop beau (ou plutôt trop horrible) pour être vrai. Mais, comme le dit l’adage et surtout Audiard, les cons osant tout, je voulais aller les reconnaître de visu.

(Oh l’ot hé, il avoue même pas qu’il voulait juste se taper un gros nanard décérébré, et je t’avoue cher lecteur, que la période s’y prêtre : fin des corrections de copies de bac, fête du cinéma, si je n’allais pas le voir là maintenant, je n’y aurais jamais été.)

Avertissement : toute mise en image d mythe du surhomme sans réflexion critique est purement volontaire et procède d’une véritable fascination (Z. S.)

Je dois dire que j’ai été déçu.

Non pas que le cocktail habituel de conservatisme libéral matîné de références non-maîtrisées car procédant d’une véritable « fascination du nazisme » (Reichel) n’y soit pas : on en a tous les éléments. Mais ce qui domine dans Man of Steel n’est point tant le thème du surhomme, de la race supérieure et donc du nazisme (même si on a un beau clin d’oeil à l’esthétisme totalitaire dans la scène pendant laquelle Jor-El raconte l’histoire de son peuple à Superman) que celui de Dieu. En fait, Znyder nous livre ici sa définition de l’Amérique : une Amérique rurale (la ferme des Kent), mais en même temps une Amérique de l’entrepreneur et de l’esprit de compétition (le Daily Planet et Loïs Lane) mais tempéré par le bon sens (où l’on retrouve la ruralité) et la morale chrétienne. Le christianisme dans sa version évangélique est omniprésent dans le film. Ainsi, dans l’optique évangélique-retour à la nature/ à la Bible, la mère de Superman accouche, comme il se doit, dans la douleur, parce que Dieu l’a décrété, donc, hein, on a beau être super-évolué, y’a des choses qui se respectent. En même temps, j’aurais dû m’en douter : il y a Kevin Costner.

Ainsi, Superman n’est pas tant un surhomme qu’un über-Americain (« j’viens du Kansas ») ou plutôt la quintessence de l’Américain est le surhomme. Cette vision était présente dans les films originels (Superman ne vient-il pas de Smallville ?) mais ils étaient pensés comme tels, justement et je me souviens que, gamin, les voyant, j’avais été impressionné par la réflexion sur la nature du Bien et du Mal (Superman faisant des efforts pour ne pas céder à la sa colère qui pourrait être dévastatrice). En d’autres termes, les Superman d’antan traitaient de l’humain. Ici, le thème est vaguement évoqué avant d’être évacué. D’ailleurs, si on compare la scène de la mort du père de Superman entre l’ancienne version et la nouvelle, on est frappé du passage d’une scène bien filmée, sans autre enjeu que le drame de la mort d’un père, à une scène d’héroïsme-sacrifice totalement sur-dramatisée (pour sauver un chien ! on se croirait dans Independance Day).

Donc, ami habitant du globe, sache que l’Américain moyen dans sa version démo-libérale version conservatrice évangélique à tendance crypto-nazie est l’incarnation de ce que l’évolution a fait de mieux car, nous rappelle la méchante bitchy, « l’histoire nous apprend que l’évolution gagne toujours ». Merci madame. Et l’on peut donc en conclure que Superman ose aller plus loin que les autres films ou séries sus-cités en nous disant que la race supérieure c’est le peuple américain. Cf. la jolie photo ci-dessus.

Récapitulons : la démocratie est forcément corrompue, check, la ruralité y’a qu’ça d’vrai,check, le libéralisme économique, l’esprit de compétition c’est trop chouette, check, la force physique, c’est glams, check, l’héroïsme défini comme j’te fous sur la gueule parce que tu es contre moi, check, le patriotisme systématique, check (ces deux derniers aspects étant incarnés par le policier qui sauve les gens pendant une catastrophe et puisqu’on parle d’une catastrophe…), la référence au 11-Septembre avec New York qui s’effondre, check, la référence à la belle mort grecque (là aussi, version non comprise de l’héroïsme), check, le discours non-matrîsé sur l’évolution, chek, sur la race, check, sur le génocide, check, sur la génétique, check.

Du coup, depuis que les super-héros sont revenus en force au cinéma, c’est à se demander si, à force de s’interroger sur sa vulnérabilité post-11-Septembre, l’Amérique n’en finit pas de répondre par l’impossibilité de répondre : elle ne donne du sens à cet évènement historique qui serait peut-être celui de son déclin relatif (ce qui est sujet à débat) que par la réaffirmation dogmatique de ses valeurs mais en dévoyant et en les transformant en une négation de l’humain. Ainsi, Ben Laden n’était sans doute pas humain vu qu’il a été tour à tour Bane ou Zod. Donc, ceux qui ont vaincu Ben Laden (mais sans empêcher la catastrophe : ni Batman ni Superman ne peuvent empêcher Metropolis d’être en partie rasée) ne le sont pas non plus, pas vraiment.

Pour ce qui de l’objet cinématographique en lui-même, il n’y pas grand chose à dire si ce n’est à souligner à nouveau que la 3D est une fumisterie qui n’a déjà que trop duré, que Znyder ne sait pas réaliser une scène d’action (elles sont toutes illisibles) et que la direction d’acteurs est toute emprunte de gravité hollywoodienne sans aucun sens de l’humour. Quant au scénario et aux dialogues, ils sont tellement ineptes qu’il vaut mieux passer dessus… au bulldozer. Les incohérences sont un tantinet nombreuses mais relevons-en deux : Loïs qui sort de nuit par -40°C en petite parka d’hiver (on était censé ne retrouver son cadavre qu’au printemps si elle faisait cela, mais elle aussi elle a un super pouvoir), l’aspect du terrain plat après que Metropolis ait été dévastée dans la scène finale (trois personnages sont prisonniers de gravats, tous les immeubles sont détruits autour d’eux, scène suivante : l’horizon est dégagé). Quant au ridicule de certaines répliques (Loïs ne veut pas comparer de queues, le premier baiser c’est le meilleur ou encore l’incommensurable bêtise de la référence indigeste à la belle mort qui témoigne encore une fois de l’interprétation stupide de l’imaginaire grec par Znyder), on voit qu’il ne tue que celui qui regarde ce genre de films.

Alors que dire en guise de conclusion ? Que ce « reboot » de Superman est l’incarnation de tout ce qui ne va pas dans le cinéma américain (et donc dans la société américaine) actuel : absence d’idées originales et recherche du profit immédiat permettant à des « créateurs » (je suis sûr qu’ils se considèrent comme tels) de déverser leur vision réactionnaire et immature nourrie de références mal digérées et diffusant ainsi un imaginaire dont les effets restent encore à mesurer mais qui m’inquiète car c’est un boulgi-boulga d’esthétisme viril, asceptisé et fasciné par la force, d’idéologie réactionnaire, de références à l’Antiquité là aussi ultra-réactionnaires (Johann Chapoutot, au secours !). Il parait qu’en 2040 Superman entrera dans le domaine public. Il faut donc attendre encore 30 ans avant que les studios oublient ce personnage. Soupir.

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