Promised Land de Gus Van Sant

Steve Butler (Matt Damon) est commercial dans une grande entreprise gazière, spécialisée dans le gaz de schiste. Son travail consiste à parcourir les zones rurales, de préférence pauvres, pour faire signer des contrats d’exploitation aux agriculteurs en leur faisant miroiter qu’ils vont devenir des millionnaires. Sa technique est bien rodée: il se présente comme fils d’agriculteur qui a vu sa petite ville rurale sombrer dans la misère au fur et à mesure de la fermeture des usines et des exploitations. En acceptant de laisser leurs terres à l’exploitation de gaz de schiste, les ruraux se voient promettre de l’argent bien sûr mais aussi des écoles, des collèges, des stades. Tout est bon pour appâter le futur client.

Mais ce qui ressemblait à un démarchage de routine, se complique avec la présence dans le village d’un professeur de sciences et l’arrivée d’un écologiste.

La première partie du film s’oriente très clairement sur le débat crucial en ce moment, l’exploitation du gaz de schiste, avec une vision plus complexe du problème : d’un côté une exploitation dont on connait les risques sanitaires et écologiques et de l’autre un village qui se meurt petit à petit et qui ne vit que des subventions gouvernementales avec le risque qu’un jour elles ne soient plus versées. A travers les quelques individus démarchés par l’entreprise, on voit toute la difficulté de se décider entre un choix moral collectif et un choix individuel de survie. Et là, on se dit qu’on va voir un film intéressant.

Malheureusement, le film dans sa seconde partie verse dans le drame familial et patriotique. Butler rencontre une enseignante qui semble un moment être attirée par lui, mais va lui préférer l’écologiste, et le film se double alors d’une histoire pseudo sentimentale assez classique mais franchement pas intéressante. Puis vient le moment de la rédemption, moment inéluctable dans les films américains actuels : Butler se rend compte de ce qu’il fait, il démissionne de l’entreprise et s’installe dans le village avec l’enseignante. Problème, si individuellement il a réglé son problème, collectivement le débat est toujours non résolu. A tel point que le « référendum » mis en place dans le village pour savoir si oui ou non la population accepte l’exploitation (référendum inutile en soi puisque l’entreprise a déjà signé des contrats) a lieu sans qu’on en connaisse le résultat.

Comme si face aux grands débats écologiques (et aux problèmes qu’ils posent quand à l’adaptation des populations à ces changements), la seule solution était le repli sur soi, sur les valeurs familiales.

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