World War Z de Marc Forster

« Mother Nature is a serial killer. »

Et là, lorsqu’au tiers du film le scientos de base (Khalid Laith) avec son accent british et ses pantalons de golf du Penjab nous délivre une telle vérité métaphysique dans un avion cargo en partance pour la Corée du Sud, je me suis dit : merci mon Dieu (Gaia/ La Grande Spaghetti ou juste la réalité) d’être ce que tu es et de nous avoir donné Damon Lindelof.

Pour être tout à fait honnête, je n’ai aucune idée de la part prise par Lindelof dans l’écriture du « scénario » de ce film (il est difficile d’échapper aux guillemets par considération pour la profession de scénariste), quoique j’ai ma petite idée vous imaginez, mais ce moment-là du film est juste la cerise sur le gâteau. Car on reconnait aussitôt la « patte » Lindelof avec sa référence à la théorie Gaia déjà présente dans Lost.

Mais reprenons :

Gerry est un mec sympa qui fait des pancakes à ses enfants même lorsqu’ils lui sautent dessus dans le lit le matin et que m***e ! depuis que j’ai quitté mon ancien job je ne peux même pas avoir une grasse mat’ pépère. Car avant Gerry était, comprend le spectateur ébahi devant de telles scènes d’exposition qui fleurent bon les valeurs de repli sur la cellule familiale, un type important. Mais on n’en saura pas plus.

Du coup, après le petit déj’, hop ! la famille part en voiture pour Philadelphie et se trouve coincé dans les embouteillages. Car c’est rush hour à Zombieland.

Bon, inutile de s’appesantir sur l’intrigue de ce film puisque d’intrigue on ne peut guère parler. D’ailleurs, le film ne se préoccupe pas de la résoudre et se termine in media res (alors que cela aurait pu et dû être le début du film). Ou alors cela augure d’une suite, mais vu le four du film (et le bashing qu’il a suscité provenant des lecteurs du livre) et le fait qu’après « Z » il n’y a plus de lettre dans l’alphabet, une suite est difficilement envisageable.

Les péripéties qui émaillent ce scénario sont d’une telle confusion que l’on comprend rien à ce que les personnages secondaires tentent d’expliquer à celui de Brad Pitt (mais c’est normal, car, voyez-vous, Brad Pitt est tellement supérieur à nous pauvres merdes rivées sur nos sièges en admiration béate devant cet icône). Enfin, la réalisation est ratée. Je veux dire par là que les scènes d’action sont illisibles, confuses et en plus quand elles ont lieu de nuit on n’y voit rien et, du coup, pour un film d’action, c’est ballot (et ça devient la norme des films d’actions, ce qui est gênant quand même).

Quant aux personnages, seul celui de Brad Pitt est un tant soit peu caractérisé (et encore) ; les autres sont simplement réduits à l’état d’archétypes (l’épouse éplorée, les enfants terrorisés, l’agent de la CIA un peu dingo, le chef militaire autoritaire et un peu con, etc.) tant et si bien que très rapidement, que fait-on, si on a deux doigts (oups, plus qu’un, saloperie de zombies !) de jugeote ? On s’en cogne et on regarde ça avec un détachement total, enfournant ses poignées de pop-corn et cherchant du regard (ou du bout des doigts restant) le verre de whisky qui l’on vient de renverser.

Et là est le côté pernicieux de ce genre de films. Car, derrière la vacuité totale du propos scénaristique, que nous disent les images qui déferlent devant nos yeux et pénètrent notre inconscient tels la horde de zombies que l’on voit à l’écran ?

1) Voir l’humanité être réduite à l’état de cadavres ambulant, c’est quand même fun. Mais ça c’est le principe des films de zombies et cela mériterait une plus longue analyse sur le retour du zombie comme motif cinématographique dans les années 2000.

2) Un type qui a travaillé pour l’ONU doit être convaincu de sauver le monde par les officiels onusiens en menaçant sa famille. Le type voit l’humanité être transformée sous ses yeux et « sorry, can’t help you, not your guy. » No comment.

2) Arrêtons-nous sur la séquence qui se passe à Jérusalem. Brad apprend que les Israéliens, une semaine avant que l’épidémie frappe l’ensemble du monde, se sont isolés derrière une enceinte protectrice, se protégeant ainsi du fléau zombie. Brad de remarquer laconiquement : « oui mais ils ont construit des murs depuis des millénaires là-bas. »

Déjà, là, on se dit que ça va être bon…

Donc, s’y rendant, Brad discute avec un responsable local qui lui apprend que les services secrets ont intercepté une communication de l’armée indienne (d’où est partie le fléau) qui disait qu’elle affrontait des rakshasas, « traduction : des « zombies » ou à proprement parler, des « non-morts », » nous informe ce type du Mossad. Et du coup les Israéliens ont décidé de construire le dit mur. Brad s’en étonne (à juste titre, car tout le monde sait que les rakshasasne sont pas des zombies mais des vampires du Clan Ravnos, allons) : « quoi ? vous voyez le mot « zombie » et vous décidez de construire un mur autour d’un pays ? » ce à quoi le gars du Mossad lui explique, dans un monologue fumeux auquel je n’ai pas compris grand chose (revoir remarque sur mon statut de gros débile de spectateur plus haut) que quand neuf juifs sur 10 sont d’accord sur quelque chose, il est du devoir du dixième de ne pas l’être et ce dixième c’était lui. Et là de balancer une référence à l’Holocauste, puis une autre à Munich

Ah ! OK, je comprends vachement mieux le conflit israélo-palestinien maintenant, ouf, merci Lindelof (oui c’est un procès d’intention contre Lindelof mais qui d’autre que lui a pu placer Jérusalem et Israël dans un tel film ?). On peut donc en déduire que le mur actuel a été construit parce qu’un seul en a décidé ainsi. Israël est certes une démocratie militaire (avec un parlement instable, peut-être l’évocation des désaccords entre juifs désignait-elle cette instabilité), mais au moins cela a le mérite d’être clair.

Mais continuons : les plans qui nous sont alors proposés nous montrent donc un Etat réduit à sa capitale officiellement promulgué, Jérusalem, (et hop ! on voit bien où on se situe politiquement) qui devient, à l’abri de son mur, un refuge contre l’Apocalypse zombie. Et là on rejoint le discours des ultra-évangéliques qui soutiennent à tout crin Israël aux Etats-Unis car ils croient, ainsi que la Bible l’annonce, que la Parousie ne viendra que si Jérusalem et la Terre Sainte sont aux mains des juifs.

Mais, les juifs sont un peu fanatiques dans la vision protestante évangélique et d’ailleurs, dans le film aussi : ils chantent bêtement, tapent des mains et des baskets et font crisser les micros dès qu’ils arrivent en Terre Promise et du coup, à cause d’eux, les méchants Palesti… euh zombies parviennent à passer au-dessus du mur et à envahir la Terre Sainte, la réduisant en cendres et provoquant un nouvel Exode (mais cette fois à bord d’un avion biélorusse, allez savoir… on inverse le mouvement sioniste en retournant dans les lieux abandonnés après la Seconde Guerre mondiale ?).

L’Apocalypse selon Lindelof, VI, versets 4-8

Du coup, Lindelof (et les autres scénaristes) ont-ils vraiment pensé à cela ? Encore une fois, non, je ne pense pas. Mais du coup, c’est à se désespérer du système de production filmique hollywoodien. Je pense qu’ils étaient à nouveau uniquement intéressés par le choc des images que leur scénario permettrait, mobilisant des symboles puisés dans l’héritage et l’identité juive de Lindelof comme il l’a fait avec Lost, Cowboys & Aliens, Prometheus, etc. D’ailleurs, Lindelof ne manque pas de caser une image qui évoque la Shoah avec le plan sur la chambre dans laquelle le patient coréen, le docteur qui le soignait et les soldats ont été brûlés au lance-flamme. Mais je dois reconnaître que c’est plus indirect et moins prégnant et explicite que d’habitude.

Il n’empêche : le résultat est là, encore une fois, à savoir des images qui puisent dans un imaginaire partagé sur les juifs et sur Israël et qui, parce qu’il est utilisé uniquement pour son potentiel de fascination, entretient une pensée au mieux douteuse au pire franchement malsaine. Ce qui est amusant, c’est qu’il n’y tellement pas de propos que du coup chacun peut y lire ce qu’il veut : pro-israélien, pro-palestinien, anti-israélien, anti-palestinien, le film est un peu tout cela en même temps.

Car c’est là que se situe le côté pervers de ce système : Hollywood ne veut plus que ses blockbusters aient un quelconque propos et surtout pas s’il était cohérent. Les spectateurs seraient presque obligés de réfléchir à ce qu’ils voient au lieu de bouffer de l’image qui t’en met plein la gueule. Cela nuirait, comprenez-vous, à leur potentiel de divertissement. Car pour Hollywood, le spectateur n’a qu’un cerveau à peine reptilien. Or, Lindelof ne peut pas s’empêcher, n’ayant aucune limite, de caser ses références mal digérées à la judéité et à la place de la Shoah et d’Israël dans l’identité juive (américaine). Le tout noyé dans un goulbi-goulba démo-libéral (ici la caution est l’ONU qui incarne la volonté de mettre un peu d’internationalisme au lieu de l’impérialisme américain habituel mais on remarquera les méthodes des onusiens et surtout la taille du drapeau de l’ONU par rapport à celui des Etats-Unis). Au final, cela produit un discours nauséeux, qui nie l’idée même de liberté, qui incarne les valeurs les plus conservatrices, le repli sur soi, le tout mis en scène dans une fascination face aux images.

Et en plus, on a même pas une histoire intéressante.

Mais ça, depuis Lost, on le savait.

Du coup, lorsque Lindelof tue le personnage du scientifique qui a exposé l’argument du film (« Mother Nature… ») en le faisant glisser comme un con sur le pont de l’avion et se tirer dessus encore plus connement, faut-il y voir le dernier éclair de lucidité, le cri métaphorique d’un scénariste qui nous montre qu’il est en train de se suicider en exposant des théories débiles dans des films qui ne lui donne pas l’espace pour le faire ? Je répondrai par l’affirmative à cette question, car je suis un indécrottable optimiste.

Bon, maintenant que mon scénario tout pourri a été exposé, et que je me suis vautré comme un con, comment je fais pour m’en sortir ?

NB : J’aime bien Brad Pitt sinon et d’ailleurs le début du film est le seul moment vaguement intéressant, lorsque l’on peut voir Brad Pitt face à ce danger surgit de nulle part et engloutissant tout sur son passage. Il faudrait mettre cette séquence en parallèle avec celle de War of the Worlds de Spielberg : deux chefs de famille cherchent à sauver les leurs face à une menace inconnue et submergeant tout. D’autant que Lindelof est un des poulains de Spielberg et que tous deux explorent de la même manière outrancière leur judéité dans leur oeuvre cinématographique.

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